vendredi 27 septembre 2013

Marion Sigaut, historienne ? La suite et peut-être la fin

Pour ceux qui suivez régulièrement ce blog, vous savez qu'il y a un compte-à-régler personnel de la part du responsable de la Jérusalem des Terres Froides envers Marion Sigaut en raison d'une accusation grotesque et gratuite que cette dernière a lancé contre les Templiers, une affaire qui prend ici le nom de « pédo-Templiers ». Étant donné que cet article est la suite de toute cette question depuis le 26 mai dernier, il est écrit à la première personne du singulier.

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Voilà probablement l'article qui va clore les réflexions de la Jérusalem des Terres Froides sur le cas de Marion Sigaut et ses « pédo-Templiers », à moins d'une nouvelle révélation réellement significative. Depuis mon dernier propos sur la question, j'ai réussi à mettre la main sur quatre de ses livres : Les deux cœurs du monde : Du kibboutz à l'Intifada (dans son édition originale Flammarion 1993), Russes errants sans terre promise (dans son édition originale rose L'Harmattan 1994), La Marche rouge. Les enfants perdus de l'Hôpital général (Jacqueline Chambon 2008) et Le mystère du tableau de David (Éditions de Bourgogne, 2010). Pour le reste, ce qui relève de la maison d'éditions De l'Atelier, je suis de plus en plus convaincu que celle-ci n'a jamais trouvé de distributeur au Québec. À moins d'une numérisation en PDF librement téléchargeable sur le ouèbe, je ne pense pas un jour pouvoir mettre la main dessus et non, je ne me les ferai pas venir à grand frais d'Amazon ou eBay. Il y a beaucoup d'autres choses en priorité sur ma liste « à faire venir » et mes moyens financiers sont limités.

Sur l'essentiel, ma position sur Marion Sigaut reste la même que ce que j'ai écrit précédemment. En gros, c'est une offensive de propagande catholique réactionnaire sous couvert d'académisme universitaire. À sa conférence d'Algérie, quand elle raconte qu'elle a été accepté à l'Université par quelqu'un qui a lu son livre Mansour Kardosh, un juste à Nazareth, quand on associe ça avec l'autre récit où elle raconte que ce sont des amis à elle qui l'ont encouragé à devenir universitaire, on est en droit de se demander s'il n'y a pas eu une forme de guidance à distance ou « d'aiguillonage » (pour rester poli), son entourage catho sachant qu'elle ne serait acceptée qu'à un seul endroit et l'amenant en quelque sorte à « s'investir pour la cause ». Le tout dans une résonance de son passé où sa propre enfance lui fut volée par un père psychopathe (psychopathe dans le vrai sens clinique du terme, c'est-à-dire manipulateur dénué de toute empathie pour autrui). Oui, mon point-de-vue n'est qu'hypothèse mais il n'y a rien de probant jusqu'à présent qui puisse l'invalider. De toutes façons, ce n'est pas moi qui pourra faire la lumière complète sur cette affaire : celle-ci est d'abord et avant tout française et il n'y a que des Français qui pourront la résoudre de fond en comble une fois pour toutes.

Ceci dit, malgré la sévérité de ce qui vient d'être écrit jusqu'à présent, Marion Sigaut s'en sort un peu mieux que prévu dans mon estime. Je lui conteste toujours le titre d'historienne mais je lui accorde celui d'écrivain, ce qui est déjà honorifique en soi car je sais à quel point le travail d'écriture peut être harassant. Comme on me l'a déjà dit à l'Université, « la plus belle qualité d'un livre est d'avoir été terminé » et c'est très sérieux. Je n'ai trouvé rien qui puisse expliquer davantage spécifiquement la dérive des « pédo-Templiers » mais je vais me permettre tout de même un petit tour critique de mes trouvailles.

D'abord les deux titres les moins importants pour ce que je cherche de Marion Sigaut, son oeuvre « israélienne », Les deux cœurs du monde : Du kibboutz à l'Intifada et Russes errants sans terre promise. Sur l'ensemble, je n'ai rien à dire. Ces deux livres sont son témoignage personnel de la question et ils me semblent parfaitement honnêtes. La seule petite chose à remarquer pour le premier, c'est que son titre original est Les deux coeurs du monde et Soral l'a laissé tomber pour ne conserver que le sous-titre comme titre principal de sa réédition, Du kibboutz à l'Intifada. « Les deux coeurs » voulait signifier les deux groupes en Palestine occupée que l'auteur a connu, les « Israéliens » de son kibboutz et les Palestiniens. J'imagine qu'un coeur attribué aux Juifs ne devait pas plaire à Soral pour son fan-club tandis qu'un titre qui suggère la dissidence comme « Du kibboutz à l'Intifada »...

