vendredi 21 mars 2014

La troisième guerre mondiale via l'Ukraine ? (5) : Compilation d'articles

Le responsable de la Jérusalem des Terres Froides est surpris de constater la popularité de ses reprises d'articles sur la situation très volatile de l'Ukraine et la Crimée. Il se disait à prime abord : « à force de copié-coller depuis Mondialisation.ca, les visiteurs finiront par se rendre directement sur le site de M. Chossudovski puisque la JTF n'exprime aucune nouveauté, aucune exclusivité ». Et pourtant, depuis le début de la publication de la série La troisième guerre mondiale via l'Ukraine ?, chacun des articles reçoit un nombre appréciable de visiteurs. C'est la surprise à chaque fois.

Puisqu'il y a ainsi une sorte de « filon », autant en profiter donc la Jérusalem des Terres Froides, pour la cinquième entrée de son sinistre libellé, ne vous présente pas qu'un seul article, il vous en présente toute une série sur la même page-ouèbe. La majeure partie provient du Centre de recherches sur la mondialisation mais pas uniquement. Il y a une reprise de La voix de la Russie/Les 7 du Québec et même un lien vers une source soralienne... Eh oui, après avoir cité le soralien québécois Vic Survivaliste pour le cas ukrainien, voici un nouveau lien vers une entrevue qu'a accordé le spécialiste Xavier Moreau à E&R TV, paru le 18 mars. Mais qu'à cela ne tienne, M.Moreau est trop intelligent et cultivé pour être soralien et il connaît si bien le sujet qu'il en devient incontournable.

Dans ce qui suit, nous avons six articles dont cinq provenant de la même source. Les articles sont présentés en ordre alphabétique d'auteurs, en ordre anti-chronologique s'il y a deux articles du même auteur. En voici la liste :

1 : La Crimée de retour au bercail et l'Ukraine sur la voie de la Grèce, par Chem Eddine Chitour
2 : Le « bouclier » pour la nouvelle guerre froide, par Manlio Dinucci
3 : Le nouveau Gladio en Ukraine, par Manlio Dinucci
4 : La trêve olympique, moment « idéal » pour déstabiliser un pays ?, par Mikhail Gamandiy-Egorov
5 : L'hypocrisie impérialiste concernant la Crimée, par Joseph Kishore
6 : Annexion de la Crimée par la Russie : Les États-Unis et l'UE préparent des provocations militaires, par Chris Marsden


---La Crimée de retour au bercail et l'Ukraine sur la voie de la Grèce---


Par Chem Eddine Chitour
Paru sur Mondialisation.ca
Le 20 mars 2014


Ukrain-Crimée carte

«Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes»
(article 1, alinéa 2 de la Charte des Nations unies)

L’actualité a le tournis. Nous retenons notre souffle concernant la situation de la Crimée, les rodomontades sans épaisseur des pays européens et la détermination de Poutine qui a été constant dans sa stratégie malgré tous les coups bas reçus, notamment la tentative de torpillage des jeux de Sotchi. Le dernier épisode de cette bataille sourde est le vote des «Criméens» pour leur indépendance. Vote qui s’est terminé sur un oui massif ce qui a amené Poutine à reconnaitre cela et à accepter le retour vers la mère Patrie de la Crimée.  Et ceci en conformité avec l’article 1 alinéa 2 de la Charte des nations Unies

Pour rappel , la Russie a mis son veto à la résolution soumise au Conseil de sécurité de l’ONU décrétant le référendum de dimanche en Crimée.   «La France, comme l’Union européenne, ne reconnaîtra pas la validité de cette pseudo-consultation» en Crimée, qui n’est «pas conforme au droit interne ukrainien et au droit international», a déclaré samedi François Hollande. On rappellera au président Hollande  que c’est le  même droit international qui crée de toutes pièces le Sud Soudan arraché au Soudan,  qui crée le Kosovo reconnu par les Occidentaux bien qu’arraché par le fer et par le feu à la Serbie.

Les pays européens étaient d’ailleurs partagés à l’époque nous, nous souvenons de l’Espagne qui avait peur que le précédent du Kossovo pourrait conforter les basques. Même la France n’était pas indemne de reproche. Le statut  de Mayotte est il définitif ?

La Crimée est rattachée à la Russie

Conséquence du vote massif en faveur du retour dans le giron russe, le président russe a livré ce mardi au Kremlin un discours offensif sur la situation en Crimée et plus largement sur la crise ukrainienne. Moscou considère que la péninsule est déjà rattachée à la Russie. Le président russe a prononcé un discours sans ambiguïté sur sa vision de la crise ukrainienne au Kremlin ce mardi. Devant le Parlement et les gouverneurs russes, il a ainsi défendu le référendum de dimanche en Crimée et les actions engagées depuis pour rattacher la péninsule à son pays. «Dans le coeur et la conscience des gens, la Crimée était et reste une partie intégrante de la Russie», a notamment affirmé Vladimir Poutine. ««Ne croyez pas ceux qui vous font peur au sujet de la Russie, qui vous disent qu’après la Crimée, vont suivre d’autres régions». Le président russe a par ailleurs accusé les Occidentaux qui «ont franchi la ligne rouge» selon lui en Ukraine. Déclaration qui intervient au lendemain de sanctions prises par l’Union européenne et les Etats-Unis à l’encontre de responsables russes et ukrainiens (pro-russes). (1)

L’Europe et les Etats-Unis prennent des sanctions contre la Russie

L’arme de dissuasion n’a pas tardé, des sanctions sont infligées mais les pays européens se gardent bien de fermer la porte? Ils infligent un premier train…un deuxième train pensant naïvement que Poutine ferait marche arrière Mais chaque pays ne veut pas se mettre à dos définitivement la Russie.   «L’Union européenne et les Etats-Unis ont adopté lundi 17 mars des sanctions ciblées contre de hauts responsables russes ou pro-russes pour envoyer selon eux un «message fort» à Moscou au lendemain du référendum de rattachement de la Crimée à la Russie. De leur côté, les ministres européens des Affaires étrangères «viennent de décider des sanctions -restrictions de visas et gels d’avoirs- contre 21 responsables ukrainiens et russes», a déclaré lundi le ministre lituanien Linas Linkevicius, sur son compte Twitter. Linasas Linkevicius a indiqué en revanche que l’UE prendrait des «sanctions supplémentaires dans les prochains jours». Les Européens estiment toutefois qu’il n’est pas trop tard pour qu’une solution politique soit trouvée. «Il faut faire preuve de beaucoup de fermeté et en même temps trouver les voies du dialogue et ne pas aller vers l’escalade», a déclaré le ministre français Laurent Fabius, à l’instar de plusieurs de ses collègues. (2)

La frilosité de l’Europe nous rappelle le sketch des sanctions infligées  aux policiers qui se sont rendus coupables de  sévices sur les mélanodermes. Coluche nous dit que ces policiers se voient infliger un avertissement. Au bout de 10 avertissements , ils ont un blâme  et au bout de 10 blâmes , ils sont dégradés mais  ils s’en foutent , ils sont flics de base »  En clair ces sanctions  ne pèseront pas lourds d’autant plus que la cause de l’Europe malgré tous les revanchards des anciennes républiques soviétiques (Pologne, Etats baltes) et même du duo d’enfer  (Royaume Uni  et France) qui ont été de tous les « mauvais coups » depuis près de 150 ans. On se souvient des  attaques sournoises contre l’Empire Ottoman, qui fut en définitive dépecé après la grande guerre, nous nous souvenons des guerres contre le tsar de toutes les Russies, de la bataille de Crimée et de Sébastopol, en clair l’histoire se récrit sous nos yeux.

