vendredi 22 novembre 2013

L'amalgame malhonnête entre la Golden Dawn magique et l'Aube Dorée politique

Aujourd'hui à la Jérusalem des Terres Froides, la reprise d'un article qui relie l'intérêt de la maison pour la magie et celui sur la géopolitique internationale. Lorsque le parti réactionnaire grec Aube dorée s'est fait connaître dans l'actualité mondiale, certains idiots soi-disant spécialistes comme P. Ploncard le « chirurgien-historien » ont voulu y voir un lien avec la célèbre loge magique anglaise Golden Dawn du début du XXième siècle. Votre serviteur ne dispose pas du lien au moment où il écrit ces lignes mais il se souvient d'avoir vu Ploncard avoir dit à Franck Abed qu'il ne pouvait en fournir la preuve mais qu'il est persuadé que la proximité des deux noms n'est pas un hasard. Bien sûr, pour nombre de zozotériques soraliens, il n'en fallait pas plus pour déclarer le « satanisme » de l'un comme de l'autre. D'autant plus que la Golden Dawn historique a été fondée par trois franc-maçons, ce qui est amplement suffisant pour que ces zozotériques soraliens affirment « c'est signé ! » et ce, même si le reste des adhérents ne fut pas issu de la Franc-Maçonnerie (elle fut justement créée en raison de la perte de sens et d'opérativité des F-M « mainstream » embourgeoisées).

Connaissant assez bien l'histoire de la Golden Dawn (la JTF dispose dans son fond documentaire du Magie rituelle et sociétés secrètes de Francis King, paru en 1972), votre serviteur a immédiatement perçu l'escroquerie ploncardienne-soralienne. Bien qu'il avait déjà des doutes auparavant, c'est ce genre d'amalgame injustifié qui pousse votre serviteur à penser que le soralisme est une machine de guerre contre la magie, le métapsychique et tout ce qui relève du développement intérieur/spirituel des êtres humains, tel qu'il a été expliqué à la fin des articles Coup de gueule : Alain Soral (3) et Les « pédo-Templiers » : Marion Sigaut emportée par le soralisme ?. Rappelons pour les soralo-incultes que le lever du soleil est une symbolique fondamentale à l'ensemble des cultures humaines (le retour de la lumière après le passage des ténèbres). Le Japon en a fait son emblème national et cette nation est appelée « le pays du soleil levant ». Cela fait-il des îles nipponnes un haut-lieu de « satanisme maçonnique » pour autant ? Et puisque la vermine soralienne aime se dire « chrétienne » et fière de sa tradition française de plusieurs siècles, rappelons-lui qu'avant que les Arabo-Musulmans montrent aux Européens les avantages d'une cartographie avec le nord situé en haut de la carte, ces derniers plaçaient l'est en haut des cartes (« l'ORIENTation ») avec... un visage de Jésus comme symbole de la lumière ! Donc oui, le symbolisme de « l'aube dorée » est si universel qu'on le retrouve même dans la tradition chrétienne. Cela en fait-il un « satanisme maçonnique » ? Après tout, l'auteur de ces lignes pourrait lui-aussi dire comme Ploncard : « je suis persuadé que ce n'est pas un hasard ». Et même qu'il aurait raison, il ne s'agit pas d'un hasard mais cela ne justifie pas pour autant le lien malhonnête de diabolisation que le « catho-nationaliste chauve » fait entre la bande de réactionnaires grecs et le groupe magique londonien du tournant des XIX-XXièmes siècles.

