vendredi 7 février 2014

Vanuatu : la « sorcellerie » encore utilisée comme motif d'agressions

Deux articles sur la « sorcellerie » dans la même journée, se pourrait-il que la Jérusalem des Terres Froides soit possédée par de mauvais esprits ? Humour mis-à-part, un article est paru sur des meurtres commis au nom de « l'anti-sorcellerie » à Vanuatu. Un fait divers triste et désolant mais qu'il vaut la peine de reprendre ici car il peut être cité en exemple pour appréhender quelles peuvent être ses motivations profondes quand le soralisme hurle à la « sorcellerie » et au « satanisme », un peu comme cela a été abordé à l'article Le sadisme anti-satanisme de la secte soralienne où un incident du même genre y est cité.


---Troubles à Vanuatu : la sorcellerie à nouveau utilisée comme motif d'agressions---


Par PAD
Paru sur Tahiti-Infos
Le 7 février 2014

La sorcellerie et les accusations de pratiques de magie noire ont une nouvelle fois été utilisées en Mélanésie comme prétextes à des attaques en règle et des tentatives d’homicides, a déploré fin janvier la police de cet État mélanésien. 

Dernier incident en date : un début de troubles entre villages sur la côte Est de l’île principale de Vaté, à la suite d’une série de décès dans les deux villages de Matarisu et d’Ekipe. 

Les personnes décédées se seraient plaint de violents maux de ventre, suivis de diaprées, avant de mourir. 

Conclusions des chefs coutumiers de ces localités : il s’agissait de « boucans » (sorts) jetés par un individu rapidement désigné et jeté à la vindicte publique. 

La police est intervenue sur place après avoir acquis la certitude que la personne accusée était véritablement en danger : un plan avait d’ores et déjà été ourdi pour l’exécuter en le jetant à la mer après avoir attaché une corde autour de son cou. 

La police est parvenue à déjouer le macabre projet, non sans rappeler au passage aux chefs traditionnels de cette zone leurs responsabilités et les conséquences de tels actes au regard de la loi. 

Peu avant, les chefs avaient publiquement déclaré à la population, après la réunion d’une sorte de tribunal populaire ayant débouché sur la sentence de mort, que « la police et la loi, c’est pour Port-Vila ». 

« Nous avons bien rappelé aux chefs qu’il est illégal de prendre la vie d’une personne. Elle peut éventuellement faire l’objet d’une plainte et de poursuites en justice et c’est aux tribunaux seuls de décider de sa culpabilité et de la sentence devant être appliquée. Et c’est nous, la police, qui représentons la loi. Nous sommes la loi », a martelé l’inspecteur chef Jackson Noal. 

Les croyances en la puissance de pratiques magiques et liées à la sorcellerie sont toujours très vivaces dans cet archipel, où les « clevas » (sorciers) de plusieurs îles, dont celle d’Ambrym, sont réputés pour leurs pouvoirs mystiques et leurs sorts, à l’aide de force pierres magiques et concoctions de potions à base de feuilles. 

De nouvelles réunions conciliatoires sont prévues dans les prochains jours entre la police et les autorités traditionnelles, afin de tenter de faire redescendre la tension.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, où les exécutions sommaires de personnes accusées de sorcellerie se sont multipliées ces derniers mois, l’organisation non gouvernementale Amnesty International a dénoncé cette semaine ce qu’elle considère comme l’inaction des autorités locales afin de traduire en justice les responsables de la mort d’une jeune mère de vingt ans, en février 2013, dans la ville de Mount Hagen. 

La jeune avait été torturée, puis brûlée vive, en public, sur une décharge publique. 

Un an après cette exécution que la police, présente, n’avait pu empêcher, Amnesty International, en milieu de semaine, a une nouvelle fois dénoncé les carences de l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Cette exécution, qui avait suscité une indignation aux plans régional et mondial (notamment de la part des Nations-Unies), n’a été que l’exemple le plus emblématique de ce que l’ONG qualifie de « schéma récurrent » à l’échelle d’un pays tout entier. 