Sanctions économiques: Qui perd? Qui gagne?

Interrogé par Laure-Emmanuelle Husson Emmanuel Quidet, le président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, déclare que «la Russie n’hésitera pas à prendre des mesures de réciprocité contre l’Europe. Et ça pourrait faire mal. Les relations économiques sont très fortes entre la France et la Russie et elles se sont même considérablement approfondies ces dernières années. La France est ainsi devenue le 3ème investisseur étranger en Russie, derrière l’Allemagne et la Suède, alors qu’elle occupait la 9ème place en 2008. Au total, les investissements français en Russie représentent 12 milliards de dollars par an. Nous sommes présents dans beaucoup de secteurs différents. Par exemple, Renault, Peugeot, Danone et Total sont très actifs en Russie. Nous estimons qu’il y a environ 1.200 sociétés françaises implantées en Russie et 6.000 à 7.000 qui y exportent d’après les Douanes. (…je pense que c’est l’Europe qui aurait le plus à perdre de sanctions économiques car de nombreuses entreprises concernées par la Russie se retrouveraient alors en situation de surcapacité de production (…) Pour le moment, le mot d’ordre est «on continue à faire des affaires, on arrête rien». A ma connaissance, il n’y a pas de projets qui ont été reculés ou annulés. Les gens continuent de développer leurs affaires. S’ils sont inquiets, ils attendent d’en savoir plus sur la nature des mesures de rétorsion prises par l’Europe contre la Russie. Il n’y a rien d’autre à faire pour le moment» (3)

«Le rattachement à la Russie voté par les électeurs de Crimée était attendu. Poutine ira-t-il maintenant plus loin? Et si oui, avec quelles conséquences?» Avec Vladimir Poutine, on assiste à une repolitisation du monde, à l’instauration d’un système interétatique frictionnel», explique Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il juge la situation liée à la crise ukrainienne «inflammable». Le plus simple pour Moscou est de couper d’abord, comme en 2006 et 2009, le gaz à l’Ukraine. La prédominance du nucléaire, qui réduit sa sensibilité au gaz, et le fait d’avoir conclu d’importants accords gaziers en matière de GNL avec le Qatar.» D’autres pays européens, comme la Pologne, dépendent des Russes, ce qui permettra à Moscou de tester la solidarité entre les uns et les autres.(3)

Que se passerait-il maintenant si la Russie, premier producteur de pétrole avec 10 millions de barils par jour, décidait de tout arrêter? Réponse de Patrick Artus, directeur de la recherche et des études à Natixis et administrateur de Total, qui a travaillé sur cette hypothèse: «Le prix du baril monterait à… 300 dollars, il y aurait en France 8 points de PIB en moins et 1,4 million de chômeurs en plus.» La Russie, membre de l’OMC depuis 2012, a une capacité de nuire qui dépasse le seul terrain de l’énergie. Et là, la France – fortement investie en Russie – devient vulnérable »(3).

Les patrons français du cac 40 – ceux qui font des affaires (Renault, Peugeot, voire Danone et même les chantiers  navals ne sont surement pas d’accord. La Russie a d’ailleurs annoncé qu’en cas de non livraison des deux bateaux Mistral elle porterait l’affaire en justice en réclamant des intérêts . L’Allemagne a près de 6000 entreprises en Russie et les Allemands pour près de 80 % ne sont pas favorables à des sanctions contre la Russie.

Les Ukrainiens pensent naïvement que la liberté promise se double de nourriture et d’un niveau de vie. Cruelle erreur! Berthold Brecht disait «qu’un bulletin de vote ne se mangeait pas». L’Ukraine sera un gigantesque bazar pour 45 millions de consommateurs qui auront à se satisfaire de tous les surplus d’une Europe dont la consommation est en berne.

Paul Craig Robert ancien sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor écrit: «Selon un rapport publié dans Kommersant-Ukraine, le ministère des Finances des comparses de Washington à Kiev qui prétendent être le nouveau gouvernement a préparé un plan d’austérité économique qui permettra de réduire drastiquement les pensions ukrainiennes de 160 $ à 80 $ de sorte que les banquiers occidentaux qui ont prêté de l’argent à l’Ukraine pourront être remboursés au détriment des pauvres Ukrainiens. L’Europe sera confrontée une fois de plus à une situation similaire à celle de la Grèce. Les pilleurs occidentaux sont déjà au travail, avant même que quelque chose d’approchant la stabilité et la légitimité ait été obtenu par le gouvernement fantoche mis au pouvoir par le coup d’Etat orchestré par Washington contre le gouvernement légitime élu démocratiquement. Les manifestants naïfs qui ont cru à la propagande selon laquelle l’adhésion à l’UE pourrait offrir une vie meilleure risquent de perdre près de la moitié de leur pension en avril. Mais ce n’est que le début. Les médias occidentaux corrompus ont présenté ces prêts comme une «aide». Cependant, les 11 milliards d’euros que l’UE offre à Kiev n’est pas une aide. Il s’agit d’un prêt. En outre, elle est apportée avec de nombreuses contraintes et servitudes, y compris l’acceptation par Kiev d’un plan d’austérité du FMI.» (4)

La Russie accusée d’expansionnisme

On oublie trop souvent que les Etats-Unis disposent de plusieurs centaines de bases hors Etats-Unis il n’empêche qu’on accuse la Russie d’expansionnisme. C’est le cas de Julien Theron qui fait l’inventaire à charge de tout ce que l’Occident n’accepte pas en termes de souveraineté des autres. Il écrit: «Après avoir déployé ses forces armées en Crimée, le Kremlin est en train d’imposer au monde un nouvel expansionnisme territorial, plus de vingt ans après la chute de l’Union soviétique, des Etats baltes aux îles Kouriles en passant par l’Afghanistan. Ce dimanche, se tient en Crimée un référendum sur le rattachement à la Russie considéré comme illégal par la majeure partie de la communauté internationale mais dont l’issue fait peu de doute: ce rattachement devrait se produire, sauf recul in extremis de Moscou. L’enjeu est de taille, car l’annexion de la Crimée induirait pour le XXIe siècle une géopolitique déstabilisatrice, où les États pourraient s’approprier à nouveau les territoires d’autres États souverains. (…) Pour Moscou, il s’agit alors autant de restaurer l’honneur de l’armée que d’éviter le détricotage des petites républiques caucasiennes de la Fédération.(..)» (5)

