jeudi 24 juillet 2014

Le pape François et la magie catholique de l'exorcisme

Après avoir écrit sur l'Eglise Catholique de « monseigneur » Chibly Langlois qui condamne la religion vaudoue sous des prétextes de « magie »,  la Jérusalem des Terres Froides a décidé de s'attarder un peu sur le sujet du catholicisme et de la magie. Comme il avait déjà été dit à l'article Et le champignon créa Dieu, l' « équipe » de la JTF est abonnée à la chaîne de courriels d'Info-Secte et elle reçoit ainsi les nouvelles les plus récentes sur tout ce qui concerne ce domaine. Or, il s'adonne qu'au début de ce mois de juillet 2014, le pape François I a reconnu une association d'exorcistes. Et l'exorcisme, ça fait partie du domaine de la magie. L'auteur de ces lignes s'en réfère ici à Jean-Luc Caradeau quand il explique au pasteur Ramseyer le principe de conjuration dans le rituel d'exorcisme, qui est indubitablement un acte magique.

La chaîne-courriels d'Info-Secte a relevé quatre articles de la presse « mainstream » qui ont parlé de cette reconnaissance pontificale d'une association d'exorcistes, deux en anglais et deux en français. La Jérusalem des Terres Froides vous les présente ici en ordre chronologique.


---Exorcist Association Gets Green Light From Vatican---


Paru sur le site du Huffington Post
Le 2 juillet 2014 


VATICAN CITY (AP) - Exorcists now have a legal weapon at their disposal.

The Vatican has formally recognized the International Association of Exorcists, a group of 250 priests in 30 countries who liberate the faithful from demons.

The Vatican newspaper L'Osservatore Romano reported Tuesday that the Vatican's Congregation for Clergy had approved the organization's statutes and recognized the group under canon law.

More than his predecessors, Pope Francis speaks frequently about the devil, and last year was seen placing his hands on the head of a man purportedly possessed by four demons in what exorcists said was a prayer of liberation from Satan.

The head of the association, the Rev. Francesco Bamonte, said the Vatican approval was cause for joy. "Exorcism is a form of charity that benefits those who suffer," he told L'Osservatore.


---Le Vatican reconnaît l'Association des exorcistes---


Paru sur 7 sur 7
Le 3 juillet 2014


Le Vatican a reconnu l'Association internationale des exorcistes (AIE), donnant son soutien à une pratique qui n'est pas admise ou appréciée par tous dans l'Eglise, a révélé jeudi le quotidien du Vatican, l'Osservatore Romano.

Le journal du Vatican a révélé que la Congrégation vaticane pour le clergé avait signé le 13 juin dernier un décret approuvant les statuts juridiques de l'Association.

Plus souvent que ses prédécesseurs, le pape François évoque la présence nocive du "diable", du "démon", de "Satan" dans le monde, et la nécessité de lutter par différents moyens contre elle.

L'exorcisme, auquel Jésus avait recours selon la tradition des Evangiles, revient à "chasser les démons", forces du mal qui "possèdent" une personne.

Peu après son élection, François s'était arrêté dans la foule place Saint-Pierre devant un homme et lui avait imposé les mains, dans ce qui ressemblait à un exorcisme. Le Vatican avait démenti qu'il se soit agi d'un exorcisme, parlant simplement d'une prière intense.

Jorge Bergoglio vante souvent les expressions d'une religiosité populaire existant en Argentine, notamment la piété mariale, le culte des saints et les pèlerinages.

L'idée de réunir dans une association les exorcistes revient au père Gabriele Amorth, célèbre exorciste de la Cité du Vatican et du diocèse de Rome, alors que ces pratiques occultes commençaient à attirer un nombre croissant de fidèles en difficulté dans les années 80.

En 1991, naissait l'Association des exorcistes italiens. Par la suite, le père Amorth organisait des rencontres avec des exorcistes d'autres pays. Aujourd'hui, l'AIE compte 250 exorcistes dans trente pays.

Le père Francesco Bamante, exorciste de Rome et président de l'AIE, a souligné à l'Osservatore que "l'exorcisme est une forme de charité au bénéfice des personnes qui souffrent" de profonds troubles intérieurs. Il a espéré que "d'autres prêtres se rendent compte de cette réalité dramatique, souvent ignorée et sous-évaluée". 