Mais avec le « comte Dracula de la dissidence » (il a travaillé dans le sang -chirurgie-, il a son « Igor » -Rouanet-, il a une prétention à l'aristocratie et il a l'habitude de frapper tout le monde dans le dos après avoir été amical avec eux : Serge de Beketch et l'équipe de Radio-Courtoisie, Franck Abed, Johan Livernette... Abed affirme même qu'on l'a prévenu que Ploncard agissait ainsi), bien qu'il se cache derrière ce qu'il appelle « les textes », est un habitué de ce genre de précédé inacceptable en science historique. Il est fort dommage que votre serviteur n'ait pu retracer l'exemple suivant mais il sait qu'il existe, c'est peut-être que cet extrait n'est plus disponible sur le ouèbe. À un moment donné dans ses entretiens avec Franck Abed, Ploncard cite un maçon de la Grande Loge Nationale de France qui déclare « le grand but commun de toutes les Franc-Maçonneries » et le Dracula chauve enchaîne : « Vous voyez, c'est signé, je ne fait que reprendre leurs textes ». Sauf que n'importe quel historien ou coroner vous dira que cela n'est pas une preuve d'un quelconque  « grand but commun » ou d'une coordination de toutes les obédiences, ce n'est qu'une indication de ce que son auteur pense de la Franc-Maçonnerie. Comme il a déjà été expliqué pour Marion Sigaut, il ne suffit pas de simplement citer des textes et des sources : il faut procéder à la critique de celles-ci pour savoir ce qu'elles donnent réellement comme informations, ce que ne fait jamais Ploncard. Votre serviteur ira même plus loin en faisant l'hypothèse suivante : considérant que de Beketch adorait tout ce qui relève de l'ésotérisme, du paranormal, de la magie, à l'époque de Radio-Courtoisie, Ploncard a dû vouloir le coincer avec son petit jeu de citations hors-contexte (avec l'ésotérisme, c'est si facile !) et de Beketch a vu clair dans la manoeuvre. Il s'est offusqué de la malhonnêteté du Nosferatu,  « la chicane a pogné dans la cabane » et depuis ce temps, le « comte » est en rupture avec la radio courtoise. Il ère maintenant autour de sa crypte, son mausolée familial « d'Assac », à vendre ses livres de « philosophie politique » à des jeunes militants au sang bien frais et à défendre son titre aristocratique devant les tribunaux de la république...

C'est avec ce genre de spécimen que l'on voit apparaître les amalgames foireux entre la Golden Dawn et la réaction grecque. Autre exemple pour montrer qu'il est facile de faire dans le jeu trompeur des rapprochements quand il s'agit de symboles aussi universels que le lever du soleil, lorsque le Project Camelot a rencontré un autre genre de vampire mais ayant des point communs avec le premier (dont la calvitie), Jordan Maxwell (toujours le « sang froid » mais ici reptilien et roturier), celui-ci raconte comment il est arrivé à son délire conspirationniste à partir de la simple constatation que le soleil et son lever reviennent constamment dans les cultures humaines (y compris les idéologies politiques, à partir de 18:00). Il dit qu'il y a trouvé là quelque chose de profond, ce qui est juste, l'universalité du symbole solaire démontre son importance pour l'humanité, mais de là à embarquer dans des histoires de  « fantasy & sci-fi » avec reptiles humanoïdes et loges de magie noire, mélange de V et Harry Potter, non. Et bien sûr, dans toutes les énumérations du trio, la Golden Dawn victorienne ne pouvait qu'être citée elle-aussi (33:25). Maxwell nous raconte que « Dawn of a New Day » a été dit par tous les présidents états-uniens ; quoi de plus normal quand on y pense sérieusement.

Donc pas besoin d'en dire davantage, le rapprochement entre la Golden Dawn historique et l'Aube dorée grecque actuelle n'est pas justifié. Du moins, pas avec les  « preuves » qui ont été avancées jusqu'à présent. Mais votre serviteur se souvient d'un autre exemple d'amalgame entre les deux qu'il a vu sur le site Égalité et Réconciliation. Cette fois il est assuré qu'il ne pourra pas retrouver l'exemple suivant car il s'agissait d'une petite publicité, une annonce pour la prochaine émission de Kémi Seba qui allait parler de l'Aube dorée hellénique si le souvenir est exact. Elle ne devait pas venir d'E&R directement, probablement empruntée pour la publicité temporaire. Il s'agit de l'inscription « Aube dorée » avec comme fond la représentation du pantacle de terre de la Golden Dawn, le dessin qui suit :


Votre serviteur ignore qui est le responsable de ce petit montage mais voilà bien là une manoeuvre de « subliminal » et de manipulation sous le niveau de la conscience. Force est de constater qu'il y a des gens dans la « dissidence » qui ont pour vocation de tout brouiller, tout confondre et tout amalgamer dans ce qui relève du spirituel et du symbolique pour des intérêts et des buts qui leurs sont propres.