Le comble de l’ironie et de l’hypocrisie de ce journaliste est d’affirmer: «L’opposition au projet pourtant défensif de bouclier antimissile otanien en Europe centrale participe également à la restauration de ces éléments fondamentaux de la nouvelle géostratégie russe: maîtrise des territoires et influence stratégique. Les outils diplomatiques, économiques et militaires étant restaurés, la Russie passe à une autre étape. En 2007, le pôle Nord est le théâtre d’une surprenante tentative d’annexion. L’idée d’imposer sa souveraineté sur les sous-sols océaniques de cette région riche en hydrocarbures conduit la Russie à y déposer tout bonnement un drapeau. Geste cocasse s’il n’avait été dangereusement annonciateur.» (5)

On le voit, les notions de droit international quant au droit d’ingérence, la souveraineté et quant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’exigence d’unité territoriale, c’est comme cela arrange l’Occident. Découper le Kosovo contre la Serbie pote de la Russie? C’est légal !. Démolir l’Irak pour le motif des ADM est toujours légal !  Intervenir en Libye, en Syrie, au Mali, aucun risque d’une quelconque condamnation ou sanction internationale.

Par la force des choses, l’UE qui aurait pu jouer le modérateur dans des enjeux qui la dépassent n’a plus aucune crédibilité politique en servant les intérêts des USA dans cette crise.. Elle vient de faire comprendre au monde qu’elle n’existait pas puisque enchaînée à l’Amérique…

En 1989, l’Occident avait  commis une faute géopolitique, bafouer la dignité du peuple russe au-delà du régime communiste. La naïveté de Gorbatchev et la stupidité, arrogance et avidité des occidentaux, ont fait admettre que c’était la fin de l’histoire comme l’avait écrit à l’époque l’idéologue du pentagone Francs Fukuyama. L’hyperpuissance américaine prenait possession du monde et des peuples et tentait d’imposer l’american way of war Les Russes ont promis: Plus jamais ça! Et ils ont tenu leur parole. Aujourd’hui, la Russie est redevenue  une grande puissance. L’Occident doit tourner la page sur une époque bel et bien révolue Le magister dixit n’a plus court . Le barycentre du Monde est asiatique. La Crimée a été russe de sa conquête par l’impératrice Catherine II, au XIXe siècle, à 1954, date de son rattachement à l’Ukraine au sein de l’URSS, sur une décision essentiellement symbolique de Nikita Khrouchtchev. C’est donc simplement un retour aux sources .

Conclusion :

Nous laissons Jean Geronimo résumer brièvement les enjeux de l’affaire ukrainienne: «A l’heure d’un risque d’embrasement de l’Est ukrainien, sonnant comme un cri de révolte et d’incompréhension face à une évolution politique en partie impulsée de l’étranger, la maladresse de l’ingérence occidentale risque de coûter très cher au peuple de Kiev. Après les fausses «révolutions colorées» d’inspiration libérale, frappant dans les années 2000 la périphérie post-soviétique et plaçant des dirigeants pro-américains à la tête des Etats géorgien, ukrainien et kirghize, la «révolte de Kiev» apparaît au final comme un sous-produit d’un modèle déjà expérimenté et prolongé, récemment, au Moyen-Orient, principalement en Libye et en Syrie. A la base de ce modèle «révolutionnaire», se trouve une stratégie de désinformation permettant la justification du processus politique conduisant au renversement d’un régime hostile (ici, celui de Ianoukovitch) et, surtout, à l’arrivée de dirigeants politiquement corrects (ici, pro-européens). (…) A terme, au-delà d’un redécoupage géopolitique de l’Ukraine selon l’ancien clivage Est/Ouest, catalysé par la volonté d’indépendance de la Crimée – dans le prolongement d’une jurisprudence initiée par l’indépendance du Kosovo en 2008 -, c’est bien l’extension de l’axe Otan-USA via l’UE, contre les intérêts russes, qui se joue. Au coeur de l’échiquier eurasien, cette extension de l’axe euro-atlantique sanctionnerait, de manière définitive, sa victoire de la Guerre froide».(6)

«Pour Brzezinski, dont l’analyse conclut Jean Géronimo,  est considérée comme le vecteur de la politique extérieure américaine, le contrôle de l’Ukraine est donc une nécessité stratégique. Dans la mesure où l’Ukraine se trouve à un carrefour stratégique sur la base de la trajectoire des tubes énergétiques et des grands axes politiques du continent eurasien, elle devient pour moi, une sorte de «super pivot»: un noeud géostratégique. (…) Aujourd’hui, il s’agit bien d’un conflit entre deux visions du monde antagonistes, renforcé par le désir de Moscou d’apparaître comme une alternative au néo-libéralisme et de s’opposer à l’unilatéralisme américain, systématisé depuis la disparition du contrepoids géopolitique soviétique – c’est en ce sens, que la disparition de l’ex-URSS a été «la plus grande catastrophe géopolitique du 20° siècle». (6)

A n’en point douter, le pillage de l’Ukraine n’apportera pas le bonheur aux besogneux qui vont suer sang et eau pour des lendemains qu’on leur avait promis rayonnants. C’est un peu le destin de la Grèce qui se profile. La dette énorme de l’Ukraine sera de plus en plus lourde et les fourches caudines des créanciers achèveront de dévitaliser l’Ukraine. D’une certaine façon et sans que cela ne soit le nirvana, le sort de la Crimée qui retrouve son âme sera de loin moins tragique que celui de l’Ukraine. Ainsi va le monde.

