samedi 21 juillet 2012

Entrevue avec le mage français Jean-Luc Caradeau

Comme premier "article" ou "message" de la Jérusalem des Terres Froides, voici une entrevue que le mage français Jean-Luc Caradeau a donné à la radio de la RTBF en 1986 dans le cadre d'une série de douze émissions consacrées à la sorcellerie, Les Chemins de l'Ombre. Les questions de l'animateur sont en caractères soulignés et les réponses de Caradeau en caractères réguliers.

Pour ceux et celles qui désirent écouter l'entrevue, elle est disponible sur Youtube en deux parties (1 et 2).

-----Entrevue-----


Notre deuxième invité, Jean-Luc Caradeau, se présente quand à lui comme mage. Il a publié récemment un ouvrage intitulé Guide pratique de la magie aux éditions Trévise dans lequel il propose aux lecteurs de lui apprendre toutes les recettes qui lui permettront de s’enrichir rapidement, d’attirer irrésistiblement toutes les personnes du sexe opposé et, bien sûr, de réaliser le meurtre parfait par envoûtement. Alors je lui ai demandé, bien sûr, dès le départ pourquoi il avait choisi de flatter les aspirations les moins nobles de l’homme dans ce livre et s’il ne contribuait pas de cette façon là à jeter sur la magie en général une suspicion bien légitime.

Je vais vous répondre en vous racontant une légende. Je ne sais pas si cette légende correspond à une réalité mais elle a l’avantage d’être très belle. On raconte que quand les sages égyptiens ont su que leur civilisation allait disparaître, ils se sont demandés comment ils allaient transmettre leurs connaissances. Ils ont longuement réfléchi et tout d’un coup l’un d’eux a dit « Faisons-en un jeu, parce qu’un jeu ça s’adresse à ce qu’il y a de plus bas dans l’homme et nous sommes sûrs comme cela que ça ne se perdra jamais ». Et ils ont créé le jeu de tarot. Alors moi, mon problème en faisant ce livre, c’était de mettre les gens en contact avec la réalité de la magie. Si je les met en contact avec la réalité de la magie en leur expliquant que la magie c’est quelque chose de très spirituel, de très beau, de fantastique qui vous permet d’évoluer, c’est vrai que je vais faire un très beau livre. C’est vrai que ce livre sera édité à trois milles exemplaires et sera vendu à deux milles et que dans cinq ans il sera oublié. C’est vrai aussi que les seuls qui le liront sont des gens qui connaissent déjà la magie. Donc j’ai choisi une autre solution et effectivement, une solution qui est un peu accrocheuse. C’est un choix de l’éditeur mais c’est aussi un choix de ma part.

C’est un peu cynique, non ?

Comment ?

C’est un peu cynique, non ?

Je ne pense pas que ce soit du cynisme. Je pense que de tout façon, ces thèmes, tout le monde les vit. Tout le monde les vit dans la vie courante. L’amour, ça fait partie de la vie courante. On est pas tous arrivés, même pas les gens qui écrivent des livres sur la magie, à une telle pureté spirituelle qu’on puisse se passer de la société, qu’on puisse se passer des passions humaines.

Est-ce que c’est ça que vous avez voulu dire dans cet avertissement aux lecteurs lorsque vous dites : « Les auteurs déclinent toute responsabilité dans le cas d’une mauvaise interprétation ou d’un mauvais usage des pratiques magiques dévoilés dans cet ouvrage. Vous mettez les gens… vous les avertissez d’une part que cela peut être dangereux d’une part et en même temps vous prenez immédiatement une certaine distance par rapport à ce qui écrit dans ce livre.

Je prends effectivement une distance parce que… Je prends la distance de l’armurier. Si vous allez chez l’armurier et que vous achetez un fusil à pompe, il ne vous demandera pas si c’est pour tirer sur des canards ou pour tirer sur les voisins. Bon. Moi, je ne demande pas au lecteur ce qu’il va faire du livre. Seulement je le préviens qu’il a quelque chose entre les mains qui est dangereux et qu’il en est responsable. Finalement, là aussi c’est un choix. Ou on considère le lecteur comme un enfant et à ce moment-là, on fait des livres sur la magie et cela s’est fait beaucoup, dans lesquelles on donne des recettes et puis tout d’un coup on dit : «  Ah ! Celle-là je vous en parles mais je ne vous la donne pas en entier parce que c’est trop dangereux et vous n’êtes pas assez responsables pour que je vous la donne ». Ou alors on prend le risque et on dit tout. Moi je préférais prendre le risque et tout dire. Parce que finalement je crois que c’est meilleur pour l’évolution spirituelle des individus d’être en face de leurs responsabilités. Je crois que c’est meilleur pour eux puis c’est meilleur pour moi. Je ne sens pas du tout la responsabilité de juger de l’état de conscience de mes concitoyens. Pourquoi moi je déciderais que je suis plus évolué que Monsieur Dupont qui vient d’acheter. Si moi j’ai le droit d’avoir ces recettes en main, si moi je les ai en main, pourquoi lui ne les auraient pas ?

