mardi 21 mai 2013

Marion Sigaut, historienne : Le petit Coco mourra-t-il à l'ombre des Lumières ?



Bonjour. Après une absence d’activités d’une quinzaine de jours (la réponse à « Ben Mansour » ne compte pas), la Jérusalem des Terres Froides revient avec ses recherches sur qui est Marion Sigaut et pourquoi accuse-t-elle les Templiers de trafic d’enfants. Le texte qui suit concerne deux livres qu’elle a écrit qui peuvent donner des indications sur les raisons son dérapage anti-historique à propos de cet ordre chevaleresque du Moyen-Âge. Il est écrit à la première personne du singulier, est signé du nom de son auteur et se présente comme deux critiques de livre successives.

Il est à noter que l’article qui suit était en cours de rédaction lorsque l’administrateur/modérateur du site s’est aperçu que la conférence d’Algérie avait été « uploadé » depuis le 20 avril dernier (elle n’a pas été relayée par Égalité et Réconciliation) et celle de l’Inquisition le 30 avril (relayé tardivement par E&R le 18 mai). Il est possible que l’on retrouve dans ces deux vidéos des éléments de réponse aux interrogations qui sont portées ci-dessous  mais si ce devait être le cas, ceux-ci seront pris en compte dans un prochain article.

Merci de votre compréhension et bonne lecture.

Note du 22 mai 2013 : Un sympathique anonyme a pris la peine de m'envoyer la qualification académique exacte de Marion Sigaut, que vous pouvez voir ici, et je tiens à le remercier. Il est fort dommage qu'il ait fallu que ce soit un commentateur qui me donne l'info après la rédaction de ce long article et que celle-ci ne se retrouve pas d'elle-même en quatrième de couverture des deux ouvrages historiques. Ceci dit, pour le moment, je maintient malgré tout mon article car il me semble qu'il conserve encore quelques réflexions pertinentes. Maintenant que je dispose de cette info, c'est peut-être encore pire pour l'historienne car cela rend son dérapage sur les Templiers encore plus inacceptable. Comment quelqu'un qui est allé au-delà de la maîtrise en histoire peut-il avoir commis un impair aussi grave ? À la vue de cette notice biographique, je constate également que les deux livres paru chez Jacqueline Chambon sont probablement le « recyclage » de ses travaux universitaires. Ce qui est tout-à-fait justifié et légitime à prime abord mais il n'en reste pas moins que Mourir à l'ombre des Lumières n'est pas un livre d'histoire et qu'il n'a pas plus de valeur pour cette science que peut l'avoir un roman historique. Reste à présent à savoir qui fut son directeur de maîtrise et de DEA et s'il a une réputation d'intégrité ou une de parvenus comme Robert Conquest ou Bernard Lewis. Reste aussi à savoir si certaines forces catholiques réactionnaires ne cherchent pas à utiliser leurs contacts universitaires pour faire passer en douce leurs idées et leur agenda. Bref, toujours à suivre...

Charles Tremblay

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Je reviens sur le cas de l'historienne-maison d'E&R, Marion Sigaut. À un de mes correspondants, je lui apprenais que j'avais trouvé du nouveau sur elle et que je comptais le révéler bientôt dans un article consacré. Après un premier écrit qui fut élogieux envers madame, un second où je l'ai descendu en flammes suite à un impair grave qu'elle a commis contre la déontologie historique et un troisième où je me pose des questions sur son parcours réel, voici le quatrième, une critique de deux de ses livres et une remise en cause de son titre « d'historienne ».

Je considère toujours comme très grave ce que Marion Sigaut a insinué des Templiers dans son entrevue à Onnouscachetout. Je me pose toujours les questions sur les observations que j'ai fais à André. Je constate que comme je m’y en attendais, la contamination mentale « Templiers = pédophilie et trafics d’enfants » a commencé à se répandre. Depuis la parution de mon article sur le dérapage de madame, la Jérusalem des Terres Froides a reçu quelques visites de gens qui ont fait la recherche sur Google « Templiers pédophilie » ou « Templiers trafics d’enfants ». Je ne sais pas si ces visiteurs ont apprécié ce qu’ils y ont trouvé; tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a qu’une seule critique qui ait été reçue pour cet article des « pédo-Templiers ». Remarquez à quel point elle se distingue en intelligence et en pertinence : « Quand est ce que les quebecquois reviennent chez eux en France? sinon ton article est délétère low qi ». Avouez qu’il y a là de quoi remettre en question mon jugement sur Marion Sigaut !

