jeudi 17 janvier 2013

Aldous Huxley, les soraliens, l'eugénisme et Pierre Hillard le mondialiste catholique

Bonjour. La suite des choses fait que la Jérusalem des Terres Froides se voit dans l'obligation de publier un second texte sous forme de "coup de gueule" à la première personne du singulier. C'est vrai qu'il y en a long à dire à propos de tout ce qui gravite autour de la "galaxie-Soral", surtout qu'ici, un grand écrivain est inutilement trainé dans la boue avec son frère.

--- Aldous Huxley, les soraliens, l'eugénisme et Pierre Hillard le mondialiste catholique---

Ce même jour où je publie ma charge contre Alain Soral, je vois qu'E&R relaie la vidéo d'une entrevue d'Aldous Huxley, qu'elle présente sous le titre : "Interview d'un prophète : Aldous Huxley 1958". Comme je concluais mon propos sur Soral en parlant de ses adeptes, les soraliens, je lis les commentaires des visiteurs dans le forum d'E&R qui accompagne la vidéo: D'une bêtise affligeante et d'une inculture crasse, comme d'habitude mais c'est toujours un peu plus intense quand il s'agit des "sociétés secrètes", de la "sorcellerie" ou du "satanisme".

D'Aldous Huxley, je puis en parler un peu car, contrairement aux soraliens, je suis allé plus loin que Le meilleur des mondes ou Les portes de la perception dans l'oeuvre de cet écrivain prolifique. En réalité, on ne peut comprendre la pensée d'Huxley ou la dystopie qu'il nous a présenté si on n'a pas lu son livre-synthèse, la toute-dernière parution de son vivant, véritable testament de l'auteur, le roman Island (1962, en français Île). Sachant que Brave New World serait son livre le plus connu après sa mort, Aldous tenait avant de mourir à présenter une réplique à cette dystopie, le fruit de toutes ses réflexions depuis 1932. Île est l'histoire d'une utopie réussie dans une île perdue de l'océan indien qui, à la fin, meurt sous les coups du mondialisme triomphant parce qu'il y a du pétrole sur son territoire. Après avoir lu Island, on sait d'emblée que les accusations d'eugénisme portés contre Huxley par la "trollitude" soralienne sont non-fondés. D'ailleurs, à ce propos, je me rappelle que la première fois que j'ai entendu cette accusation "d'eugénisme" contre Aldous Huxley et son frère Julian, c'était de la part de militants larouchistes, ce qui pourrait être mieux comme première impression.

"L'eugénisme" d'Aldous Huxley n'a rien à voir avec les idées de tuer les handicapés, euthanasier les malades et mourants ou concevoir une race conquérante d'hommes-Dieux aryens, ce qui est sous-entendu à chaque fois qu'on porte cette accusation "d'eugénisme". Dans le sens de l'écrivain, qui faisait des études de médecine avant d'être obligé d'arrêter à cause de sa cécité progressive, l'idée est de connaître plus à fond la biologie reproductrice et les souches génétiques pour éviter au maximum les naissances d'enfants handicapés et les maladies transmises par l'hérédité comme le diabète. Pas de vouer ceux-ci aux gémonies ou à l'abattoir quand ils naissent, ni même de les avorter avant. Ce que prône l'écrivain anglais,  c'est d'introduire à petites doses une variété génétique, car il est bien connu que la consanguinité sur plusieurs générations est néfaste pour les populations (surtout dans une population réduite comme l'île de Pala). Nous avons un exemple de "l'eugénisme huxleyien" dans Île aux pages 250-251 (Presses Pocket 1979) où un couple, ayant déjà plusieurs enfants à eux, font appel pour leur dernier enfant à une insémination artificielle pour "enrichir la famille d'un physique et d'un tempérament entièrement nouveaux" (ceux d'un peintre chinois méditatif ayant déjà vécu dans l'île, p.250). On est quand même très loin de l'homme-nouveau des nazis et de l'extermination des "dégénérés" qui sont sous-entendu dans l'accusation "eugénisme".

Maintenant, pour ce qui serait de l'appartenance mondialiste d'Aldous Huxley, c'est difficile d'y croire considérant la conclusion du roman Île. Il n'était ni capitaliste, ni communiste et pour échapper à l'horreur dystopique du Meilleur des mondes, Huxley ne voyait pour l'humanité qu'une sortie par le haut, par la transcendance. D'où son intérêt marqué pour le bouddhisme, qui transparaît à longueur de son roman-testament. Je ne vois pas comment on pourrait rendre cela compatible avec les projets mondialistes de la haute-finance et les délires mégalomanes du grand rabbin Ovadia Yosef.

Quant au biologiste Julian, le frère d'Aldous avec lequel il s'entendait très bien, rien ne permet d'affirmer que son "eugénisme" soit différent de celui de son frangin. À ceux qui tiennent absolument à lui porter l'accusation d'eugénisme, dans le sens sanglant et suprématiste du terme, qu'ils nous montrent les documents qui le prouve. De vrais sources probantes et non des accusations indirectes par association ou des procès d'intention, du style "il faisait partie de telle société ou telle obédience".