Le second titre de l'oeuvre « israélienne » de la Sigaut contient peut-être la possibilité de faire un « coup de judo » contre le soralisme, c'est à dire prendre des affirmations qui vont à l'encontre de l'idéologie soralienne à partir d'une source autorisée et « officielle » d'E&R. Ici, « l'amie de Soral » nous parle du sort des Juifs qui vivaient une vie normale de citoyen soviétique comme tous les autres, qui se sont fait happer par les mouvements politiques sionistes et qui se sont retrouvés en Palestine occupée avec une situation sociale totalement dégradée. C'est intéressant car les soraliens présentent toujours l'histoire de l'U.R.S.S. comme étant une dictature juive contre le malheureux peuple russe. Avec ce livre de la « dix-huitièmiste soralienne », on peut peut-être trouver de l'argumentation valide pour contrer les délires savoisianistes sur le « mal absolu des Juifs bolchéviques ». Personnellement, des quatre livres qui sont devant moi, c'est définitivement celui qui m'intéresse le plus à lire. Et dans son édition originale, donc sans que le texte ait été revu en quoi que ce soit par le « grand sheikh chauve », c'est encore mieux.

Lors de mes articles précédents, j'ai commis une petite erreur. J'ai résumé l'oeuvre « historique » de Marion Sigaut à ses deux livres parus chez Jacqueline Chambon mais il y en avait un troisième, Le mystère du tableau de David, paru aux éditions de Bourgogne en 2010. À ma connaissance, ce dernier titre n'a été présenté qu'une seule fois par E&R. Il faut dire que pour la maison soralienne, ce livre présente beaucoup moins d'intérêt que les deux autres car il s'agit ici d'une enquête sur un cas très précis, une peinture représentant la mort d'un personnage politique de la fin du XVIIIième siècle, rachetée en 1826 par la fille du décédé et disparu dans les méandres de l'Histoire depuis. De fait, Kontre-Kulture n'a même pas cru bon tenir ce livre dans son catalogue, gracieuseté de « son ami Alain dont elle voit qui il est ».

Malgré l'oubli du Mystère..., j'ai réussi à mettre la main sur le livre qui me faisait défaut jusqu'à présent sur le sujet, à savoir l'autre ouvrage « dix-huitièmiste » de chez Jacqueline Chambon, La Marche rouge. C'est celui-ci qui est important pour ma petite recherche sur ses « pédo-Templiers ». Au premier coup d'oeil, j'ai pu constater qu'ici non plus, tout comme pour Mourir à l'ombre des Lumières, il n'y a aucune indication sur le titre académique réel de la madame. On nous dit qu'elle est historienne et on nous mentionne deux livres qu'elle a écrit... mais qui sont complètement hors-sujet : Libres Femmes de Palestine et Mansour Kardosh. À l'intérieur du livre, il n'y a aucune information supplémentaire. Remarquez que Le mystère du tableau de David ne donne pas non plus d'informations supplémentaires à ce niveau. En quatrième de couverture il est dit :
Marion Sigaut, écrivain et historienne, a publié plusieurs livres dont La Marche rouge, les enfants perdus de l'Hôpital général (J. Chambon, 2008) et Mourir à l'ombre des Lumières, l'énigme Damiens (J.Chambon, 2008). Elle habite en Puisaye, à quelques kilomètres du château de Saint-Fargeau...
Précisons que le château en question est lié au récit du livre, donc pertinent à mentionner dans ce cas-ci. Ceci dit, nous avons maintenant quelques indications sur l'endroit où elle habite (ou du moins, là où elle habitait en 2010). On se souvient que son dérapage sur les « pédo-Templiers » avait commencé avec une référence sur sa région à elle où « au Moyen-Âge, ce sont les Templiers qui s'occupaient des orphelins ». Je m'étais demandé si cette histoire n'était pas simplement qu'elle vie dans les environs d'une ancienne commanderie templière (car il est bien connu que ceux-ci n'avaient un pouvoir effectif que sur les terres avoisinantes de la commanderie et c'est tout). Maintenant nous avons un élément pour vérifier.

Je suis content d'avoir pu mettre la main sur La Marche rouge, pièce essentielle dans cette investigation, davantage même que Mourir... Si, dans le cas du dernier mentionné, Sigaut tente d'atteindre son sujet-fétiche des réseaux de trafics d'enfants par l'intermédiaire d'un incident précis contre le roi, dans le cas qui nous occupe, elle aborde plus largement l'ensemble de ses préoccupations pédocriminelles et  dix-huitièmistes. Et si les deux livres semblent se ressembler l'un l'autre par leur facture et le fait qu'il s'agit de la même maison d'éditions, en réalité ils sont très différents à l'intérieur. Dès le premier coup d'oeil, on remarque que La Marche... est aussi incomplet historiquement que Mourir..., mais à l'envers. Si à Mourir... il n'y avait aucune note de bas de page mais avec une bibliographie, ici c'est une série de notes de bas de page (qui ramènent à la fin du livre) mais sans aucune bibliographie. Comme si une poire avait été coupée en deux alors qu'elle devrait être complète dans les deux cas. D'ailleurs la Grande Bibliothèque et archives nationales du Québec semble avoir fait la même remarque car La Marche... a été classé Documentaires, c'est-à-dire là où il y a les livres de science historique, tandis que Mourir... se retrouve dans les Romans historiques (notons ici que Le mystère... est également classé aux Documentaires).