Première victimes de ce genre d’exécutions sommaires : les femmes, souvent accusées de la mort d’individus en réalité décédés de cause mal connues dans ces régions reculées, come par exemple du fait du VIH-SIDA. 

Dans d’autres cas, ces exécutions sont réellement motivées par des conflits communautaires récurrents, parfois liés à des questions foncières ou de rivalité entre villages. 

Cette vague d’exécutions, en 2013, a suscité de vives réactions au plan local, avec l’adoption d’une nouvelle loi réintroduisant la peine de mort pour les crimes considérés comme les plus odieux. 

Depuis, l’ONU et ses agences dédiées à la protection des droits humains n’ont de cesse, en conjonction avec d’autres acteurs de développement, comme l’Union Européenne, d’exhorter les autorités papoues de ne pas relancer le processus des exécutions, pourtant prévu courant 2014 et qui concerne, selon les derniers comptes-rendus, 13 personnes. 

Il reste néanmoins à déterminer par quelle méthode ils seront exécutés. 

Plusieurs options sont disponibles : l’électrocution, l’injection létale, l’asphyxie, le peloton d’exécution ou la pendaison. 

Cet éventail de procédés, sous forme de menu macabre, fait toujours l’objet de réunions de la part d’une commission de réformes constitutionnelles, a toutefois reconnu le ministre de la justice, Kerenga Kua. 

Ce dernier a aussi, fin janvier 2014, tenté de clouer le bec aux critiques concernant la décision papoue de « tenter de lutter contre une grave problème d’ordre public ». 

« Jusqu’ici, personne n’a trouvé de solution efficace. Alors je dis à ces critiques que pour lutter contre un problème reconnu internationalement, et au lieu de critiquer, qu’ils me donnent une autre solution applicable, et là, on peut peut-être écouter ceux qui veulent que nous renoncions à cette voie », a-t-il déclaré à la presse locale. 

Dans ces conditions, l’argument bu bloc occidental s’appuie sur une phrase-choc : la mort est irréversible.

Simultanément, le Parlement papou abrogeait une ancienne loi datant de 1971 relative aux pratiques de sorcellerie et qui, selon les législateurs, n’avait pour effet actuel que de fournir une excuse aux personnes appelant au meurtre pour de tels motifs. 

Le dernier cri d’alarme d’Amnesty International coïncidait aussi avec la visite, cette semaine, dans ce pays, de la ministre australienne des affaires étrangères, Julie Bishop. 

Lors de sa visite officielle de deux jours, elle a notamment annoncé de nouvelles enveloppes australiennes (trois millions de dollars australiens au cours des trois années à venir) en vue de financer des centres de soutien aux femmes victimes de violences familiales et sexuelles, en particulier à Lae (seconde ville du pays), en collaboration avec l’ONG Oxfam et l’université nationale d’Australie (Australian National University). 

Ces centres devraient mettre un accent tout particulier sur l’éducation et la sensibilisation des populations, y compris masculine, en vue de tenter de changer les comportements violents des hommes vis-à-vis des femmes.

Ces derniers mois, le gouvernement papou a financé plusieurs missions, auxquelles appartenait le ministre papou de la justice, dans plusieurs pays pratiquant la peine de mort, y compris plusieurs États d’Amérique, mais aussi des pays plus proches comme la Malaisie, la Thaïlande, Singapour et l’Indonésie. 

Objectif : tenter de sélectionner la méthode la plus efficace, dans le contexte papou. 

Une recommandation aura déjà été transmise au gouvernement, selon le ministre. 

« Une fois que le conseil des ministres se sera prononcé sur la méthode retenue, alors on commencera à construire des installations, où ces treize personnes seront exécutées », a précisé M. Kua. 


PAD

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