Autre indication que  la contamination mentale « Templiers = pédophilie et trafics d’enfants » cherche à se propager, les propos de « Catarineta Tchi Tchi », animatrice pour le site de Onnouscachetout, dans le forum du site dédié aux Templiers ouvert le 6 mars 2013. Elle écrit :
Ca c'est ce que relaient les livres d'histoire, et les rumeurs sur le net. Or le roi, deux jours avant qu'il ne décide d'éradiquer l'ordre des templiers, aurait reçu une mystérieuse missive concernant l'ordre. (…) La missive dont je te parlais tout à l'heure aurait concerné des pratiques pédophiles (c'est une information orale que j'ai reçue d'une historienne).
Remarquez que cette animatrice clownesque avait à ce moment-là le beau jeu, la vidéo de Marion Sigaut ne paraissant que 2 semaines après son affirmation, ce qui lui permettait de se justifier qu’une « historienne » lui aurait confié le propos dans une discussion. Ce qui à présent peut être considéré comme une fausse justification car cette « historienne » est Marion Sigaut, qui par trois fois devant la caméra de Onnouscachetout nous dit qu’elle ne peut rien dire du Moyen-Âge car elle n’est pas médiéviste. Cette même Marion Sigaut qui avouera candidement à un commentateur d’E&R que toute son histoire templière n’est qu’une hypothèse. Remarquons pour conclure brièvement le cas de «Catarineta Tchi Tchi » que l’ensemble ses affirmations sur ce forum des Templiers est un gros paquet de conneries, surtout quand elle s’aventure dans les histoires de « magie noire » alors qu’il est manifeste qu’elle ne connaît rien au sujet. Outre le fait que le terme « magie » est très général comme de dire « les mathématiques » (voir l'entrevue de Jean-Luc Caradeau), si elle savait ce qu’est réellement la « magie », elle se serait tu car l’excommunication pratiquée par l’Église Catholique à la même époque que les Templiers, c’est également de la magie « noire » (de même que l’humour mortifère soralien aujourd’hui). Eh oui, de la « magie noire » car ce rituel prive la personne qui en est visée de la possibilité d’atteindre son salut, elle est désormais coupée du « corps mystique du Christ » et elle est condamnée à une mort ignominieuse et à l’enfer pour l’éternité. Ces qualificatifs de « noir » ou « blanc » sont bêtes car si quelqu’un connaît les principes de la magie dite « blanche », elle connaît également les principes de la magie dite « noire », l’un ne venant pas sans l’autre. Quand aux « sorciers africains qui peuvent tuer en 24 heures », nous sommes ici en plein fantasme d’Occidental « new-ageux » inculte nourri aux films fantastiques d'Hollywood, bien près de l'emploi du mot « vaudou » comme synonyme de sorcellerie maléfique qui est dénoncé sur la JTF. Alors pour l’intelligence du propos magique de la mademoiselle, on repassera. Encore une zozotérique de style soralien qui s’auto-proclame grande spécialiste de l’ésotérisme, l’occultisme, la sorcellerie et tout ce genre de chose. Ces soi-disants « connaisseurs de la magie » sont une véritable calamité qui cause un tort considérable à la dissidence contre le mondialisme, quand il ne s’agit pas de prosélytisme chrétien undercover. Comme le dit si justement l’expression : « Un soupçon de connaissance est quelque chose de très dangereux ».

Puisque Marion Sigaut nous dit elle-même qu'elle a écrit 9 livres, j'ai fait des recherches si je pouvais en retrouver quelques uns depuis ma position au Québec. Jusqu'à présent, je n'ai pas réussi à mettre la main sur son ouvrage d'Afrique du Sud mais je dispose de deux titres : Mourir à l'ombre des Lumières (2008) et Le petit Coco, son tout premier livre (1989). Les deux ont la caractéristique d’avoir été publiés par des éditrices, Jacqueline Chambon pour Mourir et Sylvie Messinger pour l’autre.

