samedi 12 avril 2014

Charlie Chaplin : « la Russie communiste est l'ultime ligne de défense de la démocratie »

Un article qui tient sur une seule page (p.63) trouvé dans une revue Historia. En temps normal, cette publication est férocement mondialiste mais il y a à l'occasion quelques petites choses qui peuvent être intéressantes. Nous avons ici les vraies raisons pour lesquelles Charles Chaplin avait dû quitter les USA en 1952. Remarquez que cela provient du numéro de mai 2001, c'est-à-dire quelques mois avant le 11 septembre fatidique. La censure politique est devenue si intense dans les massmédias occidentaux depuis le « 911 » qu'il est maintenant impensable de retrouver ce même article dans une édition 2014 de la même revue.

---Chaplin l'hérétique---


En 1942, le père de Charlot affirme que « la Russie communiste est l'ultime ligne de défense de la démocratie ». Une petite phrase qu'on lui fera payer après guerre...

Avec ses faux airs de naïfs ballotté par la vie, qui trouve rarement la fortune mais toujours l'amour, Charlot est dans les années 1930, le clochard le plus célèbre du monde. Lui qui ne peut faire une apparition dans un film - Charlot policeman, Charlot l'émigrant, Une vie de chien, Charlot soldat - sans déclencher une succession de catastrophes, est considéré comme le grain de sable dans une machine américaine bien huilée, un perturbateur. Tout comme l'est son « père », Charlie Chaplin. Mais pour d'autres raisons. Politiques celles-là. Car derrière le Charlot comique et poète se cache le Chaplin homme de convictions qui, au travers de ses oeuvres, entend dénoncer les dangers qui menacent l'humanité. Après avoir tourné Les temps modernes (1936), satire de la société industrielle, Chaplin prend pour la première fois ses distances avec Hollywood, envisageant même de réaliser un film en Union Soviétique. 

En cette même année 1936, il ne cache pas non plus sa sympathie pour la cause des républicains espagnols. La montée du fascisme l'inquiète, et c'est pour combattre l'immobilisme ambiant aux Etats-Unis qu'il entreprend de tourner Le Dictateur (1939-1940) dans lequel il caricature Hitler. Un film qui dérange à Hollywood où l'on ne veut surtout pas perdre le marché allemand. La presse fustige le perturbateur. Les organisations nazies américaines le menacent de mort.

Dès l'entrée en guerre des Etats-Unis, Chaplin s'attire à nouveau les foudres du monde politique et de la presse. Alors qu'on s'interroge pour savoir si les Etats-Unis doivent ouvrir un nouveau front en Europe quand ils ont fort à faire dans le Pacifique, Chaplin ne se pose même pas la question. Lors d'un meeting organisé le 22 juillet 1942 au Madison Square Garden de New York, il lance : « Sur les champs de bataille de Russie, la démocratie survivra ou mourra. Le destin des nations est entre les mains des communistes. [...] Si la Russie était battue, nous serions dans une situation désespérée. » Pour les anticommunistes, Chaplin a choisi son camp. Il n'est pas politiquement correct d'affirmer que « la Russie communiste est l'ultime ligne de défense de la démocratie. » On va le lui faire payer.

En 1947, lors de la conférence de presse qu'il tient devant des journalistes hostiles, à l'occasion de son dernier film Monsieur Verdoux, Chaplin est conscient de l'animosité qu'il suscite. Il prend les devants : « Allez-y, commencez votre boucherie ! » Les journalistes ne se font pas prier : « Pourquoi n'êtes-vous pas citoyen américain ? Est-il exact que vous avez quelques sympathies pour la Russie ? Etes-vous bolchevik ? Pourquoi avez-vous demandé pendant la guerre l'ouverture d'un second front ? Etes-vous sympathisant communiste ? » Etrange conférence de presse qui prend des allures d'interrogatoire de police. Chaplin répond avec l'ironie qui le caractérise : « Je ne pense pas qu'il faille diviser les gens en catégories selon leurs opinions. Cela conduit au fascisme. Pour ma part, je n'appartiens à aucun parti politique. La vie est devenue vraiment trop technique et chacun ne devrait plus se déplacer sans un guide des convenances en poche. Car il suffit maintenant que l'on descende un trottoir du pied gauche pour qu'on vous dise communiste... »

Dès lors, le divorce entre Chaplin et Hollywood est consommé. Il se montre très acide à l'égard de l'industrie qu'il considère en perdition : « Moi, Charlie Chaplin, je déclare qu'Hollywood agonise. Il n'a plus rien à voir avec le cinéma qui est supposé être un art. [...] » Robert Taylor le taxe d' « individu dangereux, qui se prend pour un expert financier et militaire, alors qu'il n'a jamais été qu'un embusqué ».

En 1949, sachant qu'il doit être convoqué par l'HUAC, Chaplin envoie un télégramme à J. Parnell Thomas : « J'apprends par la publicité que vous l'intention de me convoquer en septembre 1949 devant votre commission. On dit que vous voulez me demander si je suis communiste. [...] Puisque vous tenez à le savoir, je ne suis pas communiste. Je suis seulement un fauteur de paix. » De plus en plus isolé, Chaplin quitte les Etats-Unis pour la Suisse en septembre 1952. Ce n'est que vingt ans plus tard qu'il retournera à Hollywood pour recevoir un Oscar d'honneur. Tardive reconnaissance !

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