---Exorciste : entrefonction officielle et charlatan dangereux---

 
Par Ludivine Ponciau et Elodie Blogie
Paru sur Le Soir
Le 8 juillet 2014 

Le Vatican vient de reconnaître une association de prêtres exorcistes. Rien de bien sorcier: les prêtres exorcistes sont nommés officiellement par leur diocèse. Mais ce n’est pas le cas partout: les exorcistes, en Belgique comme ailleurs, changent de visages selon les cultes. 

La semaine dernière, le Pape, ou plus précisément la congrégation pour le clergé, reconnaissait juridiquement les statuts de l’Association Internationale des Exorcistes. Si le terme d’exorcisme évoque a priori une forme de sorcellerie digne de l’époque médiévale ou de films d’horreur glaçants, il n’en recouvre pas moins une réalité qui fait partie intégrante de la vie religieuse actuelle… y compris en Belgique!

Chaque diocèse dispose en effet d’un prêtre exorciste désigné officiellement par l’évêque. Mais on est loin des scènes violentes de l’imaginaire populaire, comme l’explique Tommy Scholtès, porte-parole des évêques belges: «Il s’agit davantage d’un accompagnement spirituel et psychologique de personnes qui expriment un certain mal-être. Le prêtre conseillera d’ailleurs parfois de rencontrer un psychologue. Les vrais exorcismes pour des fidèles qui ont l’impression d’avoir vu le diable ou d’être possédés sont rares». Dans de tels cas, une prière de délivrance peut être prononcée, dans une cérémonie très codifiée. Des formations sont par ailleurs régulièrement organisées à Rome pour les prêtres en question.

Une codification qui n’est pas de mise dans le culte protestant évangélique, qui ne reconnaît aucun exorciste officiel. «S’il doit y avoir un exorcisme, c’est la communauté elle-même, via son simple pasteur qui intervient», explique Yves Gabel, pasteur bruxellois, responsable pour la communication des évangéliques francophones. Là encore, parler d’exorcisme est un grand mot: «Je ne crois pas à l’acte magique, affirme le pasteur qui, sur sa carrière, a eu affaire à une dizaine de cas. Mais, comme la parole d’un psy, la parole d’un prêtre ou d’un pasteur peut amener quelqu’un à changer de vie». Par «exorcisme», il comprend donc «une écoute attentionnée» et, parfois, quelques gestes: apposer les mains sur le visage, lire un extrait de la bible, mais «sans bougies, ni cinéma!». Pourtant, des dérives existent «aux frontières des mouvements chrétiens ou protestants, dans les milieux non-reconnus par l’État ou les milieux ethniques traditionnels africains ou sud-américains». 

Les églises pentecôtistes, grandes adeptes de l’exorcisme  

Des mouvements également pointés par le Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN). Ce dernier est régulièrement contacté par des personnes inquiètes pour un membre de leur entourage lorsque celui-ci intègre une communauté religieuse pratiquant des exorcismes. Un rituel régulièrement pratiqué chez les Pentecôtistes dont les adeptes se comptent par milliers en Belgique. Le pentecôtisme est un courant de l’évangélisme donnant une place prépondérante aux récits de la Pentecôte relatant l’irruption du Saint-Esprit sur les apôtres réunis à Jérusalem, et à l’inerrance de la Bible qui, dès lors, ne contient aucune erreur. C’est d’ailleurs ce qui le distingue des autres confessions. En Belgique, le Pentecôtisme est très répandu dans les communautés africaines et sud-américaines dont nombre sont implantées à Bruxelles, du côté de Matongé, de Saint-Gilles et d’Anderlecht.

