samedi 18 janvier 2014

Une fortune en échange d'une année en enfer

Le 12 novembre dernier, la Jérusalem des Terres Froides relayait un article du Figaro Magazine sur les guérisseuses en France, Sorciers et guérisseurs : rencontre avec ceux qui défient la science. Parmi celles-ci, il y avait Hécate, une sorcière dite « luciférienne » qui a son cabinet de consultations à Paris depuis plusieurs années. La JTF mentionnait alors dans son introduction d'article qu'Hécate, en compagnie de Jean-Michel Thibaux et d'Édouard Brasey, voulait passer une nuit dans le mausolée de Maria de Naglowska au cimetière Père-Lachaise, réputé pour être hanté. À l'époque, il n'avait été mentionné que la référence bibliographique où l'on retrouve cette anecdote dans le Enquête sur l'existence des anges rebelles de Brasey (J'ai lu 1995 p.98-100) et aujourd'hui, la JTF vous présente le passage en question dans son intégralité.

Ajout du 10 février 2014 :
La sorcière Hécate a également tenté d'intégrer une « chaîne vampirique » à partir des livres de Jean-Paul Bourre. Cela est raconté brièvement dans l'Enquête de Brasey (J'ai lu, p.107-108) et ce passage a été recopié ici à la Jérusalem des Terres Froides à la toute fin de l'article Le « satanisme » reproché à Jean-Paul Bourre par « le bon docteur Laïbi ».

---Une fortune en échange d'une année en enfer---

Le gigantesque et somptueux mausolée de la baronne Demitov, dans la 19e division, auquel on parvient par de larges escaliers de pierre, serait paraît-il un lieu d'accès direct aux enfers. C'est en tout cas ce que m'a affirmé le sorcier luciférien Octave Sieber, qui aimait à venir détailler les étranges symboles sculptés dans la pierre : serpents, têtes de loups, grillons. Il passait son long bras à travers les meurtrières sombres qui trouaient les parois du mausolée et s'écriait, ravi :

- Par Lucifer, c'est froid comme la mort, là-dedans !

Un jour, il m'affirma qu'il avait senti une poigne glacée se saisir de sa main pour l'entraîner au fond du tombeau noir. Mais je ne puis confirmer la véracité de ce point. Car Octave était avant tout un sacré comédien.

En revanche, je peux témoigner d'une anecdote troublante concernant l'étrange mausolée de la baronne russe. Un article du Temps, daté du 2 novembre 1896, après avoir décrit le monument, sa colonne surmontée d'un dôme polychrone, sa chapelle dallée de marbre précieux et son cercueil en cristal de roche, rapportait l'étrange défi lancé par la baronne au monde des vivants : elle avait déposé chez son notaire de Paris un testament par lequel elle léguait la totalité de sa fortune, soit deux millions de roubles-or, « à la personne de bonne volonté qui consentirait, pendant trois cent soixante-six nuits, à s'enfermer auprès de son corps, dans la solitude du caveau, et à ne s'en éloigner sous aucun prétexte. La princesse désirait être veillée sans interruption ; elle ne s'opposait pas à ce que l'on fît à côté d'elle plantureuse chère, à ce qu'on lût des livres amusants... ».

Des milliers de candidats se portèrent volontaires pour tenter l'expérience. La conservation du cimetière et l'étude du notaire furent submergées par les demandes incessantes des candidats au tombeau, qui se voyaient déjà héritier de la fortune laissée par la baronne macabre.

Parmi eux, quelques dizaines descendirent effectivement dans l'ombre froide du caveau, aux côtés des restes de la baronne enfermée dans son cercueil de Belle au bois dormant... et en ressortirent en hurlant après quelques heures à peine. Hallucinés, tremblants, yeux révulsés, ces rescapés affirmaient avoir senti des présences terribles, entendu des voix mugissantes, vu des visages diaboliques se matérialiser dans l'ombre. Bien loin de demeurer un an et un jour dans le caveau, aucun candidat ne put y rester ne fût-ce qu'une seule nuit !

Certains n'eurent même pas la force de remonter seuls, et il fallut aller les chercher. Prostrés, bavant, tétanisés d'angoisse, ils ânonnaient des phrases insensées. Ils furent d'urgence conduits vers l'asile psychiatrique le plus proche et y demeurèrent le restant de leur vie.

Ces déboires eurent pour conséquence de refroidir l'appétit de lucre des candidats à l'héritage maléfique. De son côté, la mairie de Paris demanda que l'accès au caveau fût condamné, pour éviter à l'avenir ce type d'accidents. Et c'est ainsi que les deux millions de roubles-or sommeillent toujours dans l'étude du notaire.

Toutefois, les amateurs de trésors n'ont jamais désarmé, et depuis un siècle les demandes ont continué d'affluer, en moins grand nombre qu'au début, cependant. J'ai moi-même failli me prêter à cette expédition risquée au pays des fantômes.

C'était en 1989. A l'issue d'un dîner voué à l'ésotérisme, auquel j'assistais en compagnie de l'écrivain Jean-Michel Thibaux, auteur de L'Or du diable, un roman consacré à l'énigme de Rennes-le-Château, et de la sorcière luciférienne Hécate, quelqu'un rappela l'étrange histoire du mausolée de la baronne Demitov. Qui eut le premier l'idée de relever le défi ? Hécate ? Jean-Michel ? Moi-même ? Nous avions ce soir-là quelque peu sacrifié à Bacchus, ce qui explique sans doute notre témérité. Toujours est-il que nous prîmes tous trois l'engagement solennel de nous porter à notre tour volontaires pour veiller le cercueil de la baronne défunte.

Il n'était pas question, toutefois, d'y demeurer un an et un jour. Nos activités professionnelles et notre vie privée nous l'interdisaient. Une nuit suffirait. Une nuit pour affronter la peur, et nous prouver que nous étions plus forts que les diables enfouis dans les entrailles du Père-Lachaise. S'il était vrai que le mausolée était l'une des portes de l'enfer, nous étions prêts à en faire l'expérience.

Cela aurait pu n'être qu'un serment d'après-boire. Mais une semaine plus tard, nous décidâmes d'honorer notre parole. Hécate, je dois le préciser, était la plus motivée de nous trois, et c'est elle qui prit contact avec l'administration du cimetière. Elle reçut une fin de non-recevoir. L'accès au mausolée était condamné sur ordre de la mairie de Paris, et il n'était pas question d'en ouvrir les portes aux explorateurs de l'étrange. Hécate s'adressa donc à la mairie, où on lui répondit que le mausolée menaçait ruine et nécessitait des travaux de réfection. C'était la raison « officielle » pour laquelle son accès était interdit.

En attendant, notre escapade en enfer était à l'eau. Car il ne fallait pas songer à pénétrer à l'intérieur du monument par nos propres moyens. Outre le délit de violation de sépulture dont nous nous serions rendus coupables, il nous aurait fallu une bonne charge de plastic pour venir à bout de l'imposante porte dont on nous refusait la clé. Le projet fut abandonné à regret.

Édouard Brasey

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