La trouvaille dont je faisais référence à André est ce dernier livre cité. Mais je vais commencer par Mourir à l'ombre des Lumières, qui est son fameux livre consacré à l'affaire Damiens. Il est sorti chez un tout-petit éditeur associé à Actes Sud. Je regarde la quatrième de couverture et j'y vois qu'on précise à deux reprises que Marion Sigaut est historienne. On ne nous dit pas cependant de quelle université elle est diplômée, ni même si ce diplôme est ce que les États-uniens appellent un Ph.D. Mais ne me croyez pas sur parole, constatez par vous-même :

Quel rapport peut-il y avoir entre un roi débonnaire, un domestique ombrageux et une magistrature frondeuse ?
Par une glaciale soirée de 1757, Damiens, le domestique, frappa Louis XV, et les magistrats s'empressèrent de supplier qu'on leur confie un jugement qui n'était pas de leur ressort. Damiens a-t-il agi seul, et pourquoi ? Comment le roi, que sa douceur naturelle poussait à la clémence, a-t-il permis le déchaînement de barbarie que fut la mise à mort de celui qui n'avait fait que l'égratigner ?

En donnant la parole à l'un des principaux enquêteurs de l'époque, le prince Emmanuel de Croÿ, l'historienne Marion Sigaut met au jour la réalité terrible, et jusque-là ignorée, d'un procès truqué de bout en bout. D'une plume alerte, elle perce enfin le mystère Damiens et révèle les liens inouïs qui pouvaient exister, trente ans avant la Révolution, entre un fils du peuple, un roi absolu et les plus ardents opposants à l'absolutisme.

Marion Sigaut est historienne. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont La Marche rouge (Editions Jacqueline Chambon, 2008), qui révéla les noirs secrets de l'Hôpital général et connut un grand succès auprès du public.
Comme vous pouvez le voir, on nous dit par deux fois « historienne » et c’est tout. Pour quelqu'un qui est allé chercher son diplôme pour protéger et rendre crédible sa découverte, ne pas préciser davantage sa qualification est bien étrange, voire contre-productif. Et à l’intérieur du livre, il n’y a pas non plus la moindre indication supplémentaire sur les qualifications réelles de la madame. Je n’ai pas réussi à mettre la main sur le livre « jumeau » de celui-ci, La Marche rouge : Les enfants perdus de l'Hôpital général, mais voici sa quatrième de couverture tel qu’on peut la retrouver sur le site de Jacqueline Chambon et sur Amazon.fr :
En mai 1750, une rumeur persistante faisant état d'enlèvements d'enfants mit Paris en émoi. Les gens disaient que des agents de police déguisés s'emparaient d'enfants et d'adolescents et les envoyaient à l'Hôpital général. Des émeutes graves éclatèrent, des commissariats furent incendiés et des gardes tués. La répression de cette "Marche rouge" fut sévère et se solda par des condamnations à mort. Mais qu'était donc cet Hôpital général de sinistre réputation ? Fondé en 1656 par Louis XIV, il était destiné d'abord à résoudre le problème de la mendicité par le "renfermement" des mendiants. Mais très vite cet établissement laïque géré par le parlement de Paris fut également utilisé pour enfermer d'autres catégories de population : les prostituées, les ivrognes et bientôt les enfants abandonnés, ou confiés à l'institution par des parents sans ressources, puis ceux qui traînaient dans les rues ou simplement y jouaient...
Pour en savoir plus sur le sort fait à ces enfants disparus, Marion Sigaut s'est plongée dans les riches archives de la Salpêtrière qui, avec Bicêtre et La Pitié, formait l'Hôpital général. Outre les conditions de vie inhumaines qui y régnaient, elle éclaire les terribles scandales qu'étouffèrent les dirigeants de l'établissement. Se pourrait-il que la rumeur d'un commerce d'enfants ait eu un fondement ? Que sont vraiment devenus les enfants perdus de l'Hôpital général ? Furent-ils livrés à des libertins qui en usaient en toute impunité ? Furent-ils vendus à la Compagnie des Indes pour peupler la colonie du Mississippi ? Autant de questions auxquelles Marion Sigaut, dans une enquête passionnante, tente d'apporter une réponse.

Marion Sigaut est historienne. Née à Paris en 1950, elle a notamment publié Libres femmes de Palestine (éditions de l'Atelier, 1996) et Mansour Kardosh, un juste à Nazareth (éditions de l'Atelier, 1998, prix Palestine-Mahmoud Hamchari).
Ici aussi, on nous dit qu’elle est historienne et c’est tout, pas la moindre précision sur l’institution, le degré réel de qualification ou qui furent ses maîtres. On nous parle de deux livres qu’elle a déjà écrit dont un qui a reçu un prix, deux ouvrages qui ne se rapportent pas à la question de la France du XVIIIième siècle, parus tout deux à cette maison d’édition dont le nom sonne si maçonnique malgré son origine catholique, les éditions de l’Atelier. Notons que le livre de Marion Sigaut sur l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud que j’ai mentionné dans un article précédent, qui lui avait été demandé par le Comité catholique contre la Faim et pour le Développement, est paru à cette même maison d’éditions au nom irrésistible.
 