Chems Eddine Chitour

1.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ europe/vladimir-poutine-la-crimee-est-une-partie-integrante-de-la-russie_1501016.html

2.http://www.challenges.fr/economie/20140317.CHA1632/l-europe-et-les-etats-unis-prennent-des-sanctions-contre-la-russie.html

3.http://www.challenges.fr/economie/20140317.CHA1628/sanctions-economiques-l-europe-aurait-plus-a-perdre-que-la-russie.html

4.http://www.mondialisation.ca/le-pillage-de-lukraine-par-les-usa-et-lue-a-commence/5373514

5.J.Théron http://rue89.nouvelobs.com/ 2014/03/16/referendum-crimee-back-in-the-ussr-250722

6.Jean Geronimo http://www.mondialisation.ca/la-revolution-dukraine-et-apres-les-enjeux-du-referendum/5373675


---Le « bouclier » pour la nouvelle guerre froide---

Par Manlio Dinucci
Paru sur Mondialisation.ca
Le 20 mars 2014

Visite éclair du vice-président Joe Biden en Pologne et en Estonie, pour assurer que, face à l’ « incursion militaire russe effrontée» en Ukraine –pays décidé à construire « un gouvernement au service du peuple » (garanti par les néonazis arrivés au pouvoir par le coup d’Etat du nouveau Gladio)- les Etats-Unis réaffirment leur inébranlable engagement  à se conformer à l’article 5 du Traité nord-atlantique pour la « défense collective ». Comme l’Ukraine est aujourd’hui de fait mais non officiellement membre de l’OTAN, il y a toujours le « non-article 5 », qui engage les pays membres à « mener des opérations de riposte aux crises non prévues par l’article 5 ». Lancé avec la contribution du gouvernement D’Alema pendant la guerre OTAN contre la Yougoslavie en 1999, et appliqué aussi aux guerres en Afghanistan, Libye et Syrie.

Pour que « l’OTAN émerge de cette crise plus forte que jamais, les Etats-Unis réaffirment leur engagement pour la « défense missilistique » de l’Europe. En corrélant la « défense missilistique » à la crise ukrainienne, Joe Biden découvre cependant son jeu. A Washington on avait toujours assuré que le « bouclier » étasunien en Europe n’est pas dirigé contre la Russie, mais contre la menace des missiles iraniens. A Moscou on l’a toujours considéré, par contre, comme une tentative de prendre un avantage stratégique décisif sur la Russie : les USA pourraient tenir celle-ci sous la menace d’un first strike nucléaire, en se fiant à la capacité du « bouclier » de neutraliser les effets de représailles. Le nouveau plan lancé par le président Obama prévoit, par rapport au précédent, un nombre plus important de missiles adossés au territoire russe. Comme ce sont les Etats-Unis qui les contrôlent, personne ne peut savoir si ce sont des intercepteurs ou des missiles nucléaires.

Ayant refusé la proposition de cogérer avec la Russie le radar de Qabala en Azerbaïdjan, les Etats-Unis ont commencé à construire en Pologne le site où seront installés 24 missiles SM-3 du système Aegis. De plus le gouvernement polonais s’est engagé à dépenser plus de 30 milliards d’euros pour réaliser (avec des technologies étasuniennes) son propre « bouclier » à intégrer à celui des USA/OTAN. Et Joe Biden fait les louanges de la Pologne pour avoir pris à son compte «une partie de la charge financière, chose que tous les alliés devraient faire » (l’Italie est avertie). Un autre site de 24 missiles SM-3, en construction dans la base aérienne de Deveselu en Roumanie, deviendra opérationnel en 2015 et sera géré par 500 militaires étasuniens. Ces installations missilistiques sont intégrées par un radar superpuissant installé en Turquie et par des radars mobiles qui peuvent être rapidement déployés en « position avancée ».

Le « bouclier » comprend aussi le déploiement en Méditerranée de navires de guerre dotés de radars Aegis et de missiles SM-3. Le premier, le torpilleur lance-missiles USS Donald Cook, est arrivé début février dans la base navale de Rota en Espagne, où vont être transférés 1200 marins et 1600 personnes de leurs familles. Il sera suivi par trois autres unités (USS Ross, USS Porter et USS Carney). Il est probable que leur nombre sera augmenté, puisque l’US Navy a déjà environ 30 navires de ce type. Ils patrouilleront continuellement en Méditerranée, prêts à tout moment à entrer en action, en menant en même temps –informe l’OTAN- « toute la gamme d’opérations de sécurité maritime et de manœuvres bilatérales et multilatérales avec les marines alliées ». La marine espagnole dispose déjà de fait de quatre frégates dotées du système intégré de combat Aegis, qui les rend inter-opérationnelles avec les navires étasuniens. La même chose devra être faite avec les frégates Fremm de la marine militaire italienne. Un rôle d’importance croissante dans le « bouclier » sera joué par les commandements et par les bases USA/OTAN en Italie : à Naples, où sont les quartiers généraux des forces navales étasuniennes et alliées, en Sicile où se trouvent la base aéronavale de Sigonella (qui assistera les unités Aegis en méditerranée) et le Muos de Niscemi pour les communications satellitaires à haute fréquence. Toutes les unités navales Aegis en Méditerranée, informe encore l’OTAN, seront « sous commandement et contrôle USA ». Ceci signifie que la décision de lancer les missiles intercepteurs, ou présumés tels, sera de la compétence exclusive du Pentagone.

Les USA, tandis qu’ils préparent le « bouclier », affûtent leur épée. Pour la crise ukrainienne, ils ont déployé 12 autres chasseurs-bombardiers F-16 en Pologne et 10 F-15 en Estonie, Lettonie et Lituanie. Ils pourront sous peu transporter les nouvelles bombes nucléaires B61-12 stockées en Europe (Italie comprise), utilisables comme bombes anti-bunker. Moscou est en train de prendre des contre-mesures, mais Washington encaisse un premier résultat : la tension plus forte en Europe permet aux USA d’accroître leur influence à l’égard des alliés européens.

Grâce à l’article 5 ou au non-article 5.

Manlio Dinucci


---Le nouveau Gladio en Ukraine---


Par Manlio Dinucci
Paru sur Mondialisation.ca
Le 18 mars 2014
Commentaire sous la première photo par la Jérusalem des Terres Froides
 

Quelques-uns des fascistes de la nouvelle « garde ukrainienne », une exclusivité de Reuters. Ce sont eux qui perpétuent l'escroquerie historique appelée « Holodomor » dont Alain Soral se fait le complice.

 
delta


Son nom de guerre est Delta. C’est un des chefs militaires de la « révolution ukrainienne » même si, comme il le déclare lui-même, il ne se considère pas comme Ukrainien. Sous le casque il porte la kippa. C’est l’agence de presse juive Jta (dont le siège est à New York) qui en raconte l’histoire, après l’avoir interviewé de façon anonyme, en le photographiant en tenue de camouflage et gilet pare-balle, le visage couvert par des lunettes et une écharpe noires. Delta est un vétéran de l’armée israélienne, qui s’est spécialisé en combat urbain dans la brigade d’infanterie Givati, utilisée dans l’opération Plomb Durci et dans d’autres actions contre Gaza, notamment le massacre de civils dans le quartier Tel el-Hawa. Rentré en Ukraine il y a quelques années en habits d’homme d’affaires, il a formé et entraîné avec d’autres ex militaires israéliens le peloton « Casques bleus de Maïdan », en appliquant à Kiev les techniques de combat urbain expérimentées à Gaza. Son peloton, déclare-t-il à la Jta, est aux ordres de Svoboda, autrement dit d’un parti qui derrière sa nouvelle façade conserve sa matrice néonazie. Pour tranquilliser justement les juifs ukrainiens qui se sentent menacés par les néonazis, Delta souligne que l’accusation d’antisémitisme à l’égard de Svoboda est une « connerie ».

