mercredi 12 juin 2013

Sociologie du soralien

La Jérusalem des Terres Froides a trouvé une critique pertinente d'Alain Soral assez récente qu'elle présente ici, dans ce qui pourrait être sa section « documentation contre le soralisme ».

---Sociologie du soralien---

Paru le 30 dans
Beaucoup ont entendu parler d’Alain Soral sans s’intéresser au personnage et à sa pensée. Il est vrai que sa réputation n’est guère reluisante : qualifié de « conspirationniste » par le pontifiant Patrick Cohen, il est voué aux gémonies par l’ensemble de la gauche et par la droite à cause de ses prises de position d’un antisionisme rabique et virulent. L’homme, arrogant et insultant, s’est aussi mis à dos une bonne partie de l’extrême-droite à force de déclarations à l’emporte-pièce : Maurice Dantec, Marc-Édouard Nabe, Louis Aliot et beaucoup d’autres. Il n’en a pourtant toujours pas été ainsi. A une époque, Alain Soral était invité aux émissions produites par Jean-Luc Delarue ou aux talk-shows de Thierry Ardisson, après avoir tenté une carrière d’animateur à la fin des années 1980. Tout cela est bien lointain désormais, et Soral s’est réfugié sur Internet, à la fois ghetto et rédemption des pamphlétaires du nouveau siècle. Son parcours politique peut étonner : d’abord jeune homme de bonne famille, puis déclassé, il rejoint le Parti communiste, où il détonne par ses prises de position nationalistes. Cela ne s’arrange guère par la suite, avec la publication de ses livres sur la drague et le féminisme, nimbés d’une phallocratie sans nuances, bourrés de références philosophiques mal digérées, entre Hegel, Lukacs, Otto Weininger et, bien sûr, Michel Clouscard. Puis, en 2005, Alain Soral rejoint le Front National. Ce ralliement ne surprend pas grand-monde, le rigorisme moral (parfois très hypocrite) de Soral et son nationalisme intransigeant ayant annoncé ce mouvement depuis des années. Mais Alain Soral se fait assez mal aux luttes de pouvoir au sein du parti lepéniste, et le quitte quelques mois avant les européennes de 2009. Depuis lors, il règne en maître sur une petite association, Égalité et réconciliation, jetant l’anathème sur certains de ses suiveurs, récompensant les autres.

Maintenant, quid de la pensée du bonhomme ? Celle-ci est fort intrigante, bien qu’au final elle ne distingue que de très peu du galimatias conspirationniste habituel. Ses traits les plus marquants proviennent du passage de Soral au PCF, d’où il a tiré une certaine aisance rhétorique, mais aussi des éléments de philosophie hégélienne et une forte tendance marxiste. On pourrait la résumer ainsi : un socialisme nationaliste teinté de christianisme, de communautarisme et d’antisionisme. Un antisionisme obsessionnel, ressemblant beaucoup à celui de Dieudonné M’bala M’bala sans avoir la même velléité comique. Le tout vise à former une Weltanschauung complète. Lorsque Soral tombe sur les inévitables apories soulevées par les fondements de sa pensée, il les contourne grâce à un élément très commode : le complotisme. C’est ainsi qu’il est à l’origine de concepts plus grotesques qu’inquiétants comme « l’islamosionisme » ou le « salafist-fucking » : Soral utilise ainsi quelques points aveugles de la politique des États de la péninsule arabique à son profit, pour prouver qu’ils sont en fait complices d’Israël, et financent l’islamisme radical pour mieux discréditer la religion musulmane, et, in fine, renforcer le « talmudo-sionisme ». L’ambiguïté permanente d’Alain Soral est aussi à relever : ses vitupérations permanentes contre le CRIF et la LICRA sont contrebalancées d’innombrables citations laudatives d’auteurs d’origine juive (Otto Weininger, Maurice Rajfus, Jacob Cohen, Bernard Lazare).