Marion Sigaut se dit historienne, son éditrice Jacqueline Chambon l’affirme également, mais a-t-elle réellement fait une thèse de doctorat d'État pour en obtenir le titre officiel ? Si oui, quel en fut le sujet ? Les trafics d'enfants dans la France du dix-huitième siècle ? L'affaire Damiens proprement dite ? Voltaire et les Encyclopédistes ? À quelle université je peux aller consulter cette thèse ?  C'est fou mais plus on recherche sur l'historienne-maison d'E&R, plus c'est opaque et plus on se pose des questions. Surtout que le titre « historien » n’est pas protégé légalement comme peut l’être « médecin », « psychologue », « architecte » ou « avocat », il est facile d’en abuser avec une qualification moins sérieuse. Et toute cette remise en cause en raison d'un seul dérapage sur les Templiers !

De fait, avec le manque de précision sur le titre "historienne" que je constate des livres, plus le même manque de précision sur son parcours académique que je constate de ses entrevues, je me demande si Marion Sigaut est réellement diplômée d'histoire, avec thèse de doctorat d'État, soutenance devant jury, etc., comme peuvent l'être Annie Lacroix-Riz et Robert Muchembled. Surtout ce silence sur la question de la soutenance, étape réellement importante qui laisse toujours des souvenirs indélébiles. Avoir à justifier son travail, démontrer quelque chose qui n'avait pas été démontré auparavant, devant un jury sélectionné de spécialistes de la question, c'est un  point culminant dans la démarche de tout historien en devenir. Que Marion Sigaut se fasse interroger sur son parcours académique et qu'elle n'ait même pas glissé un mot sur sa soutenance... je suis en droit de me demander si elle est réellement une historienne certifiée ou si elle n'a fait que les premiers échelons des cycles supérieurs, genre maîtrise plus une ou deux années de doctorat, peut-être même moins. Dans tout les cas, si Marion Sigaut est réellement historienne au même titre que Lacroix-Riz, la maison d'éditions de son livre se serait empressée d'indiquer de quelle institution son auteur tient sa certification, d’autant plus que selon ses propres dires, elle a fait ses études d’Histoire pour rendre crédible ses découvertes du XVIIIième siècle.

Après les constatations que j’ai pu faire seulement avec l’extérieur du livre , je regarde le contenu… et je constate que, malgré les apparences,  ceci n’est pas du tout un livre d’histoire ! Marion Sigaut pourra toujours dire qu’elle l’a intentionnellement écrit sous forme romancée pour qu’il soit facile à lire mais non, Mourir à l’ombre des Lumières n’est pas un livre d’histoire mais bien un roman historique, ce qui n’est pas la même chose : le second n’engage à rien une fiabilité scientifique. À l’exception de quelques petites précisions en bas de page, il n’y a pas la moindre indication sur les sources ou comment elles furent abordées. Car s’il faut aller aux sources comme elle nous l’a dit elle-même, ces sources ne sont pas d’égales valeurs et il ne suffit pas de les présenter en bibliographie. Une étape essentielle de la science historique est la critique des sources. Il faut évaluer la valeur et dans quelles circonstances les sources utilisées peuvent justifier la trame narrative. On aura beau me dire qu’il s’agit d’un ouvrage grand public, l’absence COMPLÈTE de tout guide est indiscutablement la preuve que ce livre n’est pas autre chose qu’un roman, et que ça devrait être mentionné sur la couverture. Il n’a pas été demandé à Marion Sigaut d’écrire LE gros traité historique sur l’affaire Damiens, avec notes de bas de page qui prennent davantage de place que le texte lui-même, une longue série d’annexes, de cartes, etc. Mais ici, il n’y a absolument rien et non, il n’est pas possible que « tout soit dans le texte ». Ce que j’avance ne concerne pas des « détails techniques » de l’ouvrage, mais bien sa crédibilité toute entière sur ce qui affirmé de l’objet historique étudié. C’est fondamental.