Vous ne pensez pas, Jean-Luc Caradeau, qu’en mettant dans toutes les mains, puisque c’est un ouvrage qui s’adresse à tout le monde vous venez de le rappeler, on risque justement de flatter les côtés les plus bas de l’individu ?

On les flattent toujours de toute façon. Même si vous faites un livre dans lequel vous n’expliquez pas ce genre de choses, vous flatterez ces côtés-là en expliquant que, avec la magie, on peut faire des choses très dangereuses et vous laisserez entendre qu’on peut trouver le secret d’un texte. Vous ferez une chose qui sera peut-être beaucoup plus littéraire et beaucoup plus pleine de suspense mais vous flatterez quand même ces côtés-là.

Jean-Luc Caradeau, il y a un problème de vocabulaire et je vais vous demander de nous donner des définitions qui vous seront probablement très personnelles. Le livre s’intitule « Guide pratique de la magie ». Il s’agit donc de magie et d’autre part, on retrouve des recettes que l’on pourrait qualifier lorsqu’on est pas averti je dirais, de recettes de sorcellerie. Alors quelles différences faites-vous entre ces deux formes de pratique, magie et sorcellerie ?

Alors, la magie, c’est un terme très général comme on pourrait dire « les mathématiques ». Disons que toute sorcellerie est une forme de magie. Beaucoup de choses entre dans la magie, même en-dehors de la sorcellerie et en-dehors de ce que l’on appelle couramment « magie ». Bon. La sorcellerie, ça peut être pris sous trois sens différents. Soit c’est une magie pratiquée par des gens qui ne comprennent pas ce qu’ils font. Éventuellement, simplement parce qu’on leur a transmit une recette en leur disant : « si tu veux faire ça, tu n’as qu’à prononcer telle formule et faire tel geste et l’effet se produira » ou par des gens qui ont trouvé une recettes quelque part dans un grimoire qui l’applique. Ça, c’est de la sorcellerie. Et puis c’est aussi la magie démoniaque, qui est une magie qui s’adresse uniquement aux forces obscures, que je pourrais appeler si vous voulez des forces chaotiques, qui sont des forces qui désorganisent l’univers au lieu de l’organiser.

Des forces de destruction ?

Des forces de destruction. Et alors ça, c’est aussi quelque chose qui s’appelle « sorcellerie ».

Bon. Je crois quand même qu’il faut préciser parce que dans cet ouvrage qui se présente sous le titre « Guide de la magie », il y a quand même un certain nombre de recettes qui sont manifestement des recettes dangereuses. D’ailleurs, je crois que vous donnez un avertissement très clair à certains moments aux gens qui lisent ça. Il y a des choses qui sont très dangereuses non seulement en fonction du choc en retour, en fonction d’un certain nombre de choses mais il y a des recettes, je dirais, de mort.

Tout à fait.

Donc vous assumez cela aussi ?

J’assume ça aussi. Il faut choisir. Ou vous êtes anodin ou alors vous donnez des choses qui font réellement leur poids. Si vous prétendez enseigner aux gens ce que sont les explosifs sans leur dire qu’avec des explosifs, ils peuvent fabriquer une bombe, vous êtes anodin. Vous êtes un plaisantin. Bon. Et s’ils doivent tout savoir sur les explosifs, ben il faut leur expliquer comment fabriquer une bombe. C’est à vos risques et périls mais c’est comme ça.

Alors sous ce titre de « magie » il y a donc des recettes de sorcellerie aussi. C’est là que je voulais en arriver.