Quand à l'article de Slate.fr présenté ici, étant issu d'un média mondialiste, il était assuré qu'il ait des défauts importants. Au sous-titre de l'article, on nous parle de la « plus célèbre école de magie de tous les temps », ce qui est une grossière exagération. Il est vrai que le regroupement londonien des années 1890-1910 a joué un rôle fondamental dans la renaissance de la magie que nous assistons actuellement dans les pays anglo-saxons. Mais au-delà de ça, cette petite association de quelques dizaines de personnes sur une période d'une quinzaine d'années tout au plus n'est absolument rien en comparaison avec les grandes écoles traditionnelles d'autrefois, comme Memphis en Égypte, l'Oracle de Delphes, les Mystères d'Éleusis, etc. Même que le docteur Felkin a fondé en Nouvelle-Zélande un « offshot » de la Golden Dawn qui a compté davantage d'adhérents que l'original et qui a duré presque trois fois plus longtemps. Donc pour « la plus célèbre de tous les temps », on repassera...

Également la capsule-vidéo accompagnant l'article. Oui, il y a des gens qui se rassemblent pour pratiquer en groupe les rituels issus de la G.D. Maintenant, cela ne ressemble pas forcément à ce que vous voyez là, avec les costumes, le cérémonial et tout le tralala. Signalons que dans le monde anglo-saxon, il y a beaucoup de pratiquants solitaires, ainsi que d'autres qui préfèrent un tout plus dépouillé, surtout lorsqu'ils sont influencés par la « chaos magick » à la Pete Carroll où il est dit qu'un véritable adepte se reconnaît par le fait qu'il procède « la main vide » (en anglais : empty hand). Alors ici aussi la prudence est de mise contre les amalgames. Ce qu'il faut retenir, c'est que  « Golden Dawn », à partir d'un petit groupe localisé dans le temps et dans l'espace, est presque devenu un terme général des mouvements magiques anglo-saxons. Il suffit de constater à quel point le rituel de base du groupe d'origine, le Lesser Banishing Ritual of the Pentagram est devenu le déterminateur commun de la magie occidentale d'aujourd'hui. Personnellement, outre avoir trouvé sa propre page wikipédia, votre serviteur a dénombré près d'une quinzaine de variantes à celui-ci (et il doit y en avoir beaucoup plus).

Cela a bien fait rire votre serviteur lorsqu'il a vu le nom de Donald Michael Kraig car c'est un auteur qu'il connait depuis longtemps. La Jérusalem des Terres Froides a déjà mentionné son ouvrage Modern Sex Magick à l'article Aleister Crowley, Peaches Geldof et "l'élite satanique" (2). Par contre ça ne l'a pas fait rire du tout lorsqu'il a vu le nom de Stéphane François. Ce serait trop long à expliquer ici mais l'auteur de ces lignes n'a pas confiance en ce "spécialiste de l'ésotérisme et de l'extrême-droite", qu'il soupçonne d'être un intellectuel vendu comme Pierre-André Taguieff. Pour Kraig, mentionnons qu'il s'est surtout fait connaître pour un livre qu'il a publié chez Llewellyn à la fin des années 80, Modern Magick. Eleven Lessons in the High Magickal Arts, qui a été un grand best-seller dans son créneau littéraire et qui est toujours réédité aujourd'hui mais avec pour sous-titre : Twelve Lessons in the...  Il en existe une traduction française, qui n'a pas été distribué au Québec, sous le titre : La véritable science des mages (Labussière 2006).