Si les soraliens cherchent à détourner mon propos en affirmant que je m’acharne sur un détail, je leur rappellerai ce que dit Michel Desmurgets dès le début de son livre TV Lobotomie :
Ces références sont utiles à deux niveaux. Première pour l’auteur, elles constituent un précieux garde-fou : lorsque chaque assertion doit être étayée, il est moins facile de dire n’importe quoi et de passer des boniments de camelots pour des faits avérés. Deuxièment, pour le lecteur, elles permettent de remonter à la source des évidences présentées et ainsi de vérifier ou d’approfondir des propos qui pourraient être jugés suspects ou engageants. Ces notes de fin d’ouvrage ne sont nullement nécessaires à la compréhension du texte. Elles peuvent être totalement ignorées ou consultées sur un mode ponctuel et parcimonieux.
Après le constat que ce livre de Marion Sigaut n'est qu'un roman historique, l'idée m'est venu d'aller voir ce qui est dit du bouquin sur Amazon.fr. J'y ai trouvé une critique de 2 étoiles sur 5 de Michel Renard, qui se présente comme professeur d'histoire à Saint-Chamond (Loire). Il fait le même constat que moi : « Marion Sigaut a écrit un bon roman historique. Mais il ne faut pas le faire passer pour un travail historien. On ne peut jouer sur les deux registres. Sinon cela relève de l'imposture ». Pour le reste, ce monsieur connaît mieux que moi le sujet et il affirme avoir communiqué avec un chercheur de l'Ohio State University. Voici l'ensemble de son commentaire tel qu'il se retrouve sur Amazon.fr :
Réalité ou fiction ?, 30 juillet 2012

J'ai lu d'une traite, avant-hier samedi : "Mourir à l'ombre des Lumières. L'énigme Damiens". Bon récit, palpitant, mais ce n'est pas un livre d'histoire. Marion Sigaut n'a "percé" aucun "mystère".

L'hypothèse d'un Damiens agissant, par l'attentat contre Louis XV en 1757, comme père vengeur des outrages infligés à sa fille relève de la fiction pure et simple.

Marion Sigaut affirme avoir trouvé l'existence d'une fille de Damiens dans l'ouvrage de l'historien américain, Dale Van Kley (1984), auteur par ailleurs du savant "Les origines religieuses de la Révolution française" (Points-Seuil, 2006).

Or, la mention d'une épouse et d'une fille de Damiens figure dans les "Pièces originales et procédures du procès..." datant de 1757...! (Books-Google sur internet :[...].

Ses recherches semblent donc assez superficielles.

J'ai interrogé aujourd'hui moi-même Dale Van Kley (Ohio State University) qui, lui, a effectué des investigations longues et rigoureuses.

Dale Van Kley m'a répondu avoir passé de nombreuses semaines aux Archives à propos des enlèvements d'enfants et avoir dépouillé les papiers de TOUS les commissariats parisiens pour l'année 1750 (année supposée de l'enlèvement et du viol de la fille de Damiens selon Marion Sigaut).

Or, aucun enlèvement de fille n'est signalé. Et aucun enlèvement de fille ou garçon n'a eu lieu rive gauche, où Damien habitait, rue Étienne-des-Grès...!

J'en ai encore à dire... Mais passons.

Marion Sigaut a écrit un bon roman historique. Mais il ne faut pas le faire passer pour un travail historien. On ne peut jouer sur les deux registres. Sinon cela relève de l'imposture.

Qui n'a tout fait pour la vérité n'a rien fait (paraphrase de Robespierre qui disait : "si vous ne faites tout pour la liberté, vous n'avez rien fait", Sur la nécessité de révoquer le décret sur le marc d'argent, avril 1791).

Michel Renard
professeur d'histoire
Saint-Chamond (Loire)
Puisque j'ai trouvé cette critique pertinente du livre de Marion Sigaut, je suis allé voir s'il n'y aurait pas quelque chose du même genre à l'autre ouvrage « historique », La Marche rouge. Il y a une critique encore plus importante que la première citée, une seule étoile sur 5 (la plus basse note sur Amazon). N. Jaisson reproche à « l'amie de Soral » la même chose que moi par rapport à Mourir..., à savoir l'absence totale de toute critique de sources, ce qui permet « l'amalgame putride » comme l'indique fort-à-propos le titre de son commentaire. Cette personne nous rejoint, Michel Renard et moi : « Le procédé (l'absence de critique de sources) paraît relever plus d'une opération de propagande politique que d'un véritable travail d'historien s'appuyant sur des sources sérieuses ».