Absolument. Parce que comme je vous l’ai dit, la magie c’est quelque chose de très général. Si vous voulez, quand vous faites par exemple une invocation De Satan. Je prends Satan ou Belzebuth. Vous allez avoir exactement la même démarche rituelle que pour invoquer un archange comme l’archange Gabriel ou l’archange Mikael. La seule différence, elle va être effectivement dans les paroles, dans la qualité des offrandes et dans le but poursuivi. Mais la structure du rite sera exactement la même, ce sera aussi difficile. Par conséquent, c’est bien de la magie au sens général, il y en a une qui est orienté en un sens et l’autre dans l’autre sens, c’est tout.

Alors est-ce que c’est le même genre de distinction qu’on doit faire entre magie blanche et magie noire ?

Absolument. Vous avez un proverbe arabe qui dit : « Quand l’imam fait du mal à quelqu’un, c’est un acte saint parce que l’imam tient son pouvoir directement de Dieu ». Et ce même proverbe ajoute : « Quand la setout fait du bien à quelqu’un, c’est un crime car la setout tient son pouvoir de Satan ». La setout, c’est la sorcière.

Alors vous-même Jean-Luc Caradeau, est-ce que vous vous considérez comme sorcier ou comme mage ?

Je me considère comme un mage. Je me considère comme un mage parce que la magie, c’est quelque chose de très général. En plus, moi ce qui m’intéresse, ce que je pratique, ce sont effectivement des recettes qui relèvent de la magie blanche, si vous voulez, et non pas de la magie noire. Ceci dit, pour pratiquer la magie blanche, je suis obligé de connaître la magie noire et de la connaître très bien.

Et de la pratiquer ?

Non. Pas de la pratiquer.

Bon alors, dans chapitre cinq je voie : « envoûtements de pouvoir ». Bon, l’envoûtement, c’est encore un autre problème d’accord mais enfin les recettes, comment dirais-je, destructrices, que vous donnez, pour reprendre la distinction que vous faisiez tout à l’heure. J’imagine que, comme un bon cuisinier lorsqu’il fait un livre de recettes, vous avez vous-même goûté aux plats dont vous parlez ?

Vous savez, il y a des tas de façons de goûter un plat expérimentalement. On peut très bien effectivement tester une recette, voir si elle correspond à quelque chose. Déjà sur le plan théorique, parce que quand vous prenez un grimoire, la plupart du temps la recette est tronquée et la suite de la recette est dans un autre grimoire. Vous êtes obligé de reconstituer. Bon. Ou vous connaissez très bien la magie et vous êtes capables de faire cette reconstitution, c’est ce que j’ai fait pour la plupart de ces recettes, c’est pour cela qu’on ne les retrouve nulle part ailleurs. Ou vous ne connaissez pas très bien la magie et vous expérimentez jusqu’à ce que ça marche. Je peux vous dire, il y a un certain nombre de recettes, je ne les ai même pas testées, je savais que la suite était là et que dans telle invocation par exemple, il manquait un certain nombre de noms. Dans les invocations démoniaques, je savais que la hiérarchie n’était pas complète. Et moi, la hiérarchie complète, il se trouvait que dans ma documentation personnelle et dans mes collections personnelles, je l’avais.

Alors lorsque vous donnez des recettes d’envoûtement, nous savons que la plupart des gens qui ont des officines qui ont pignon sur rue, par exemple ici à Paris, reconnaissent que bon an mal an, il n’y a que de temps en temps un très rare cas d’envoûtement, de réel envoûtement qui se produit. Alors est-ce que, bon, en donnant des recettes d’envoûtement, est-ce que ces recettes sont crédibles et pourquoi on ne les utilisent pas plus souvent ou bien alors est-ce la première fois qu’on les divulguent ?

Non, ce n’est pas la première fois qu’on les divulguent, pas vraiment. Ceci dit, effectivement, c’est la première fois qu’on les divulguent de façon aussi claire. Mais en-dehors de cela, il y un problème, Quand vous voulez pratiquer une recette d’envoûtement, même si elle est relativement simple, vous avez toute une mise en place à faire. Il n’est pas question de faire un envoûtement sur un coup de tête, sur un coup de colère, sur un coup de haine. Il faut que la haine tombe, il faut faire les choses méthodiquement, c’est vraiment le meurtre à froid. Et ça, il y a très peu de gens qui sont capables de le faire. Et c’est pour ça qu’il y a très peu d’envoûtements.