Cette dernière référence aux regroupements de l'élite nous amène justement à ce qui les constituent. Il est vrai que ces rassemblements comme les Bilderberg, le Siècle, la Société Fabienne ou la Cecil Rhodes Foundation ont une influence réelle sur la société. Mais encore, il faut comprendre qu'il y a au moins deux niveaux au sein de ces "clubs très sélects" : les invités de passage et le cercle intérieur. Il y a une différence de taille entre les deux. Par exemple, c'est vrai qu'on peut dire que Jacques Parizeau est un bilderberger puisqu'il a été invité une année. Mais on ne peut pas dire que Jacques Parizeau soit un bilderberger au même titre que David Rockefeller, grand patriarche de cette association de malfaiteurs. C'est la même chose pour Aldous et Julian Huxley. Ils ont peut-être fréquenté des groupes d'élites dont les visées ultimes (réellement connus que du cercle intérieur) n'allaient pas nécessairement dans le bon sens, mais de là à les présenter comme ayant été des membres actifs du projet mondialiste actuel, il y a une distance que la personne avisée ne devrait pas franchir d'emblée. D'autant plus que ces histoires de Société Fabienne ou de Fondation Bertelsmann chères aux soraliens proviennent essentiellement de Pierre Hillard, qui lui est réellement un féroce mondialiste undercover.

Après Alain Soral, il est temps d'aborder l'un de ses comparses, le spécialiste en relations internationales Pierre Hillard. Sous couvert de dénonciation du mondialisme et du sionisme, cet homme travaille activement au projet mondialiste. Selon sa construction théorique, le mondialisme aurait deux versants, l'un "de droite" (celui qu'on connaît actuellement) et un autre "de gauche", représenté par Hugo Chavez, Fidel Castro, Mahmoud Ahmadinejad, Vladimir Poutine, Alexandre Loukachenko, etc. Ainsi, le mondialisme est un cercle fermé et il est sans issue. Selon Hillard, la seule véritable opposition est l'Église Catholique d'avant Vatican II, qu'il affirme être complètement incompatible avec le projet mondialiste, d'où selon lui Vatican II pour la réduire au silence. Si réellement Hugo Chavez est un membre actif du mondialisme, que notre spécialiste de l'ESCE nous le démontre en nous présentant dans un livre les équivalents "gauchistes" de la Société Fabienne, du Bilderberg, de la Fondation Bertelsmann, etc. De vrais équivalences probantes, pas des procès d'intentions foireux comme : "Vous savez, Chavez se réclame de Bolivar, un grand franc-maçon devant l'Éternel". (Rappelons ici que la Franc-Maçonnerie est d'abord et avant tout un ensemble de symboles que n'importe qui, avec n'importe quels idéaux ou présupposés religieux, peut reprendre à son compte, et ce peu importe ce que peuvent en dire les grandes obédiences comme le Grand Orient de France ou la Loge Unie d'Angleterre, ou encore les maniaques comme Salim Laïbi ou Johan Livernette).

Pierre Hillard est un vrai mondialiste "sous couverture" car l'Église Catholique pré-Vatican II est radicalement mondialiste. Bien avant le concile et selon les Lefébvristes actuels (ainsi que Franck Abed, même si celui-ci n'est pas sédévacantiste), la religion catholique est la seule véritable religion, la seule pour qui l'Univers a été créé et qui puisse apporter le salut à l'humanité (la notion de "salut extraordinaire", où l'Église Catholique reconnaît qu'un Musulman ou un Hindou puisse lui-aussi obtenir le salut, est le fruit de la réflexion d'Hans Kung, un théologien qui fut très actif pendant Vatican II). Cet absolutisme spirituel, où Rome doit régner sur les consciences "comme il n'y a qu'un seul soleil dans le ciel" (pour reprendre le mot de l'évêque catholique dans le film russe Alexander Nevsky de 1938), voilà un projet mondialiste qui n'a rien à envier aux calculs politiques d'un Rockefeller ou d'un Rothschild. À titre d'exemple, outre la chasse aux sorcières que l'historien Robert Muchembled nous présente comme une pré-colonisation outre-mers, on peut toujours citer le traité de Tordesillas de la fin du quinzième siècle, où par bulles pontificales le monde est partagé entre l'Espagne et le Portugal. Voilà un bel exemple de mondialisme et ce bien avant les années 1960. De fait, la weltanschauung ("représentation du monde") d'Hillard consiste à ce qu'il n'y ait pas d'échappatoire, Chavez comme Obama sont mondialistes, pas de porte de sortie autre que... l'Église Catholique pré-Vatican II (ou "sédévacantiste"). D'où son idée selon laquelle la seule chose qui puisse encore sauver l'humanité du mondialisme est un miracle, une intervention directe de Dieu dans l'Histoire.

C'est ce mondialiste de Pierre Hillard qui est à la source des accusations de la vermine soralienne contre les frères Huxley. Malgré leurs affirmations, les soraliens sont des moutons de Panurge forts utiles à cette oligarchie qu'ils prétendent combattre ("non à un mondialisme juif mais oui à un mondialisme catholique"). Je m'arrête ici, encore une fois très abruptement, mais comme mon texte sur Soral, cet écrit reste ouvert pour une suite, "jusqu'où les soraliens vont-ils descendre dans la bêtise ?".

Charles Tremblay

1 commentaire:

  1. Très bonne analyse, si je puis me permettre ! La ligne E/R pour laquelle lorsque je l' ai explicitée m'a valu d' être censuré par le modérateur est d' amener sur la ligne politique : droite nationaliste catholique, des français d'origine musulmane ou d' Afrique noire. Autant E/R focalise sur l' influence judéo-sioniste, autant E/R passe sous silence l' influence considérable du Vatican et notamment des jésuites sur la géo-politique et les intrigues en tout genre au sein des cercles et réseaux mondialistes. Pour cette mouvance, La libre spiritualité chrétienne doit être rectifiée pour revenir à de vraies valeurs sous contrôle de Rome. Même si leur ligne éditoriale dénonce les dérives d'un système laïciste républicain, la réponse ne peut être un retour anachronisme flagrant en une soumission aveugle et inconditionnelle à une autorité religieuse qui a trahi depuis fort longtemps le message et la mission du Christ.

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