Ce surnommé "Pompom" s'y connaît également mieux que moi sur cette période historique et je vous recopie ici le commentaire entier d'Amazon :
Amalgame putride, 16 février 2012
La thèse de l'auteur consiste à s'appuyer sur des faits sans preuves pour en inférer une théorie sordide qui elle-même s'appuie sur des ragots concernant des personnages de l'Histoire controversés comme La Pompadour dont les propos sont içnterprétés pour venir confirmer la thèse avancée. Le procédé paraît relever plus d'une opération de propagande politique (l'auteur est soutenu par E&R qui ne cache pas ses sympathies communistes et a fortement tendance à appliquer une grille de lecture marxiste sur l'Histoire) que d'un véritable travail d'historien s'appuyant sur des sources sérieuses. Des témoignages d'époque viennent infirmer les calomnies faciles à propos de la Pompadour, notamment ceux de Mme Vigée Lebrun qui l'a fort bien connue (voir ses Mémoires) et la décrit comme une personne d'une remarquable générosité vis à vis des déshérités. L'auteur oublie aussi que Louis XV a eu huit filles qui n'ont pas fini dans son lit, mais pour certaines sont devenues de saintes.
Ma seule réserve dans tout ce qui est dit ici est ce qui est affirmé sur Égalité et Réconciliation. Il est vrai que Soral ne cache pas qu'il a été membre du Parti Communiste Français mais on voit par son évolution que ses sympathies vont davantage aux « savoisianistes » et autres « nationaux-socialistes à chemise brune ». Il publie même quelques classiques de ce courant politique comme Francis Delaisi, Gottfried Feder et le Juif international d'Henry Ford par Kontre-Kulture, de même qu'il distribue un des ouvrages d'Hervé Ryssen. Quand aux références de « Grosal » à Marx, elles sont si vagues et générales qu'elles trahissent le fait que le « virtuose du logos » ne connait rien au penseur du 19ième siècle. Croyez-vous réellement que le « mystique authentique » lit 6 heures par jour comme il le prétend et qu'il a ramassé plusieurs centaines de pages de notes pour écrire son petit opus noir ? Alain Soral cite Karl Marx parce que l'expression « lutte des classes » lui sert bien dans l'endoctrinement de ses adeptes et que cela lui permet de récupérer des gens de « l'extrême-gauche » (comme il avoue qu'une partie de son fan-club en est issue dans son entrevue au collectif fantôme « Amanah »).

Voilà. Je ne peux pas aller plus loin pour le moment sur le volet « historique » de la bibliographie de Marion Sigaut. Mais ce qui a été relevé ici est déjà important, voire accablant...

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Après tout ce qui a pu être dit sur l'un des deux livres qui justifient Marion Sigaut comme « historienne », j'en arrive au tout-premier livre qu'elle a fait paraître, Le petit Coco. Ce qui m'intéresse d'abord et avant tout dans cet objet historique appelé « Marion Sigaut », c'est l'origine de ce qui a mené au dérapage anti-historique sur les Templiers et d'éventuels trafics d'enfants. En lui-même, un livre sur l'enfance de cette dame ne fait pas du tout partie de mes intérêts. Je l'ai quand même pris dans mes mains lorsque l'occasion s'est présentée et à la lecture de la quatrième de couverture, j'ai senti que je tenais là une partie importante du casse-tête que je tente de résoudre, voire même avoir trouvé le fil conducteur de toute l'oeuvre écrite de Marion Sigaut.