 La présence en Ukraine de spécialistes militaires israéliens est confirmée par l’information, diffusée par la Jta et d’autres agences juives, que plusieurs blessés dans les affrontements avec la police à Kiev ont immédiatement été transportés dans des hôpitaux israéliens, évidemment pour empêcher que quelqu’un ne révélât d’autres vérités incommodes. Comme celle sur les gens qui ont entraîné et armé les snipers qui, avec les mêmes fusils de précision, ont tiré, place Maïdan, à la fois sur les manifestants et sur les policiers (presque tous touchés à la tête). Ces faits apportent une nouvelle lumière sur la façon dont a été préparé et mis en œuvre le coup d’Etat de Kiev. Sous direction USA/OTAN, à travers la Cia et d’autres services secrets, ont été pendant des années recrutés, financés, entraînés et armés les militants néonazis qui à Kiev ont donné l’assaut aux palais gouvernementaux, et qui ont ensuite été institutionnalisés comme « garde nationale ». Une documentation photographique, qui circule ces jours-ci, montre de jeunes militants néonazis ukrainiens de Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie par des instructeurs de l’OTAN, qui leur enseignent des techniques de combat urbain et d’utilisation d’explosifs pour des sabotages et des attentats. L’OTAN fit la même chose pendant la guerre froide pour former la structure paramilitaire secrète de type « stay-behind », avec le nom de code « Gladio ». Active aussi en Italie où, à Camp Darby (base étasunienne à côté de Pise) et dans d’autres bases, furent entraînés des groupes néofascistes en les préparant à des attentats et à un éventuel coup d’Etat. Une structure paramilitaire analogue a été créée et employée aujourd’hui en Ukraine, en se servant aussi de spécialistes israéliens.

Le coup d’Etat n’aurait cependant pas pu réussir si l’OTAN ne s’était attachée une grande partie des sommets de la hiérarchie militaire ukrainienne, en les formant pendant des années au NATO Defense College et dans des « opérations pour la paix » sous conduite OTAN. Et il n’est pas difficile d’imaginer que, sous le réseau officiel, ait été construit un réseau secret. Les forces armées ukrainiennes ont ainsi obéi à l’ordre de l’OTAN de « rester neutres », pendant que le coup d’Etat était en cours. Ensuite, leur direction a été prise par Andriy Parubiy, co-fondateur du parti socialnationaliste renommé Svoboda, devenu secrétaire du Comité de défense nationale, et, en habits de ministre de la défense, par Igor Tenjukh, lié à Svoboda.

A coup sûr est déjà en oeuvre l’épuration (ou élimination) des officiers jugés non fiables. Tandis que l’OTAN, qui a déjà de fait annexé l’Ukraine, déclare le référendum en Crimée « illégal et illégitime ».

Manlio Dinucci


---La trêve olympique, moment « idéal » pour déstabiliser un pays ?---


Par Mikhail Gamandiy-Egorov
Paru sur La Voix de la Russie et repris par Les 7 du Québec
Le 12 mars 2014




La trêve olympique, moment « idéal » pour déstabiliser un pays ?


Par La Voix de la Russie | La déstabilisation de pays en y créant le chaos, via le sponsoring « d’opposants » aux gouvernements, formation de ces derniers dans des centres spécialisés, création de rébellions armées pour provoquer des putschs et destituer des chefs d’Etat et gouvernements légitimes,… Tout cela ne date pas d’hier. Bien que certaines de ces tactiques évoluent, si l’on peut dire ainsi, d’autres éléments se retrouvent eux dans la constante.

Août 2008. Ouverture des Jeux Olympiques d’été de Pékin. Le monde entier a les yeux rivés sur le principal événement sportif planétaire, organisé pour la première fois par l’empire du Milieu. Un événement durant lequel traditionnellement, tous les conflits au niveau global doivent être mis de côté, c’est ce qu’on appelle la trêve olympique. 

Pourtant et en cette période de paix, de joie et de respect mutuel, la paix sera justement rompue. Dans la nuit du 7 au 8 août 2008 (le 8 ayant été le jour d’ouverture des JO de Pékin), les forces armées géorgiennes attaquent la République d’Ossétie du Sud et par la même occasion les forces de maintien de la paix russes et de la CEI chargées d’assurer la paix et de faire éviter les affrontements. Une attaque préparée d’avance et dans laquelle les USA joueront le premier rôle. Sans oublier les autres pays ayant participé à l’armement massif du régime criminel de Saakachvili, dont la Grande-Bretagne et Israël.

En effet, les Etats-Unis ont non seulement armé et formé l’armée géorgienne, mais des formateurs-soldats étasuniens participeront même à l’assaut de Tskhinval, la capitale d’Ossétie du Sud. Cette brève attaque fera tout de même 1600 victimes au sein de la population civile ossète (1600 sur un total d’environ 30 000 habitants que compte la ville). Brève car la Russie interviendra et sauvera le peuple ossète d’un véritable génocide massif. C’était donc en 2008.

Février 2014. Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Un événement organisé avec brio et que l’on a déjà traité précédemment. Une victoire de la Russie sur tous les plans, aussi bien organisationnel que sportif. Sauf que pendant ce temps, des forces malsaines pousseront définitivement l’Ukraine voisine dans le chaos. Une « révolution » selon les Occidentaux. Un coup d’Etat armé de tout ce qu’il y a de plus pur en réalité. Un putsch qui voit l’avènement de forces extrémistes dans cette « nouvelle Ukraine ». Tout ce qu’il y a de plus « démocratique » selon les élites politiques occidentales. Le problème, c’est que ces « élites » jouent avec le feu, dans le vrai sens du terme.

Pas tellement vis-à-vis d’eux-mêmes, mais surtout à l’égard des peuples qu’ils prétendent représenter. L’alliance avec les extrémistes wahhabites et salafistes en Syrie, dont bon nombre sont citoyens des pays de l’UE, qui rentreront demain (c’est déjà fait en grande partie pour ceux restés en vie) dans les pays de leurs citoyennetés respectives, représente une véritable bombe à retardement pour les populations des pays en question. Et à l’instar de la Syrie, en Ukraine, ceux que le Département d’Etat étasunien a massivement soutenus, en l’occurrence les groupes néo-nazis qui aujourd’hui contrôlent les rues d’une partie importante de l’Ukraine, représenteront demain eux aussi un vrai danger pour l’Europe. Cette Europe oublie trop souvent que le nazisme à une époque était justement venu par la violence des rues. Et les néo-nazis ukrainiens sont aujourd’hui tout aussi déterminés à prendre contrôle du pouvoir en Ukraine que l’étaient les nazis allemands avant que cela ne devienne le cas. D’ailleurs, le leader du tristement célèbre Praviy Sektor, Dmitri Iaroch, a désormais affirmé ouvertement son intention de se porter candidat à « l’élection » présidentielle en Ukraine. Le noyau dur fasciste de la « révolution pro-occidentale » aujourd’hui montre-t-il clairement ses visées pour demain ? Fort malheureusement pour l’Ukraine, oui.

