lundi 20 janvier 2014

Les problèmes des spectacles d'hypnose

En tant qu'intéressé par tout ce qui relève de la magie et du métapsychique, votre serviteur ne peut ignorer l'hypnose et la façon dont elle est présentée dans les médias et sur scène. Le responsable de la Jérusalem des Terres Froides a vu une fois une performance de spectacle quand il était jeune, vers 14 ans et il en vu plusieurs à l'écran : celles de l'émission Mystères à TF1, celle que l'on voit dans le documentaire Les prisons de l'esprit et celle de Messmer à Tout le monde en parle au début de 2010 où Claude Legault avait « oublié » le chiffre 7.

Sur la question de l'hypnose sur scène, votre serviteur s'est souvent posé la question sur sa valeur scientifique et sa probité morale. L'hypnose est-elle réellement comme nous le présente les massmédias et les grandes salles de spectacles ? Quand on voit comment le joueur de hockey Georges Laraque est terrorisé devant Messmer à Tout le monde en parle, on est en droit de se poser des questions sur l'honnêteté du procédé. Et vous êtes sûrs qu'il n'y a aucun effet secondaire dans les jours, voire dans les semaines et les mois qui vont suivre ? Et ces massmédias qui sont reconnus pour être ultra-menteurs, vous êtes sûr que ce qu'ils nous montrent de Messmer correspond à la réalité et que cela est fait « par pure volonté d'informer et simple divertissement » ?

Bien sûr, l'hypnose est en elle-même est un sujet beaucoup trop vaste pour le responsable de la JTF. Ceci dit, ce dernier a quand même trouvé deux interventions de spécialistes-cliniciens qui n'apprécient pas cette hypnose de foire à la Messmer. La première est une entrevue de Michel Landry à la radio de Radio-Canada, datant du premier mars 2010. L'homme est le président de la Société Québécoise d'Hypnose (SQH), l'association qui regroupe les praticiens de l'hypnose médicale (dentistes, psychologues, etc) au Québec. La seconde est un article ayant paru dans le journal L'Action D'Autray où l'hypnothérapeute Gilles Aussant, fort de ses 47 ans d'expérience, nous donne son avis. Si dans le cas de M. Landry il essaye d'éviter la question abordée d'emblée par l'animatrice, dans ce dernier cas, M. Aussant et deux collègues (Louise Rouleau et Cécile Laliberté) parlent ouvertement de la problématique de l'hypnose de scène et des pratiques improvisées « entre amis » qui en résulte. L'article est repris ici à la façon habituelle de la Jérusalem des Terres Froides, avec le nom de l'auteur, le lien vers l'original et la date précise de parution.


---Spectacles d'hypnose : un spécialiste sonne l'alarme---

Par Hubert Lapointe
Le 19 janvier 2014

Au compte de trois, vous ne vous souviendrez plus de votre nom; vous êtes maintenant une poule; vous avez désormais peur des bananes… À tant jouer avec la cervelle des gens, il est à se demander si les spectacles d'hypnotiseurs sont parfaitement sécuritaires. L'hypnothérapeute Gilles Aussant appelle la population à la prudence.

Pratiquant à Saint-Elzéar en Beauce, Gilles Aussant compte 47 ans de métier. Or, uniquement ces deux dernières années, une dizaine de personnes ayant pris part à des spectacles d'hypnose sont venues le voir afin de corriger des troubles divers. « Ça a toujours été un problème, mais avec la popularité de ces spectacles qui monte en flèche, tout le monde s'improvise hypnotiseur. C'est pire que pire! », a-t-il affirmé en entrevue exclusive à TC Media.

Entre autres, des commentaires tels « je me sentais bizarre après », « il me semble que je ne suis plus comme avant » ou « j'aurais peur de le (l'hypnotiseur) rencontrer sur la rue », sont souvent entendus dans le bureau de M. Aussant. Qui plus est, à ces patients, il demande toujours: « Vous referiez-vous hypnotiser? » Huit fois sur dix, la réponse est négative et catégorique. 

Effets néfastes possibles 

Il en est ainsi, car lorsque l'hypnotiseur fait vivre des expériences de terreur, ou encore, s'il choisit de faire perdre la mémoire à ses cobayes, des dommages peuvent survenir. « Quand tu fais halluciner quelqu'un dans un show, es-tu certain de ne pas avoir implanté un bien mauvais germe dans son cerveau? Faire vivre des expériences d'angoisse est une chose terrible à faire à des personnes sous hypnose », a-t-il insisté.

À titre d'exemple (hypothétique), si l'hypnotiseur décide de terroriser un spectateur avec un chien qui ne se trouve pas sur la scène, il n'est pas impossible que ladite personne aperçoive le même animal à un moment ultérieur. « Peut-il y avoir des dangers? Oui. Peut-il y avoir des "flash-back"? Oui. Qu'on le veuille ou non, il peut rester des sentiments d'anxiété, de l'angoisse et de l'insécurité. C'est comme planter le germe de quelque chose dans la tête. Ça risque de ressortir… », prévient-il.

Ainsi, pour toute personne qui souhaite vivre cette expérience, la première chose à vérifier est le bagage de connaissance de celui qui hypnotise. « Connaît-il son domaine à fond? Possède-t-il tous les prérequis? Il ne suffit pas d'être un bon "show-man", il faut aussi posséder des connaissances approfondies sur le sujet, avoir une expérience sérieuse dans le domaine, connaître l'étendue du sujet et surtout, en connaître les limites. Cela s'apparente, jusqu'à un certain point, à une opération dans le cerveau. Ça prend plus qu'un cours de 30 heures… », a mentionné M. Aussant, en indiquant que les dangers de l'hypnose-spectacle sont étudiés par de nombreux spécialistes partout dans le monde. 

Pas que du mauvais 

De plus, selon l'hypnothérapeute, l'hypnose ne doit avoir qu'un seul but: l'hypnotisé doit repartir meilleur qu'avant dans quelque chose. En effet, il sait que l'hypnose peut soulager ou guérir bien des maux physiques ou mentaux: angoisse, anorexie, phobies, tabagisme, etc.

« Un show d'hypnose peut être très bien fait si les éléments essentiels sont présents. Ça peut faire beaucoup rire, tout en étant scientifique et parfaitement inoffensif. Cependant, l'hypnose, ce n'est pas un don comme plusieurs pensent. Connaître quelques techniques d'hypnose pour faire des shows, c'est un jeu d'enfant. Faire des shows, c'est l'ABC de l'hypnose, mais je vous rappellerai que l'alphabet a 26 lettres », de conclure Gilles Aussant. 

Ses collègues sont d'accord 

Selon l'hypnothérapeute Louise Rouleau, le risque est en effet présent. Bien qu'elle n'ait personnellement jamais croisé pareil cas, elle imagine sans mal que des dégâts peuvent survenir. « L'hypnose de spectacle s'adresse à une population ciblée. Ces personnes sont généralement des gens au degré de suggestivité super élevé », a-t-elle expliqué.
 
Cécile Laliberté, hypnothérapeute, est encore plus convaincue. « Ces hypnotiseurs galvaudent notre profession. Ils doivent donner l'heure juste et expliquer que ce qu'ils font peut provoquer des peurs et laisser des traces dans le subconscient. En plus, les gens après vont prendre l'hypnothérapie pour de la magie! », déplore Mme Laliberté.

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