En réalité, moi je considère que ces recettes d’envoûtement, elles sont presque une garantie pour un certain nombre de gens. Quand ce livre est sorti, j’ai beaucoup lu les faits divers parce que j’avais besoin de quelques faits divers pour expliquer à des journalistes de la radio et de la télévision et j’en ai trouvé deux, presque au même moment que la sortie du livre. Deux histoires d’envoûtement dans une ferme. L’une les bêtes crevaient et l’autre c’était la grand-mère qui était malade et qui guérissait pas. Non, le grand-père, pardon. Dans la première, ils ont brûlé le grand-père avec son logement parce qu’ils croyaient que leur grand-père était possédé. Je vais vous dire, s’ils avaient eu ce livre entre les mains, ils auraient essayé autre chose et ils auraient peut-être réussis avec autre chose. Bon. Dans le deuxième cas, les fermiers qui croyaient qu’on leur envoûtait leurs vaches, ils ont pris le fusil et ils ont fait un massacre chez les voisins. S’ils avaient eu ce livre, bon, d’abord ils auraient essayé un désenvoûtement, ensuite un contre-envoûtement et ensuite éventuellement ils auraient essayé d’envoûter les voisins. Ça leur aurait largement donné le temps de trouver pourquoi les vaches mourraient. C’était peut-être en fait à cause d’un envoûtement mais au moins, ils auraient eu le temps de trouver pourquoi, ils auraient eu une autre arme que le fusil.

Jean-Luc Caradeau, puisque nous en arrivons à des considérations un peu plus personnelles, j’aimerais que vous nous racontiez un peu votre histoire parce que je crois qu’on ne naît pas comme ça, du jour au lendemain, mage ou sorcier, qu’on a besoin d’un certain enseignement. Alors pour vous, cela s’est passé comment ? Ça a commencé de quel façon ?

Eh bien, écoutez, ça a commencé par une éducation athée, matérialiste, éducation faite par un père qui était directeur d’école publique, donc pas du tout tourné vers ce genre de chose. Et puis à 17 ans il y a eut la rencontre avec un ouvrage qui traitait d’hypnose. Et l’hypnose, j’y croyais pas du tout. Seulement, moi j’ai un côté un peu rationnel dans ma démarche. Il y a des témoignages de Charles Richet, prix Nobel de médecine, il y avait des témoignages de groupes physiciens (?), celui des rayons cathodiques. C’était quand même des gens qui avaient une certaine notion de ce qu’est l’expérimentation. Je me suis dit : « Si ces gens-là racontent des choses pareilles, c’est qu’il y a peut-être quelque chose à chercher. Alors il y a une solution, on donne des exercices pour devenir hypnotiseur, je vais les faire. Et je les ai fait. Un an après j’ai endormi mon premier sujet. Deux ans après j’ai refait les expériences de De Rochas. Les expériences de De Rochas c’était l’extériorisation de la sensibilité d’une personne, son transfert par exemple sur une bougie ou sur de l’eau, on pique la bougie ou le verre d’eau et on obtient des stigmates sur la peau. Et on obtient des phénomènes douloureux. Je me suis dit : « Si cela est possible, il va falloir réviser les positions que j’ai pris jusqu’à maintenant et se pencher sur le problème de la magie.

Et donc vous avez fait ces expériences-là aussi ?

J’ai fait ces expériences-là, oui. Qui sont tout à fait vraiment des expériences, enfin, des tests de laboratoire. Mais une fois que je les ai eu fait je me suis dit : « Il faut se pencher sur la magie, il y a un monde qui m’échappe ». Alors j’ai cherché dans les librairies puis j’ai trouvé ce que tout le monde trouve un jour ou l’autre, à savoir les trois livres d’Henri-Corneille Agrippa et le quatrième livre, qui est dit apocryphe mais qui, à mon avis, ne l’est pas. Et puis, j’ai commencé à l’étudier. Alors l’étudier c’est très long, parce que quand j’ai commencé à l’étudier, ça m’a amené à faire de l’astrologie. Et puis ça m’a amené à me pencher sur l’alchimie. Et puis ça m’a amené à me pencher sur les propriétés des plantes, puis ça m’a amené à me pencher sur la qabale. Ça m’a amené à avoir une énorme bibliothèque. J’ai une bibliothèque d’à peu près quatre milles livres. Et, en faisant ce travail, j’ai fini par rencontrer énormément de gens, en particulier des gens qui m’ont transmis une clef pour appliquer ce livre d’Henri-Corneille Agrippa.

Alors, vous dans votre cas, je ne sais pas, on va revenir un petit peu, je dirais, sur votre expérience personnelle. Est-ce que vous avez aussi une sorte de cabinet de consultation, comme certains de vos confrères, est-ce que vous voyez des gens qui viennent régulièrement vous voir pour des problèmes aussi matériels que ceux-là ?