Certains diront que les extrémistes existent partout. C’est vrai. Mais lorsqu’on arrive à la situation où ils font la loi, où ils affirment dorénavant représenter les « forces de sécurité » de tout un pays et où ils déclarent ouvertement leur désir de prendre officiellement le pouvoir, il y a de quoi à avoir peur. En Russie, où fort heureusement les organisations extrémistes ultra-nationalistes sont depuis déjà un certain temps dans l’illégalité, il serait impossible de voir un leader néo-nazi de skinheads racistes et xénophobes faire partie d’une « coalition » de pouvoir. Simplement impossible. Si tel était le cas, tout Russe censé passerait soit dans la résistance, soit quitterait le pays.

Maintenant, pour revenir à la relation Russie - Occident politique, les USA jouent leurs cartes géopolitiques, et l’Europe en paie les frais. Et la Russie dans tout cela ? Elle ne compte nullement se laisser marcher sur les pieds. C’est aussi simple que cela. Et ceux qui pensaient que la victoire diplomatique en Syrie n’était qu’un mirage d’un monde nouveau, qui pensaient aussi que l'Amérique latine redeviendrait leur arrière-cour, que le retour de la Russie n’était qu’un mythe, se sont terriblement trompés une fois encore.

Comme on le disait au tout début, certaines tactiques des USA & satellites changent et évoluent. D’autres restent les mêmes. Sauf qu’à notre niveau, on observe, on analyse et on prend note. Et déstabiliser des pays et nations en période de paix et de trêve olympique en dit long sur l’aspect moral des instigateurs. Quoiqu’il en soit, à toute tentative malsaine et néfaste se trouvera toujours une réponse digne et efficace. Que les faiseurs de troubles en prennent désormais bien note…

Mikhail Gamandiy-Egorov


---L'hypocrisie impérialiste concernant la Crimée---

Par Joseph Kishore
Le 20 mars 2014 


carte-crimee


Le référendum de dimanche en Crimée s’est accompagné d’un déluge de critiques émanant du gouvernement Obama et des médias américains. Il sert à intensifier l’offensive impérialiste en Ukraine et en Europe de l’Est, et dont l’objectif ultime est un changement de régime ou une guerre contre la Russie.

L’exercice de la politique étrangère des Etats-Unis suit le principe établi par le propagandiste nazi Joseph Goebbels et selon lequel si un mensonge est suffisamment gros et répété suffisamment de fois, il sera accepté.

Anticipant que le vote serait en faveur d’une sécession de l’Ukraine et de l’intégration à la Fédération russe, les Etats-Unis et l’Union européenne ont déclaré à l’avance que ce vote est illégitime et « illégal. » Une déclaration publiée par la Maison Blanche dit que le vote a été « organisé sous la menace de violences et d’intimidation d’une intervention militaire russe en violation du droit international. »

Quelle hypocrisie! Les Etats-Unis ont organisé des élections dans des pays qu’ils ont bombardés jusqu’à soumission complète en les occupant militairement à l’aide de dizaines de milliers de canons, de chars, d’avions de combat ainsi que de missiles qui visaient la population locale, en Irak et en Afghanistan, et ont salué les votes comme étant des modèles de démocratie.

Après le vote samedi du Conseil de sécurité de l’ONU sur une résolution condamnant le référendum, résolution à laquelle la Russie a opposé son veto, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power a déclaré, « La raison pour laquelle seul un pays [la Russie] a voté non aujourd’hui est que le monde croit que les frontières internationales sont plus que de simples suggestions. »

Il n’existe pas de pays qui viole aussi impunément les frontières internationales que les Etats-Unis. Dans ses relations avec des régimes qu’il juge être une entrave à ses objectifs géostratégiques et économiques, l’impérialisme américain considère les principes de la souveraineté nationale et l’intégrité des nations, qu’il invoque actuellement contre la Russie, non pas comme des suggestions mais comme n’ayant pas lieu d’être.

Il y a plus d’une décennie, Washington adoptait officiellement la politique de la guerre préventive, interdite par le droit international pour être une forme d’agression, en affirmant qu’au niveau de la politique nationale d’Etat il a le droit, sans autorisation préalable du gouvernement, de lancer des drones et de tuer des gens dans n’importe quel pays, une position, qui en 2013, avait été déclarée illégale par un haut représentant de l’ONU. Sous Obama, les assassinats et les meurtres de masse, perpétrés en recourant à de tels moyens, se sont considérablement accrus, coûtant la vie à des milliers de gens, dont des citoyens américains, dans plusieurs pays.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a déclaré au cours du week-end dans une conversation téléphonique avec son homologue russe, Sergeï Lavrov, que les « troubles » dans les villes de l’Ukraine orientale avaient été « encouragés par la Russie, et même pilotés par des agents du renseignement russe… comme un moyen pour déstabiliser le nouveau gouvernement ukrainien et probablement pour créer un prétexte à une nouvelle intervention militaire russe. »

L’impérialisme américain est passé maître dans l’art de susciter des conflits internes et de créer le prétexte d’interventions « humanitaires » dans l’intention de renverser des gouvernements et de mettre en place des régimes marionnettes, une politique poursuivie tout dernièrement en Syrie et en Libye. Après la dissolution de l’Union soviétique en 1991, Washington avait entrepris le démantèlement de la Yougoslavie comme partie intégrante de sa stratégie de faire entrer dans la sphère d’influence américaine les anciens pays du bloc de l’Est et les anciennes républiques de l’Union soviétique.

Il a soutenu, au milieu des années 1990, les guerres en Bosnie et en Croatie et lancé en 1999 une guerre aérienne de 78 jours contre la Serbie et qui tua des milliers de personnes dans le but de séparer le Kosovo de la Serbie, pour reconnaître ensuite la province de longue date serbe comme un Etat indépendant.

Kerry accuse Moscou d’encourager les « troubles » et de déstabiliser le gouvernement en Ukraine, après avoir supervisé la manipulation des manifestations à Kiev et leur prise en charge par des forces fascistes dans le but de faire chuter le gouvernement élu pro-russe de Viktor Ianoukovitch et d’installer un régime pro-américain comprenant des ministres néonazis et antisémites.