Avant d'aller plus loin, voici cette quatrième de couverture :
Se rendre compte, soudain, que l'on a raison seul contre tous, il n'est rien de plus terrible. A l'énormité de ce constat succède le doute. Puis la panique, avec cette découverte affreuse : forts de leur amour, des parents peuvent vous tuer. En vous faisant passer pour une malade, une folle. Et si vous étiez folle ?
Alors par amour pour eux, vous allez oublier. Tout. Jusqu'à la réalité des faits. Le tour est joué. Le crime est impeccable, puisque même ses auteurs ignorent l'avoir commis. Manège hallucinant dont longtemps vous ne pouvez descendre : ce serait remettre en cause leur propre personne - les blesser à tout jamais. De toute façon, il y aurait la mort. La leur, ou la vôtre.
 Pour la première fois l'on voit ici ce terrible jeu des mots piégés : double langage, double contrainte. Avec une énergie peu commune, l'auteur a réussi à réchapper de ce cauchemar. Puisse ce témoignage sans complaisance faire comprendre l'enjeu des relations que développent les parents avec leurs enfants : bafouer le droit des enfants au respect conduit tout le monde en enfer
Jeanne Charpentier
Ce livre est autobiographique. On comprend dès les premières pages que c'est d'elle-même qu'elle parle. À la deuxième page (p.10), il est fait référence à son kibboutz en Palestine occupée. J'avais déjà entendu « l'historienne » dire que son père était le pire ennemi de sa vie et maintenant je n'ai aucune difficulté à le croire. Tout aussi vite qu'on comprend que l'écrit est autobiographique, il est évident que l'homme en question est un manipulateur psychopathe tel que l'explique Isabelle Nazare-Aga dans ses livres. Sans entrer dans le détail de ma vie personnelle, je sais à quel point ce genre d'individu peut faire souffrir son entourage et ce pendant plusieurs années d'affilée, voire même après sa mort. Il a toujours le bon mot pour se justifier mais la motivation profonde est constamment d'avoir le dessus sur l'autre pour mieux le rabaisser, l'humilier et l'exploiter sans vergogne, sans le moindre remord de conscience ou une quelconque empathie. Si Marion Sigaut me dit qu'elle a eu une enfance malheureuse à cause d'une crapule pareille, oui, je suis tout-à-fait disposé à la croire.

Maintenant, ce genre de blessure dans l'identité profonde laisse des marques à vie, des traumatismes psychologiques. Après un tel vécu, il n'y a pas à se surprendre que cette personne soit à l'âge adulte très interpellée par les histoires de trafics d'enfants. Déjà qu'on lui a volé son enfance, alors ce qu'on fait à ces malheureux... Il est tout-à-fait possible et fort probable qu'il existe quelques cas sérieux « d'infanticides sadiques pédomanes sodomites d'élite satanique » mais le sujet, par l'horreur qu'il évoque, fait facilement basculer dans l'imaginaire sordide le plus délirant et il semble que Marion Sigaut, par ses traumatismes personnels, soit très suggestible sur ce point, tout comme elle est très vulnérable au « love-bombing » sectaire. C'est précisément pourquoi Soral revient régulièrement sur ce sujet : il exacerbe l'imaginaire et l'émotivité des soraliens et ils deviennent des enragés prêts à égorger tout ce qui leur sera désigné comme « pédophile », y compris ceux qui préparent l'arme métapsychique contre le monstre mondialiste (tout ce qui relève du paranormal démontré en laboratoire, la Golden Dawn, Aleister Crowley, l'OTO, etc). C'est en raison de cette utilisation par le « mystique authentique » de cette magie noire bien réelle qu'est la peur inspirée par les récits de réseaux pédocriminels que je suis si déterminé à en savoir plus sur l'histoire templière de Marion Sigaut. « Les pédo-Templiers, un cadeau à Laïbi, Livernette et E&R » avais-je écrit déjà et l'hypothèse reste toujours valable au moment de la rédaction de ces lignes.

Est-ce que je vais aller plus loin et faire une lecture attentive du Petit Coco pour trouver tout élément pertinent à ce que je recherche ? Peut-être mais je ne saurais vous dire pour l'instant. Après tout ce qui vient d'être dit ici avec seulement un survol de deux livres, il y en a suffisamment à méditer, surtout sur la probité de Marion Sigaut comme « historienne ». Je suis curieux de savoir comment réagira Nicolas Dupont-Aignan à l'évolution de moins en moins « historienne académique universitaire » de sa militante et de plus en plus « Alain Soral est un homme bon et généreux » et de plus en plus « les réseaux d'élite de trafics d'enfants traversent les siècles, ne peuvent être arrêtés d'en haut et ils sont partout ! ».

Éventuellement, je pourrai en dire davantage sur la madame car je mettrai tôt ou tard la main sur d'autres livres qu'elle a écrit. Ce sera un peu plus difficile pour ce qui provient des éditions de l'Atelier car j'ai l'impression que leurs publications n'ont jamais été distribuées au Québec mais encore là, ce n'est pas complètement impossible. Je pense être capable de me procurer assez rapidement Les deux coeurs du monde : du kibboutz à l'Intifada dans son édition originale du début des années 90 et l'autre ouvrage du volet « israélien », Russes errants sans terre promise, dans son édition originale rose de chez L'Harmattan. Je doute un peu que ces deux derniers titres mentionnés puissent être aussi révélateurs de ce que je cherche que ce qui vient d'être cité ici mais on ne sait jamais, des fois il suffit d'un indice minime pour changer radicalement toutes les perspectives.