Alors, je vais vous dire, j’ai une sorte de cabinet de consultation. Je travaille en collaboration avec l’une des meilleures astrologues de France, qui s’appelle Marie Delclos, qui a été choisi parmi les sept meilleures dans le journal Elle. Qui travaille d’ailleurs en astrologie sidérale, c’est à dire en tenant compte de la position réelle des étoiles et la fameuse précession des équinoxes. Et dans ce cabinet de consultation, j’ai effectivement des gens qui viennent me voir, pour parfois des problèmes aussi matériels que celui-là, mais généralement pas. Ma spécialité, en matière de pratique, c’est ce qu’on appelle les talismans. Alors je vais vous expliquez ce que c’est qu’un talisman.

Un talisman, c’est un morceau de parchemin sur lequel on va tracer un carré de lettres hébraïques. On pourrait le faire avec d’autres lettres. On pourrait le faire avec des lettres grecques ou avec des lettres arabes. Bon, il se trouve que je les fait avec des lettres hébraïques parce que c’est plus facile. Et ce carré de lettres hébraïques va représenter le nom des anges qui ont présidé à la naissance d’une personne. Pour tracer, bien sûr, ces nom d’anges, il va falloir d’abord élaborer l’horoscope. Voir ce qui ne fonctionne pas dans l’horoscope, ce qui, par exemple, gêne la réalisation de la personne dans tel ou tel domaine.

Et puis une question avant de vous laissez continuer, pourquoi un morceau de parchemin ? On risque de l’oublier, donc je vous pose tout de suite cette question.

Pourquoi du parchemin ? Parce que le parchemin est un support vivant. C’est une peau d’animal, c’est pas quelque chose qui a été fabriqué par l’homme, qui a été manufacturé par l’homme. Il y a une préparation mais ça reste une peau. C’est donc quelque chose qui garde les charges je dirais entre guillemets « magnétiques » et on peut imprégner facilement, beaucoup plus facilement qu’un papier ou un morceau de bois. Bien que le morceau de bois puisse être imprégner mais pas de la même façon. En plus il y a une parenté entre le parchemin et la peau humain qui est beaucoup plus grande qu’avec le morceau de bois. Ça se fait aussi en métal mais c’est extrêmement coûteux parce qu’à chaque fois il faut faire un poinçon. Alors si vous faîtes un poinçon, si vous créez un alliage et si vous frappez à l’heure voulue, il faut que vous en fassiez vraiment beaucoup pour que ce soit rentable. Et si vous en fait beaucoup, vous pourrez effectivement baisser vos prix mais vous ne pourrez plus les faire correctement. Donc c’est du parchemin.

Est-ce que dans votre recherche, Jean-Luc Caradeau, vous vous êtes appuyé sur une tradition particulière qui vous a aidé à votre pratique magique? Est-ce que vous faites référence à un système théorique qui existait déjà auparavant et que vous appliquez?

Je fais référence au système théorique le plus classique en Occident, à savoir le système théorique qabalistique, qui vient du Talmud et du Zohar, qui vient aussi d’Agrippa, et qui me paraît être le plus pratique pour un occidental. En fait, bon, ça fait quinze cents ans qu’on est chrétiens, le christianisme vient du judaïsme, même si c’est une hérésie par rapport au judaïsme. Du moins ça a été considéré comme tel à l’époque, à la suite de quoi, tout chrétien connaît la Bible. Connaissant la Bible, une des langues anciennes les plus faciles à aborder et les plus pratiques se trouve à être l’hébreu et l’hébreu se trouve à avoir le système de la qabale qui est un système très précis. Par conséquent je ne vois pas raison d’en changer. J’ajouterais que, même si on est athée, on a des réactions qui sont typiquement judéo-chrétiennes et même si on fait de la sorcellerie, y compris au sens d’invocation démoniaque, on peut dire que c’est un pur produit de la civilisation occidentale. La sorcellerie n’existe pas en Orient. Pourquoi ? Parce qu’en Orient les divinités ont un aspect tranquille et un aspect irrité. L’aspect tranquille correspondant à l’ange dans notre tradition chrétienne et l’aspect irrité correspondant au démon.

Vous seriez d’accord pour dire que l’entité diabolique existe en tant que tel ou pas ?