«Ces églises accordent une importance particulière à Satan et attribuent souvent les difficultés personnelles des fidèles à une possession démoniaque», explique Anne-Sophie Lecomte du CIAOSN. L’exorcisme (ce terme n’est toutefois jamais employé en tant que tel au sein des communautés pentecôtistes) se pratique au cours d’une cérémonie religieuse appelée «délivrance» ou «cure d’âme». Présent dans le public, le fidèle est appelé à rejoindre le pasteur sur l’estrade. «S’en suit une apposition des mains accompagnée d’une série de paroles dans le langage «du Saint-Esprit». «En réalité, c’est une glossolalie, un enchaînement de syllabes ou de langues étrangères», précise la spécialiste. «Il arrive alors que la personne entre en transe, soit prise de tremblements, gesticule ou s’effondre sur le sol». Aussi impressionnant soit-il, le rituel ne représente pas un danger pour le fidèle. «A notre connaissance, aucun cas d’exorcisme au sein de cette communauté ayant eu des conséquences dommageables pour la personne exorcisée, n’est à déplorer».

Le danger de détourner une personne malade de son traitement médical est, par contre, plus à craindre. «Si vous avez un cancer ou que vous êtes schizophrène mais que le pasteur, lui, vous dit que vous souffrez parce que Satan est en vous et qu’il va vous guérir par un exorcisme, c’est évidemment problématique». 

Attention aux « imams autoproclamés »

Des dérapages, la communauté musulmane en a connus. Yacob Mahi, membre du conseil des théologiens, reconnaît qu’ils ont à plusieurs reprises été consultés pour des cas limites: «Certains imams autoproclamés sont des charlatans et cela peut mener à des pratiques dangereuses: immobilisation des genoux et des poignets, multiples bouteilles d’eau à ingurgiter, attouchements, coups». Autant de pseudo-rituels issus de croyances populaires, dans les Djinns par exemple, unanimement condamnés par l’Islam et les théologiens. Si un fidèle se présente à son imam et témoigne de son mal-être, il se verra au mieux offrir quelques lectures coraniques et un accompagnement spirituel en complément d’une aide médicale ou psychologique, souvent conseillée. Consciente des risques que courent les personnes les plus vulnérables, la ligue des imams initie parfois des campagnes de sensibilisation: dans leur prêche du vendredi, tous les imams du pays vont alors aborder le sujet. Et quand le conseil des théologiens est interrogé sur une pratique suspecte, il encourage les victimes à porter plainte. Mais ne peut s’en saisir personnellement.

En 2012, toute la presse avait relayé le procès de six personnes de confession musulmane qui s’étaient livrées à de multiples faits de torture sur une jeune femme, Latifa Hachmi, prétendument possédée par de mauvais esprits qui l’empêchaient d’avoir un enfant. Elle était décédée de ses blessures. Le mari de la jeune femme et le directeur de la secte avaient été condamnés à 9 ans de prison.


Ludivine Ponciau et Elodie Blogie 


---Pope Francis and the psychology of exorcism and possession---

Endorsement of exorcism by the Vatican will do nothing to prevent future tragedies like the death of Victoria Climbié


Par Chris French
Paru sur The Guardian
Le 9 juillet 2014


Last week it was reported that Pope Francis had formally recognised the International Association of Exorcists, a group of 250 priests spread across 30 countries who supposedly cast out demons. The head of the association, Rev Francesco Bamonte, announced that this was a cause for joy because, “Exorcism is a form of charity that benefits those who suffer.” While Pope Francis, who frequently mentions Satan, no doubt agrees with this sentiment, this granting of legal recognition to the concepts of possession and exorcism has come as something of a shock to those who do not share this world view.

Belief in possession is widespread both geographically and historically and is far from rare in modern western societies. A YouGov poll of 1,000 US adults last year found that over half of the respondents endorsed belief in possession and 20% remained unsure. Only 11% said categorically that they did not believe people could be “possessed by the devil”.

Is it possible that the pope is right and demons can sometimes take control of their victims’ behaviour? Are exorcists really bravely battling against the most powerful, evil forces imaginable? Or are possession and exorcism best explained in terms of psychological factors without any need to postulate the existence of incorporeal spiritual entities? I would argue that the available evidence strongly supports the latter interpretation.

There can be no doubt that some forms of behaviour that would once have been seen as evidence for possession by demons or evil spirits would now be recognised as being caused by neuropathology. Hippocrates, in The Sacred Disease, declared that epileptic convulsions were caused by brain malfunction, not evil spirits. Belief in possession was still widespread some 400 years later, however, when Jesus encountered an individual believed to be possessed but who was, in fact, clearly suffering from epilepsy.