Pour ce qui est de la crise en Ukraine, ce sont les Etats-Unis et leurs alliés européens qui sont les agresseurs. Ils sont intervenus dans le but de modifier radicalement, au détriment de la Russie, l’équilibre des forces dans la région. Ils cherchent à transformer l’Ukraine en un poste avancé des forces armées des Etats-Unis et de l’OTAN et à se livrer à des provocations sans fin visant à affaiblir et finalement à démanteler la Russie.

Des navires de guerre ont été expédiés dans la région. Les pays de la région qui sont alliés aux Etats-Unis et à l’Europe, dont la Lituanie et la Pologne, où le vice-président Joseph Biden doit se rendre cette semaine, bénéficient d’une aide accrue. Les pays qui sont plus étroitement liés à la Russie, tels la Biélorussie et le Kazakhstan, sont les prochaines cibles pour un changement de régime.

Reconnaître ces faits n’implique nullement un soutien au régime de Poutine ni aux actions qu’il a menées en réponse aux provocations de l’Occident. Le gouvernement russe représente des oligarques criminels qui se sont enrichis dans le cadre de la dissolution de l’Union soviétique en s’emparant des anciens biens publics. Il est profondément hostile envers la classe ouvrière. Il compte, pour servir ses intérêts, sur la promotion du chauvinisme russe tant en Ukraine qu’en Russie. Il est incapable d’en appeler au sentiment anti-guerre largement répandu et profondément ancré au sein de la classe ouvrière en Russie, en Ukraine, en Europe, aux Etats-Unis et dans le reste du monde.

Au fur et à mesure que la crise se développe en Ukraine, il devient de plus en plus clair que l’objectif des Etats-Unis est d’infliger une défaite humiliante à la Russie en modifiant de façon permanente les relations de forces existant entre elle et l’impérialisme américain. Dans un éditorial publié dimanche, le Washington Post déclare que « l’Occident doit aussi avoir pour objectif de punir et, au fil du temps, d’affaiblir le régime de M. Poutine. »

Le sénateur américain John McCain, qui conduit actuellement une délégation bipartite de sénateurs en visite à Kiev, a exposé, dans un commentaire publié samedi dans le New York Times, la stratégie des sections dominante de la classe dirigeante américaine. « Le régime [de Poutine] peut sembler imposant, mais il est en train de pourrir de l’intérieur, » écrit McCain. « Finalement, les Russes s’opposeront à M. Poutine de la même manière et pour les mêmes raisons que les Ukrainiens l’ont fait contre Viktor F. Ianoukovitch. »

Il a poursuivi en exigeant de nouvelles et plus sévères sanctions contre la Russie, pas seulement pour ses actions en Crimée mais pour avoir violé les « droits humains » des citoyens russes, un appel ouvert à une mise en quarantaine du style de celle imposée à l’Iran. Il a par ailleurs demandé l’intégration dans l’OTAN de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie.

McCain et d’autres sénateurs, dont Dick Durbin, secrétaire général du Parti démocrate, ont exigé un approvisionnement immédiat en armes pour le nouveau gouvernement ukrainien.

La « révolution » ukrainienne visait à éliminer l’influence de la Russie dans un pays qui lui est frontalier. Soit la classe dirigeante américaine s’attendait à ce que la Russie ne réagisse pas et a riposté furieusement à la tentative du régime Poutine de conserver le contrôle de la Crimée, soit l’action en Crimée avait été anticipée et a fourni l’occasion d’intensifier les menaces et l’intimidation.

Jusqu’où les Etats-Unis sont-ils prêts à aller ? Quelles que soient leurs intentions immédiates par rapport à l’Ukraine, les agissements de l’impérialisme ont une logique bien définie.

En Ukraine, les Etats-Unis et l’Union européenne ont promu des forces paramilitaires ultra-droitières et fascistes et qui occupent maintenant des postes de pouvoir au sein de l’Etat. Ces forces sont décidées à provoquer une guerre de l’Occident contre la Russie et à réprimer toute opposition dans le pays. Une garde nationale établie par le nouveau gouvernement va transformer les troupes de choc de la « révolution » en forces autorisées par l’Etat. L’extrême volatilité de la situation est telle que toutes sortes d’actions pourraient rapidement entraîner une guerre directe entre les grandes puissances.

La crise actuelle va-t-elle déclencher une guerre nucléaire ? C’est une possibilité réelle. Une chose est sûre : l’impérialisme, s’il n’est pas désarmé et vaincu par l’action unifiée de la classe ouvrière, créera des crises interminables, et chacune de ces crises pourrait plonger le monde dans l’horreur d’un holocauste nucléaire.

La classe dirigeante américaine ne reconnaît pas l’existence d’une opinion publique à l’exception de celle qu’elle fabrique elle-même au moyen de phrases toutes faites, loyalement reprises à la télévision et dans les journaux. Cependant, dans la mesure où, aux Etats-Unis, la classe ouvrière est consciente de ce qui se passe, elle est profondément hostile. Les guerres en Afghanistan et en Irak n’ont pas été sans marquer profondément la conscience de la population américaine.


Joseph Kishore


---Annexion de la Crimée par la Russie : Les États-Unis et l'UE préparent des provocations militaires---

Par Chris Marsden
Le 20 mars 2014


Ukraine Crimée


Le gouvernement Obama se sert de l’annexion par Moscou de la Crimée dans la fédération russe pour intensifier sa campagne de menaces et de sanctions. À cette fin, les États-Unis préparent leur régime fantoche en Ukraine et leurs alliés dans la région à mener une série de provocations militaires.

Après un discours mardi devant l’Assemblée fédérale russe, le président Vladimir Poutine a signé un traité annexant la Crimée.

Le vice-président américain Joseph Biden a réagi en accusant la Russie d’avoir «violé de manière flagrante le droit international» et fait une «incursion militaire éhontée». Il a formulé une menace en indiquant que les États-Unis envisageaient de déployer des troupes au sol dans les États baltes pour de nouveaux exercices militaires.

Quelques heures plus tard, le premier ministre ukrainien Arseniy Yatsenyuk a dit à son ministère de la Défense que le conflit en Crimée était entré dans une phase militaire. Yatsenyuk a accusé les forces russes d’avoir tué un soldat ukrainien dans une base près de la capitale régionale de la Crimée, Simferopol, qualifiant cet incident de «crime de guerre». L’Ukraine a ensuite autorisé ses troupes à tirer par «autodéfense».

Les provocations pour légitimer la guerre n’ont pas seulement lieu en Crimée. Elles pourraient être déclenchées dans tout l’est de l’Ukraine.