Le Modern Magick de D.M.K. est le premier livre de magie allant plus loin que des recettes qui se soit retrouvé entre les mains de votre serviteur, à son époque collégiale. Ayant une grande importance dans la vie personnelle de l'auteur de ces lignes, du fait qu'il soit le premier et que pour l'obtenir, il y aura fallu la grande expédition au centre-ville de Montréal (à la boutique du Mélange magique qui a fermé ses portes en septembre dernier), aujourd'hui force est de reconnaître que c'est loin d'être le meilleur ouvrage dans le domaine. Il est même dépassé comme peut l'être l'oeuvre de Franz Bardon. L'essentiel des techniques dites de la « Golden Dawn orthodoxe » s'y retrouve mais avec quelques différences d'avec les rituels des autres livres de la même « G.D. orthodoxe », ce qui donne à croire que son auteur s'est trompé à plusieurs reprises. C'est peut-être la raison de cette nouvelle édition à « douze leçons », mais votre serviteur ne saurait dire car il n'a jamais eu l'occasion de comparer les deux. Il y a aussi son concept de  « gray magick » qui est particulièrement ridicule en plus d'être férocement paranoïaque, surtout lorsqu'il donne un exemple où le praticien qui voulait obtenir 1000$ tue son oncle par inadvertance (p.11 ; p.15 : « Remember, being proficient in a divination system is necessary to prevent Grey Magick from becoming Black Magick ») ou encore ses parents (p.307 « ...your talisman may have been responsible for the death of your parents, so your magick was definitely of the blackest kind »). Et finalement les soraliens apprécieront, Kraig est d'origine juive, nous parle dès l'introduction de sa bar-mistva et des tephilim portés à la synagogue, dénonce les « sociétés occultes allemandes des années 20 qui ont mené au nazisme » (comparé à la « lumineuse G.D. pure qabale », p.141-142) et tente désespérément de donner un beau rôle aux Juifs pendant la chasse aux sorcières en racontant une histoire de Juifs ayant caché des sorcières païennes des autorités chrétiennes (p.298). Et sans aller jusqu'à la « haine des goyim » car il n'y a quand même rien de la sorte dans le livre, il faut bien constater que la critique de Andrew Richardson sur Amazon.com est plutôt fondée.

Conclusion en revenant à l'article de Slate, ici Kraig a tout-à-fait raison de s'indigner, le rapprochement entre G.D. historique et la réaction grecque actuelle n'est pas justifié. Et votre serviteur l'avait oublié mais c'est vrai qu'il existe une marque de beurre aux USA qui s'appelle « Golden Dawn ». Ceci dit, le responsable de la Jérusalem des Terres Froides serait assez surpris si les responsables de cet amalgame comme Ploncard continuaient dans cette direction. Ils ne pourront jamais aller plus loin qu'une série de suppositions, de manipulations, et ils finiront par trouver d'autres sujets plus faciles à exploiter pour la promotion de leur option politico-religieuse.

---Quand la communauté des magiciens condamne Aube dorée---

Par Quentin Bruet-Ferréol
Paru dans Slate.fr
Le 13 novembre 2013 

Le parti néonazi grec aurait selon elle usurpé le nom de la plus célèbre école de magie de tous les temps. Et on ne parle pas de Poudlard.

Le magicien David Griffin (via Hermetic Order of the Golden Dawn.)
Le magicien David Griffin (via Hermetic Order of the Golden Dawn.)

Implication présumée dans l'assassinat du rappeur Pavlos Fissas, arrestations en série dans ses rangs, assassinat de deux de ses membres: le parti grec Aube dorée est actuellement dans la tourmente. Ajoutons-y aujourd'hui une infortune supplémentaire: la formation d’extrême droite subit les attaques d'un groupe inattendu qui s’insurge contre l’usurpation du patronyme «Aube dorée». Et ce groupe, c’est... une société secrète ancestrale dont les membres sont des magiciens, des prêtres et des maîtres de l’occulte.

D'où sortent donc ces magiciens furieux d'être associés aux extrémistes d'Aube dorée? On emploie à dessein le mot de magiciens, pas de prestidigitateurs: ce sont de véritable pratiquants du surnaturel, qui croient sincèrement au pouvoir de la magie.