Another condition that would often have been interpreted in a similar manner is Tourette’s syndrome. Interestingly, the first recorded description of a case of Tourette’s may be in Malleus Maleficarum (or Witch’s Hammer) published in the 15th century by Jakob Sprenger and Heinrich Kraemer. This notorious book served as a guide for identifying witches and the possessed and included a description of a priest whose tics were thought to be a result of possession by the devil. Although the symptom that people most readily associate with Tourette’s syndrome is vocal outbursts of foul language, this symptom is in fact quite rare, affecting only around 10% of sufferers. Having said that, this is probably the main symptom that, in times gone by, would have led to suspicion of possession.

There are several other neuropathologies (eg certain forms of schizophrenia) that might also have been interpreted as possession in less enlightened times (and sadly sometimes still are) but it is not plausible to explain all cases of apparent possession in neuropathological terms. It should also be borne in mind that the type of phenomenon that would be the main focus for the International Association of Exorcists is but one example of situations where an individual appears to have been taken over by some agent, resulting in a dramatic change in behaviour, mannerisms, voice and even, allegedly, memories.

Other examples would include mediums "channelling" communications from the dead; shamans inviting possession by the gods, ancestors or animal spirits; individuals apparently reliving past-lives, having gone through a process of hypnotic regression; and volunteers during hypnosis stage shows apparently taking on the identities of celebrities, animals or even aliens.

The controversial diagnosis of dissociative identity disorder (formerly known as multiple personality disorder) is yet another example of this phenomenon, though many commentators, myself included, believe that it is not in fact a genuine psychiatric disorder but is instead a product of dubious forms of therapy.

The sociocognitive approach, as outlined by Nick Spanos in his posthumously published book, Multiple Identities and False Memories, has the potential to explain all the phenomena listed in the previous two paragraphs without the need to invoke disembodied spiritual entities. Essentially, this approach argues that all of these phenomena reflect learned patterns of behaviour that constitute particular recognised roles within specific cultural contexts.

Although it may not always be immediately obvious, there are often benefits to enacting the role of being possessed. Indeed, in many societies, certain forms of possession are welcomed. For example, glossolalia, or “speaking in tongues”, is encouraged in many western Christian societies and is interpreted as possession by the Holy Spirit. During glossolalia, the individual produces vocalisations of meaningless syllables. Although these may sound superficially like a foreign language, analysis shows them to have no true linguistic structure whatsoever. Glossolalia can sometimes involve dramatic behaviour such as convulsions, sweating and rolling eyes but can also be much more subdued. The actual form the glossolalia takes is entirely determined by the expectations of the particular religious community involved.

For less positive forms of possession, the benefits of taking on this role may be harder to identify but they still exist. As Michael Cuneo describes in his excellent book, American Exorcism, the phenomena of alleged possession and exorcism are much more widespread in the US than is officially recognised. For many people, the idea that all of their previous socially and morally unacceptable behaviour was not in fact their fault but due to possession by demons is appealing. Furthermore, once those demons have been exorcised, the repentant sinner is now welcomed back into the loving arms of his or her community.

Anthropologists have pointed out that in some cultures, those with little or no social influence can let off steam and vent their true feelings towards the more powerful members of their society while “possessed” without having to face any repercussions. They are not held to be responsible for their actions, the possessing spirit is. It is notable that historically in Europe, it was women who were much more likely to be “possessed” than men.

Of course, we must not forget that the outcome for the person who is labelled as “possessed” can sometimes be far from positive. To give one notorious example, the parents of 23-year-old Anneliese Michel and two West German priests were convicted in 1978 of causing her death (they received suspended sentences). They had starved the young epileptic as part of a horrendous 11-month exorcism. She weighed just 68 pounds (5 stone or 30 kilograms) at the time of her death. The Guardian has noted that belief in possession has been a factor in several child abuse cases in the UK, including the tragic death of Victoria Climbié in 2000.

The official recognition of such pre-Enlightenment beliefs by the Vatican will do nothing to prevent future tragedies of this kind.


Chris French

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