D'ici là, je propose à mes lecteurs qui veulent tout autant que moi savoir « pour qui roule Alain Soral et Marion Sigaut » d'essayer d'en savoir le plus possible sur la certification académique réelle de l'historienne-maison d'Égalité et Réconciliation. Je pense que c'est là que se trouve le point faible de ce « dernier bastion de respectabilité » d'E&R. Si effectivement le titre « historien » est abusivement utilisé par Marion Sigaut et la clique soralienne pour la décrire, alors de mettre à jour cette imposture sera un coup majeur porté à l'ensemble du soralisme. Seule solution pour établir les faits : la méthode historique, aller aux sources, aux documents, aux textes... Et tout cela pour un seul dérapage...

Charles Tremblay

4 commentaires:

  1. http://www.crl-bourgogne.org/index/annuaire_fiche/auteur/756/sigaut.html
    Voilà les études de Marion Sigaut .

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    1. Merci pour la précieuse information, cher anonyme. Ma réponse à votre commentaire se trouve dans l'introduction à l'article, à l'ajout du 22 mai.

      Pour l'instant, je laisse mon écrit tel quel mais il est possible qu'il soit remanié bientôt, en fonction de ce que sera l'état de mes recherches sur cette affaire de Marion Sigaut et ses « Pédo-Templiers ». Mais encore une fois merci, cher anonyme, vous venez de me rendre là un bien grand service.

      Charles Tremblay

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  2. Bonjour, il me semble qu'elle témoigne dans les commentaires de cet article qu'elle n'est diplômée que d'un DEA. "Diplôme d’études approfondies" (= DEA) grade de Master, Université Paris VII, mention TB. 2005. "

    Ce qui a pour but de me laisser extrêmement perplexe quand à son titre d'historienne.

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/XII-Le-supplice-de-Damiens-ou-le-triomphe-des-barbares-9641.html

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    1. Bonjour Charles et commentateurs,

      Je pense que c'est un mauvais procès qu'on lui fait que de remettre en cause un statut d'historien sur un diplôme. D'abord parce qu'un "diplôme d'historien" ça n'existe pas. S' il y a des formations d'ingénieurs sanctionnées par un diplôme (c'est plus sûr...), il n' y en a pas vraiment pour l'histoire. Est-ce qu'un écrivain se doit d'avoir un "diplôme de lettres" pour écrire un roman ? Quant à être agrégé d'histoire, ça concerne uniquement l'enseignement.

      Elle dit qu'elle a suivi des études supérieures d'histoire pour acquérir les méthodes de recherche propre à cette matière. Et un DEA est largement suffisant pour ça puisqu'au delà il s'agit de la thèse de doctorat qui est un travail personnel qu'elle pourra entreprendre quand elle le souhaitera, étant habilité à le faire avec son DEA. Un livre apportant du neuf sur une période pourrait même faire l'affaire comme base pour la thèse académique.

      Enfin, doit-on dire que Taine, agrégé de philosophie ou Michelet, agrégé de lettres, n'étaient pas des historiens ? Henri Guillemin, dont Sigaut se réclame, agrégé de lettres lui aussi n'était-il pas historien ?

      Au fond tout le monde peut tenter d'écrire des livres d'histoire. Après, cela se juge sur le contenu et les sources utilisées. Et pouvoir comprendre et utiliser des archives anciennes cela s'apprend, effectivement.

      Dans le cas de Sigaut, on pourrait considérer que ses livres d'histoire sont soit faibles, soit très partiaux, que ses interprétations des faits sont peu pertinents, qu'elle laisse entendre des choses non historiques comme le fait remarquer Charles sur les Templiers "pédophiles", etc.
      Et il est évident qu'elle se place d'emblée du côté de "l'Eglise catholique" contre "Les Lumières". D'où cette charge à sens unique contre Voltaire, par exemple. Mais des livres honnêtes et de haut niveau sur Voltaire ça ne manque pas.

      Bref, on peut juger si c'est un historien intéressant ou non. Et dans ce domaine la concurrence est très relevée pour Sigaut, surtout pour le XVIII siècle français où elle essaie de nous faire croire qu'elle découvre des choses cachés...le genre de discours qui plait bien à la secte soraëlienne et au complotisme qui pullule sur internet aujourd'hui. Elle peut vendre plus avec cette approche...

      Cordialement.

      André

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