La majorité d’entre eux révèrent et se réfèrent à la tradition d’une société secrète: l'Ordre hermétique de l'Aube dorée (Hermetic Order of the Golden Dawn), créé en 1888 en Grande-Bretagne. Dans l’Anthologie de l’ésotérisme occidental de Pierre A. Riffard, on apprend que cet ordre fonctionnait comme une école de magie initiatique. Ses cours intensifs en hermétisme, Kabbale ou alchimie permettaient aux élèves de grimper dix grades correspondant chacun à une sefirah (branche) de l'Arbre kabbalistique. Rien à voir avec le passage à tabac d'immigrés...

Stoker, Yeats et Crowley

Les cérémonies complexes de la Golden Dawn attirèrent autrefois de grands noms, comme Bram Stoker, l'auteur de Dracula, le poète W.B. Yeats, Arthur Machen et le sinistrement célèbre Aleister Crowley. Les activités de la Golden Dawn durèrent une quinzaine d'années avant qu'elle n'éclate en de très nombreuses loges schismatiques en 1901. Aujourd'hui, ces loges existent encore à travers le monde et ce sont elles qui se rebellent contre le parti Aube dorée.

Il est très difficile d'évaluer leur nombre exact et la nature de leur pratique. Souvent tenues par un nombre très restreint de magiciens ou de prêtres païens, elles se réduiraient la plupart du temps à «deux personnes, deux chaises et un ordinateur» selon Stéphane François, sociologue spécialiste de l’ésotérisme et de l'extrême droite. Cependant, certaines loges paraissent plus organisées et proposent des programmes d'initiation pour devenir membre.

C'est le cas de la Golden Dawn internationale d'Alpha Omegan dirigée par David Griffin, qui développe un discours commercial autour de ses formations et dit avoir des temples «officiels» dans plusieurs villes en Amérique du nord, Amérique latine et en Europe. En France, un véritable temple aurait existé, l'Ahathoor. Aujourd'hui, il est vraisemblable que les cérémonies aient lieu chez les pratiquants du culte, témoin cette vidéo haute en couleur qui circule sur le web.



Donald Michael Kraig, magicien américain membre d’une Golden Dawn, m'invite à rester prudent et à me méfier de tout groupe se prétendant être «les uniques héritiers de la Golden Dawn»:
«Si vous trouvez un temple, vous pouvez facilement vérifier que ces gens suivent la tradition légitime ou s'ils l'ont modifiée. Par exemple, la statue d'Osiris se trouve-t-elle bien à l'Est ou l'ont-ils déplacé à un autre endroit? […] Surtout, méfiez-vous d'eux s'ils vous demandent de l'argent sans jamais vous en rendre!»
Quoiqu'il en soit, il va sans dire que l'Ordre hermétique de l'Aube dorée n'a jamais déposé sa marque à l'international. Impossible donc pour nos sorciers de recourir à la magie du droit pour se protéger de l'usurpation d'identité par le parti grec.

Des lettres ouvertes en guise d'incantations

Nos magiciens en reviennent donc aux incantations publiques d’aujourd’hui: des lettres ouvertes sur le web. Il faut dire que ces passionnés d'ésotérisme sont furieux d'être associés à l'Aube dorée grecque et de la confusion qui règne: alors qu'il y a peu, une requête sur le net pour les termes «Golden Dawn» menait droit à des photos de magiciens et de signes kabbalistiques, aujourd'hui, ces images ont cédé la place à des drapeaux rouges et aux simili-croix gammées du parti politique grec.

En réaction, le premier appel tonitruant fut celui de Donald Michael Kraig:
«Levez-vous et faites savoir à tout le monde si vous condamnez ou non les idées et les objectifs du parti grec Aube dorée. Si c'est le cas, tout le monde a le droit de savoir. […]. Et même s'il existe des disparités entre les différentes loges de l'Ordre hermétique de l'Aube dorée, je vous propose de vous unir et d'être solidaires face à cette menace.»
Suite à cette exhortation, les magiciens se sont alignés et ont réaffirmé leurs idées politiques, à l'instar de Brany Williams, prêtre païen qui rejette l'Aube dorée grecque, de l'ordre BIORC (Ba Iset Order of the Rosy Cross), de l'Open Source Order of the Golden Dawn ou encore de David Griffin lui-même.