Mardi, les forces armées ukrainiennes étaient très occupées à déplacer des chars d’assaut et à creuser des tranchées dans le bassin du Donbass. Les douanes ukrainiennes ont indiqué que les troupes russes menaçaient les régions de Kharkiv, Donetsk et Luhansk. Le Donetsk, où les résidents russophones demandent un référendum comme en Crimée, a été placé sous le contrôle de l’oligarque Sergei Taruta. Il a menacé de procéder à des arrestations et de réprimer les manifestations, déclarant que «nous en avons fini avec la manière douce; nous allons maintenant nous défendre».

Le gouvernement ukrainien a alloué plus de 600 millions de dollars pour renforcer les défenses militaires et a partiellement mobilisé les forces armées. Il a refusé lundi de retirer ses troupes de Crimée, en dépit du traité de paix du 16 mars signé avec la Russie et qui est en vigueur jusqu’au 21 mars. Le ministre de la Justice Pavlo Petrenko a déclaré que «la question la plus importante est de restaurer la puissance militaire de l’Ukraine […] Notre armée devrait être prête au combat.»

Poutine a tempéré son discours sur l’annexion de la Crimée qui dénonçait la responsabilité des États-Unis et de leurs alliés dans la création de cette crise en Ukraine en offrant un compromis.

Les manifestations de la place Maïdan à Kiev, a-t-il dit, ont été utilisées par «des nationalistes, des néo-nazis, des russophobes et des antisémites» qui ont «exécuté ce coup d’État» avec le soutien «de bailleurs de fonds de l’étranger». Il a accusé l’Occident de tenir un double langage en raison de l’intervention au Kosovo en 1999 en soutien de la séparation unilatérale de cette province de la Serbie.

En Ukraine, a-t-il dit, l’Occident s’est comporté «de manière irresponsable» en encourageant les manifestations qui ont fait tomber le président Ianoukovitch jusqu’à ce que la Russie «ne puisse plus reculer». Il a déclaré que la «Russie a des intérêts nationaux qui doivent être respectés». Elle était confrontée au risque que Sébastopol, où est basée la flotte russe de la mer Noire, soit utilisée par l’OTAN, ce qui aurait menacé le sud de la Russie.

Il a conclu, cependant, avec une promesse de ne pas «diviser l’Ukraine» ni de porter atteinte aux sentiments nationaux ukrainiens, impliquant qu’il n’y aurait pas de nouvelle intervention militaire russe. Il a ensuite signé un traité acceptant la «République de Crimée» et la ville de Sébastopol comme faisant partie de la Fédération de Russie.

L’offre d’un compromis par Poutine, essentiellement la promesse de ne pas aller plus loin, a été rejetée immédiatement par Washington, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. La chancelière allemande Angela Merkel a condamné l’annexion de la Crimée en disant que cela allait «à l’encontre du droit international». Le président français François Hollande a quant à lui déclaré que «le prochain Conseil européen les 20 et 21 mars prochains doit fournir l’occasion d’une réponse européenne forte et coordonnée à la nouvelle étape qui vient d’être franchie». Le premier ministre britannique David Cameron a dit que «des mesures supplémentaires» devraient être prises contre ce que le ministre des Affaires étrangères William Hague a qualifié de «prise de territoire».

Une réunion de crise du G-7 et de l’Union européenne a été convoquée pour la semaine prochaine à La Haye, suite à une requête du président américain Barack Obama.

Les États-Unis, ainsi que l’Union européenne, menacent d’une escalade des sanctions (qui se limitent pour le moment à des politiciens proches de Poutine) pour s’en prendre aux entreprises et au commerce. Hier, les États-Unis ont à nouveau concentré leur énergie sur la construction d’une alliance militaire régionale contre la Russie.

Les États-Unis et l’UE fournissent tout le financement et les équipements de l’armée ukrainienne, qui est maintenant réorganisée autour d’une nouvelle «garde nationale» de 60.000 hommes sous la direction des politiciens fascistes Andriy Parubiy et Dmytro Yarosh et qui incorpore des milices de Secteur droit et Svoboda.

Lundi, après une réunion avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Deshchytsia, le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a promis un partenariat qui «comprend le développement de liens avec l’armée ukrainienne ainsi que l’augmentation du nombre d’entraînements conjoints». Il a ajouté, «de plus, l’OTAN impliquera plus activement l’Ukraine dans ses projets multinationaux en ce qui concerne le développement du potentiel militaire».

Les États-Unis accorde un rôle clé à la Pologne dans leurs plans. Biden a rencontré le premier ministre Donald Tusk et le président Bronislaw Komorowski à Varsovie.

Dans Forbes, Loren Thompson a noté l’importance géostratégique essentielle de la Pologne, membre de l’OTAN depuis 2004 avec une population de 38 millions d’habitants qui «partage des frontières avec trois anciennes républiques soviétiques et l’enclave russe de Kaliningrad sur la mer Baltique».

Il a écrit que la Pologne prévoyait maintenant reprendre le déploiement du Bouclier polonais, un système de défense antimissiles qu’Obama avait abandonné en 2009 en raison de l’opposition russe. Coûtant au moins 43 milliards de dollars, il opérera de concert avec les «défenses terrestres et maritimes que les États-Unis déploient dans la région».

Le projet consiste à acheter un système de défense aérienne de moyenne portée, le MEADS, aux États-Unis. Thompson a noté qu’en fin de semaine dernière, le gouvernement Obama «a donné au principal contractant, Lockheed Martin, la permission de faire une offre» pour le MEADS à Varsovie.

La Pologne a annoncé des projets de former une brigade militaire multinationale avec les États du Caucase, de l’Ukraine et de la Lituanie. Cette proposition avait été faite pour la première fois en 2009, mais les ministres de la Défense se rencontreront cette semaine pour former une brigade qui selon le Daily Telegraph «étendrait les frontières est de l’OTAN et ramènerait les forces armées de l’Ukraine encore plus dans le giron de l’Occident». La semaine dernière, le vice-ministre ukrainien de la Défense s’est rendu au quartier général de l’OTAN pour discuter de cette opération.

Biden a également rencontré la présidente de la Lituanie Dalia Grybauskaite, le président letton Andris Berzins et le président estonien Toomas Hendrik Ilves. La Lettonie et l’Estonie partagent leur frontière avec la Russie. Les trois ont une importante population russe. Les Russes de Lettonie, qui constituent un tiers de la population, sont considérés comme des «non citoyens» et ne peuvent pas voter. Cette semaine, 1500 Lettons qui s’étaient battus dans la Waffen SS de l’Allemagne nazie ont organisé leur parade annuelle dans Riga.

Le gouvernement islamiste turc de Recep Tayyip Erdogan a fait ses déclarations les plus belliqueuses contre la Russie jusqu’à maintenant, prévenant qu’il fermera le Bosphore aux navires russes s’il y a la moindre violence contre les Tatars de Crimée. Erdogan a également dit que la Turquie ne reconnaîtra pas le référendum en Crimée.
Chris Marsden

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