À choisir le moindre de deux maux, mieux vaut une série de notes à une bibliographie. À la limite, on a une bibliographie « par défaut » en suivant le fil de cette série. Maintenant il m'est impossible d'estimer la pertinence de ces notes et cette bibliographie improvisée car je n'ai aucune notion de cette spécialité historique. Comme je l'ai déjà dit, ce ne sera pas moi qui pourra amener l'ultime réfutation des allégations de « l'amie du nazi ». Je vois, par exemple, 14 notes renvoyant aux Nouvelles ecclésiastiques. Je ne saurais dire s'il s'agit de documents historiques représentatifs en eux-mêmes, représentatifs après une critique de sources serrée, on encore représentatifs des conneries qui pouvaient se dire à l'époque, d'une certaine propagande, etc. Il est facile de lancer de la poudre aux yeux à un néophyte mais un spécialiste dûment formé ne se laissera pas prendre. Seulement, voilà, malgré tout, La Marche rouge... est un travail historique plus crédible que Mourir..., mais il ne justifie toujours pas la prétention de la madame à se déclarer « historienne ».

Je n'accepte pas sa prétention à se déclarer « historienne », surtout après le dérapage des pédo-Templiers, mais Marion Sigaut n'est pas sans talent non plus. L'aperçu de son dernier livre, Le mystère du tableau de David, me confirme l'impression que j'avais d'elle. De fait, Marion Sigaut n'est pas historienne; elle est incapable de s'attaquer aux vastes sujets comme peuvent le faire Annie Lacroix-Riz et Robert Muchembled. Elle n'a peut-être pas les capacités intellectuelles pour cet ultime niveau (ça arrive et il n'y a pas de quoi en avoir honte) mais surtout, probablement que toute sa démarche académique est contaminée par les histoires de pédocriminalité, ce qui lui interdit la soutenance de thèse. Mais pour faire de petites enquêtes historiques, sur des sujets très précis comme Mansour Kardosh ou ce tableau de Jacques-Louis David, où les risques de débordements émotifs sur la pédocriminalité sont très réduits, là Marion Sigaut est excellente. Pas étonnant que son plus grand succès de sa période pré-académique soit Mansour... Ce dernier livre du Mystère... est celui qui se rapproche le plus d'un véritable travail historique : il a sa série de notes de bas de page (plus de 48 pour 119 pages) et une bibliographie. La maison d'éditions le présente dans sa collection Histoire. La seule ombre au tableau est la présence dans la bibliographie des deux livres de chez Jacqueline Chambon, Mourir... et La Marche... J'ignore si ces références ont une influence réelle sur les raisonnements et conclusions cet ouvrage mais bon, j'ai bien précisé « réduire les risques » car la neutralité absolue est impossible.

Une journaliste d'enquête sur fond historique plutôt qu'historienne, voilà ce qui décrit mieux Marion Sigaut. Cela évoque en moi le souvenir de ce qu'elle dit constamment quand elle raconte ses premières expériences dans le milieu de l'édition. Elle nous répète systématiquement qu'elle n'a « JA-MAIS, JA-MAIS, JA-MAIS » été supportée par ses éditeurs, surtout Flammarion et L'Harmattan. Je veux bien la croire mais qu'est-ce qu'elle a fait, elle, à l'époque, pour se faire connaître ? A-t-elle essayé d'en organiser, des conférences, ou n'a-t-elle que pleurniché sur son sort ? Encore aujourd'hui, elle ne fait que des conférences sur les Lumières et Voltaire alors qu'elle a assez de matériel pour en faire toute une série sur des sujets variés (son expérience personnelle avec Le petit Coco, son expérience palestinienne avec plus de quatres livres : Les deux coeurs..., Russes errants..., Mansour..., Libres Femmes de Palestine, ses enquêtes sur l'Afrique du Sud -La terre promise aux Sud-Africains- et le tableau de Jacques-Louis David -Le mystère...-). Pas assez accrocheur comme sujets ? À vérifier, avec des essais sous forme de capsules-vidéo Youtube. Si Marion Sigaut jouait cette carte « d'écrivain-enquêteur qui a fouillé là où les autres ne sont pas allés » plutôt que de faire de la propagande réactionnaire sous couvert d'académisme prétentieux, je pense qu'elle pourrait aller plus loin que là où elle est rendue en ce moment, je pense même qu'elle pourrait en profiter pour s'affranchir du « plafond de verre » du soralisme et atteindre ce statut d'écrivain reconnu auquel elle aspire tant. Mais non, elle préfère se laisser guider par un autre psychopathe dénué de toute empathie pour autrui comme son père, Alain Bonnet de Soral...

Charles Tremblay

1 commentaire:

  1. Il y a du neuf sur Sigaut et «Du Kibboutz à l’Intifada». Un psychiatre tunisien, dans un Bulletin psychiatrique français, le BIIP, cite cet auteur pour conforter une opinion sur l’universalité du conditionnement et du terrorisme. Cela me hérisse tellement que je suis en trin de rédiger une lettre de protestation.
    Dr Ludwig Fineltain
    PARIS

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