Bref, une pensée bizarre, comme il en existe beaucoup à la droite de la droite. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus intrigant : les adeptes du soralisme. Qui sont-ils ? Dans quelles conditions sont-ils venus à se rapprocher de ce « penseur » ? Un simple coup d’œil aux interminables entretiens du potentat d’Égalité et réconciliation sur Youtube permet de voir que ses vidéos connaissent un certain succès, pas gigantesque, mais réel (plusieurs dizaines de milliers de vues). Par contre, les membres de son association étaient huit cents, selon ses propres chiffres… Sûrement surestimés, bien sûr. La première conclusion à en tirer est logique : Soral plaît à beaucoup de monde, mais rares sont ceux disposés à s’engager réellement à ses côtés. Plusieurs raisons expliquent cet état de fait : dépolitisation permanente, côté groupusculaire d’Égalité et réconciliation, faiblesse de la structure en province, et surtout proximité d’idées avec le Front national (bien que, comme on va le voir, les audiences de ces deux mouvements ne se recoupent peut-être pas exactement). Les vidéos d’Alain Soral ont aussi un côté viral qui ne se dément pas : l’homme sait attirer l’attention par un mélange instinctif d’invectives, de prises de position tranchées, d’insultes et d’anecdotes sur le milieu du show-business (milieu qu’il connaît très bien, cf. ses interventions à propos de Thierry Ardisson, d’Ariel Wizman et de Jean-Luc Delarue). On s’envoie donc ses vidéos par mail et sur Facebook, en ricanant avec jovialité de ces « quenelles » glissées aux grands de ce monde mesquin, et puis on se prend à écouter le reste, à écouter les théories du bonhomme…

C’est là que se pose la question de savoir qui apprécie Alain Soral. Un peu de sociologie politique s’impose : le soralien se recrute le plus souvent dans l’électorat traditionnel du Front national, à savoir les artisans et petits commerçants d’une part, et d’autre part les ouvriers et employés en voie de paupérisation ou de déclassement. Il va de soi que les amateurs du soralisme se recrutent plutôt dans cette seconde catégorie, du fait de leur jeunesse. Ils peuvent être caractérisés par plusieurs traits : une haine virulente de l’étranger, de l’immigration, des classes dominantes, du système politique, des media de masse ; une situation sociale précaire, entre chômage et intérim ; un niveau d’étude secondaire, avec quelques rares incursions dans le supérieur ; un manque de culture politique et artistique. C’est là que l’interaction entre Soral et ses suiveurs est marquante. Le maître du « logos helléno-chrétien » a très bien compris le profit qu’il pouvait tirer de la situation. Son but est simple : apporter à ces gens-là une part de la culture qu’il détient, ou plutôt semble détenir. Son intérêt dans cette histoire est évident. D’une part, reconnaissants, ses adeptes se battront becs et ongles pour le défendre ; d’autre part, il pourra engranger un peu d’argent au passage, grâce à sa maison d’édition et aux divers attrape-nigauds qui s’y trouvent… C’est bien cela qu’il faut voir en Alain Soral : un bateleur qui offre certaines clés de culture politique à ceux qui n’en avaient pas… Tout cela pour faire avancer sa propre cause. L’exercice est troublant : Soral alterne sans cesse entre citations, raisonnements paralogiques et injures publiques, parvenant tout de même à conseiller la Phénoménologie de l’Esprit à des auditeurs qui n’en avaient pas forcément entendu parler… L’influence du soralisme est pernicieuse, et se révèle chaque jour un peu plus étendue que ce que l’on pourrait penser. Il arrive parfois, au détour d’une discussion, qu’un interlocuteur cite Werner Sombart. Dans ce cas précis, soit le bonhomme est diplômé en sociologie, soit il est soralien (s’il parle immédiatement après de sionisme, le doute n’est plus de mise).

L’ambiguïté majeure du discours d’Alain Soral et de ses affidés concerne l’immigration. Soral est opposé, bien sûr, à cette dernière, mais défend un communautarisme « républicain », basé sur une entente cordiale entre les chrétiens et les musulmans, une sorte d’union sacrée, face à l’ennemi commun, le « talmudo-sioniste »… Soral répète à longueur de temps son respect de l’Islam, vecteur de dignité, de fierté, de moralité et de virilité, toutes valeurs inverses à celles du « talmudo-sionisme » félon, menteur, pervers et efféminé. Le but est limpide : établir un pont entre l’extrême-droite et les populations immigrées venant d’Afrique pour créer une convergence artificielle. C’est en cela que le soralien diffère du militant classique de la droite réactionnaire, avec un discours stéréotypé et mécanique sur l’excellence de l’Islam face au talmudisme vitreux et putride. Malgré les efforts des sympathisants soraliens, la convergence ne fonctionne pas, et ne fonctionnera sans doute jamais. Il est impossible, d’une part, de mobiliser l’ensemble des populations immigrées sur la seule question de l’antisionisme, et l’extrême-droite n’acceptera jamais de s’allier à ce qu’elle hait par-dessus tout, à savoir l’étranger, qu’il soit étranger de papiers ou de peau. Cela explique d’ailleurs pourquoi une bonne partie de la droite nationaliste voue aux gémonies le discours soralien, comme le montre ce fameux blog.