Ce partisan de la fin du schisme s’est réjoui sur son blog de cet appel qui permet aux loges magiques de s'unir contre un ennemi commun, un évènement historique pour les Golden Dawn schismatiques. Après un siècle de séparation et de désunion, les magiciens joignent enfin leur voix pour protester contre le parti grec et condamner toute forme de racisme et d’antisémitisme.

Cependant, tout n’est pas rose au royaume de l’Ordre hermétique. David Griffin reconnaît le sectarisme de certaines loges qui refusent les Thélémites (disciples d’Aleister Crowley et de sa religion Thelema) et parfois les membres de certaines religions.

Le magicien Nick Farrel admet que l'ordre a parfois eu des membres nazis ou fascistes en son sein, tout en insistant sur le fait que cela ne reflète absolument pas le coeur de la Golden Dawn. Il évoque notamment le cas de Yeats, qui avait dédié un poème aux Blueshirts irlandais, un mouvement ouvertement fasciste, ainsi que celui de Maud Gonne, magicienne et admiratrice d'Hitler.

Une marque de beurre dans le Wisconsin

Faut-il penser, à l'inverse, que le parti Aube dorée a lui des racines magiques? Aucune indication du mouvement grec n'est disponible à ce sujet et, malgré de nombreuses tentatives, je n’ai pas réussi à obtenir de commentaires sur cette affaire. Dommage: j’aurais aimé avoir leur réponse, en particulier celle du charmant membre appelé «SlaveBlancAuxYeuxBleus».

Pour Stéphane François, le parti Aube dorée est un mouvement dénué de références ésotériques. Selon lui, l'homonymie ne serait qu’un hasard et s’il souligne d'ailleurs que les deux noms ne sont pas complètement semblables: Aube dorée d'une part et Ordre hermétique de l'Aube dorée de l'autre.

En Grèce, le nom Aube dorée serait une référence néopaïenne ethnique, dans la lignée du mouvement allemand völkisch pour lequel la religion est un élément identitaire et «chaque peuple a son génie propre», ce qu'Aube Dorée exprime avec finesse en clamant «La Grèce aux Grecs».

Ce n'est pas par hasard si, dans les années 80, époque où il était très marginal, le mouvement Aube Dorée s’est revendiqué de la religion hellénique, retour contemporain à la religion grecque antique interdite par l'empereur Théodose en 392 et 393, lequel s'inscrivait dans la croissante mouvance du néopaganisme. Aujourd'hui, il lui a préféré la religion orthodoxe, selon le modèle grec, mais il s'agit selon Stéphane François d'un «écran de fumée politique» car le mouvement continuerait de pratiquer le néopaganisme.

Références païennes à des mythes originels solaires, parabole de la renaissance de la Grèce, convocation d'une imagerie métaphorique de l'ordre nouveau propre à impressionner une population grecque qui souffre depuis des dizaines d'années… La thèse d’une stratégie totalitaire semble suffire à expliquer le nom halluciné d'un mouvement qui se nourrit à tous les râteliers identitaires. A ce stade, je suis rassuré à l'idée que, non, il n’y a pas de skinhead-magicien armé d'une batte et d'une baguette magique en Europe.

«C'est juste une coïncidence», me confirme Kyle B., un apprenti alchimiste et magicien, membre d'une des nombreuses communautés de la Golden Dawn sur Facebook, depuis longtemps envahi par tous les groupes ésotériques. Et c'est Don Michael Kraig qui nous donne le fin mot de l'affaire, confiant que, selon lui, Aube dorée a juste choisi ce nom parce qu'il «trouvait que ça sonnait bien». Et d’ajouter:
«De toute façon, Golden Dawn, et j'en suis désolé, c'est aussi une marque de beurre dans le Wisconsin

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