Oh là ! Vous poussez très loin. Pour que j’admette que l’entité diabolique existe…

Vous parliez, il y a quelques instants, de démoniaque alors je saisie la balle au vol.

Oui. Il faudrait que j’accepte que l’entité divine existe. Alors le problème, c’est que moi je vais refuser le mot « entité ». Si vous voulez, quand on fait de la magie, on ne peut faire de la magie que si l’on a une foi absolue. Une foi absolue, ça veut dire pas une croyance mais une certitude. À partir de là, vous comprenez que croire en un dieu, avoir la certitude par exemple d’un dieu personnel, ce n’est pas vraiment possible. Alors qu’avoir la certitude de l’existence d’un principe divin, par exemple : le yod hébraïque, vous voyez. Bon, ça, c’est possible. De même, avoir la certitude d’une entité démoniaque, c’est pas possible mais avoir la certitude d’un principe démoniaque, ou plutôt d’un principe chaotique qui tend à désorganiser ce qui est organisé, ça c’est tout à fait possible. Vous êtes obligé d’adopter un concept du genre de celui de Maître Eckhart « Dieu est parce qu’il n’existe pas ». Ça a valu le bûcher à Maître Eckhart mais pas pour l’avoir pensé, pour l’avoir dit au peuple. C’est marqué en toutes lettres dans son procès.

Alors Jean-Luc Caradeau, bon, la tradition qabalistique que vous revendiquez, que vous utilisez, c’est quand même une tradition orientale, moyen-orientale en tout cas. Est-ce que l’Occident européen n’avait pas les moyens de se trouver une tradition plus « ancrée » je dirais, sur les réalités occidentales ? C’est une théorie que défent certains de vos confrères.

Je sais. Je sais. Moi je tiens, à propos des traditions occidentales, à dire ceci : C’est que le druidisme est mort et il est mort avec la conquête romaine, qu’il a ensuite été persécuté et en grosse partie intégré par le christianisme. Que c’est encore dans le christianisme que l’on fini par retrouver les fleurons de la tradition druidique et que par conséquent, il n’en reste pas grand’chose. Alors, c’est vrai que l’on peut prétendre qu’on a reçu par voyance l’essence de la tradition druidique mais moi je suis un peu matérialiste, je préfère les textes. C’est peut-être mon côté historien qui veut ça mais bien que je ne sois pas historien, j’ai peut-être un côté historien qui veut que je préfère les textes. Et puis je pense que, quand même, même en pays breton, ben on pense d’abord en chrétien. Même si on est pas chrétien, on pense d’abord en chrétien. Il y a une imprégnation absolument terrible.

Problème culturel ?

Il y a un problème culturel absolument énorme. Je regrette, on est tous de culture chrétienne et même les druides, moi je les vois souvent avoir des attitudes qui sont proches du christianisme. Bien plus proche, à mon avis, du christianisme que de ce que je sais du druidisme. J’ajouterai que, au point de vue historique, ce que l’on sait du druidisme, c’est dans la guerre des Gaules de César et c’est à peu près tout. Donc je ne crois pas trop à une tradition occidentale qui puisse continuer à vivre. Alors peut-être il y a des traditions nordiques qui continuent à vivre mais je n’ai pas l’impression que l’Allemagne ait été moins imprégné par le christianisme que la France. Je n’ai pas l’impression même que des pays plus au nord aient été moins imprégnés.

Lorsque vous parliez tout à l’heure de forces de chaos, vous les opposez à des forces de rassemblement, j’imagine, d’unité qui seraient des forces quoi plutôt bénéfiques alors ?

Je les opposerais à des forces ordonnantes par rapport à des forces désordonnantes. Bénéfiques ou maléfiques, je n’aime pas trop. Ce sont des termes, si vous voulez, qui sont un peu trop dualistes pour moi. Je pense que quand on parle de forces ordonnantes, on parle de forces qui vont mettre en harmonie avec l’univers et quand on parle de forces chaotiques, on parle de forces qui mettent en désharmonie avec l’univers. Si vous voulez, je me retrouve face à un problème, par exemple, de mari ou de femme qui est parti du domaine conjugal. J’ai deux façons de résoudre le problème. Soit en travaillant en harmonie avec les lois de l’univers, soit en travaillant contre cette harmonie. Si je choisi de travailler avec cette harmonie, c’est de la magie blanche. Si je travaille contre cette harmonie, c’est de la magie noire…(fin de l'entrevue)

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