Ceci exposé, qu’en tirer comme conclusions ? Plusieurs choses. Premièrement, il est tout à fait possible d’atteindre une certaine audience sur Internet tout en citant des références politiques relativement pointues. Il pourrait donc être intéressant de voir ce qui peut fonctionner de ce point de vue-là, en ce qui concerne la verdeur du discours et la diffusion de nos idées, y compris les plus complexes. Deuxièmement, cela montre aussi qu’il est possible d’atteindre une cible sociale qui est totalement isolée des canaux habituels, et qui est précisément celle que nous voulons conquérir : les ouvriers et employés. Troisièmement, cela prouve une nouvelle fois toute l’avance de l’extrême-droite sur notre camp. Une petite association répand sans trop de problèmes sa pensée sur Internet, avec quelques vidéos faites de bric et de broc, un orateur bavard, et quelques relais mercantiles. Imaginez ce que pourrait faire une structure comme le Parti communiste sur le même plan… Enfin, malgré les ambiguïtés du discours proprement soralien, cette histoire nous prouve que l’antisémitisme n’a jamais faibli, et a même de belles années devant lui…

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    la réconciliation, c'est maintenant ?

    Alors que Soral se réjouit d'avoir le premier blog politique en terme de popularité :

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/Le-site-Egalite-Reconciliation-en-tete-des-blogs-politiques-en-juin-2013-18473.html

    La réconciliation avec les Juifs, ce n'est visiblement pas pour maintenant.

    Un Juif tend la main :

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/Courrier-des-lecteurs-18634.html

    Lisez les commentaires, certains font froid dans le dos.

    Notamment :

    """"

    Le 17 juin à 22:46 par Embala’em’bala
    Courrier des lecteurs

    Mon gars, t’es pas le con du mois, t’es le con universel. On te crache à la gueule et encore tu viens quémander une petite reconnaissance de tes tortionnaires en suppliant de ne pas te faire traiter de con du mois. Et désolé si tu ne l’as pas encore compris, mais tes proches ne se sont pas fait gazés, mais pour une moitié, ils sont mort à cause des maladies qu’ils ont développés à cause de leur crasse qui s’entassait dans les camps de rééducation par le travail et par le manque de nourriture du à leur incorrigible manque de productivité. Leurs tuteurs ont tout fait pour essayer de les sauver et de les débarrasser de leurs puces - pour grande partie génétiques et sous-cutanées - mais leurs cas étaient désespérés. Aussi, l’autre moitié s’ent barré à Sion en usurpant un nom sémite et reléguant - comme de juste et surtout de coutume dans vos ignobles tribus - leurs proches au passé simple pour se refaire en massacrant des Arabes Palestiniens au nom d’une histoire pour beaucoup imaginée.

    """"

    Du même commentateur :

    """"

    Le 17 juin à 22:48 par Embala’em’bala
    Courrier des lecteurs

    Franchement vous feriez mieux d’arrêter à croire au père noël. Tout ce que vous avez exposé est et restera faux. Mais bon passons, ca se heurte probablement à votre nature la plus profonde.

    Répondre à ce message
    #438276
    Le 17 juin à 22:49 par Embala’em’bala
    Courrier des lecteurs

    Ah, j’oubliais ... Chalom, vieux. Take it easy. Et choisi ton camp. Tu avec ou contre la juiverie ?

    """"



    Etrange que ça passe la censure ça.

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  2. "L'antisionisme est une base du soralisme, mais il y en a beaucoup d'autres, ils pensent que le futur ne peut être envisagé que sous une réconciliation nationale et que pour ça, l'immigration doit être stoppée, sinon il y aura guerre civile,
    ce qui n'a pas l'air farfelu quand on réfléchi bien.."

    Vraiment ? Je vous cite du Soral in vivo :

    - "Je suis authentiquement un anti-démocrate assumé, je le revendique clairement" aussi "j’estime que je suis mieux formé que vous, moi je veux passer par un processus révolutionnaire, et faire votre bien malgré vous, parce que souvent vous ne savez pas ce qui est bien pour vous".

    Vous appelez ça de la réconciliation entre français, vous ? ça sent plutôt la guillotine à la Robespierre (son héros) ou le camps de concentration et le goulag à la "rouge-brun"...

    En revanche choisir un bouc émissaire pour sa soit disant réconciliation, nous sommes d'accord. Et devinez quel est le meilleur bouc émissaire, du genre qui a fait ses preuves, en France et Europe ?

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