vendredi 18 septembre 2015

La JTF salue le départ du grand houngan haïtien Max Beauvoir

Après avoir consacré un peu de son énergie à défendre l'honneur de la religion vaudou, la Jérusalem des Terres Froides se devait de saluer la mémoire de Max Beauvoir, une véritable légende du Vaudou haïtien contemporain qui vient de décéder récemment à l'âge de 79 ans. Le fondateur de ce blog a entendu parler de cet homme ça fait plusieurs années ; sous le défunt compte Youtube lesarchivesdusorcier avait été présenté le reportage d'Isaac Isitan pour le compte de la Télévision Quatre-Saisons dans les années 80 et dans celui-ci y avait une entrevue avec le concerné. Ensuite, lorsque votre serviteur a travaillé à la Librairie Nouvel-Âge de 2003 à 2008, il a rencontré de nombreux Haïtiens et il a remarqué qu'effectivement, Max Beauvoir est un nom très connu là-bas. On lui a expliqué que l'homme était un houngan savé (savant), c'est-à-dire quelqu'un qui combine la double formation occidentale et traditionnelle vaudou.

La JTF regrette tout particulièrement aujourd'hui la fermeture du compte lesarchivesdusorcier, où l'entrevue d'Isitan aurait été remise de l'avant. Un nouveau compte Youtube rattaché à cette publication se construit à nouveau, Nouvelles archives du sorcier, mais « l'équipe » de ce site est dans l'impossibilité technique présentement de pouvoir ré-installer le documentaire. Par contre, « l'équipe » vous promet de le faire dès que l'occasion se présentera. Ceci dit, voici la chronique des Young Turks sur le décès de Beauvoir, qui, pour rester poli, est de qualité médiocre il faut reconnaître. Si vous tapez Max Beauvoir sur Youtube, vous avez quelques vidéos sur lui et pour la part de cette publication, sont repris ci-dessous quelques articles écrits rapportant la nouvelle du décès (six articles, cinq en français et un en anglais).

Le responsable de ce site en profite pour souligner l'ironie d'un TVA Nouvelles et d'un La Presse qui versent des larmes de crocodile sur la mort de Beauvoir mais qui en temps normal utilisent toujours le mot « vaudou » dans sa signification tronquée de « sorcellerie » et de « magie noire ». Il y a au libellé Vaudou de la JTF suffisamment d'exemples pour le démontrer. Remarquons un article rapporté ici où Max Beauvoir était intervenu en tant qu'Ati (grand représentant) national. Et puisqu'on y est, il serait bien que le cardinal catholique haïtien Chibly Langlois ait un bon mot pour saluer la mémoire de celui qui vient de partir pour l'autre monde. Mais au moins, il y aura eu le bon mot de Mgr Pierre André Dumas.


---Hommage national à Max Beauvoir---


Paru sur le site d'Haïti libre
Le 14 septembre 2015 

Suite au décès survenu samedi de l'Ati National du vodou haïtien, Max Beauvoir, http://www.haitilibre.com/article-15125-haiti-flash-max-beauvoir-nous-a-quitte-une-grande-perte-pour-le-pays-dixit-martelly.html le Premier Ministre Evans Paul a rendu visite dimanche à la famille éplorée pour lui exprimer les sympathies du Président de la République et celles de son épouse ainsi que du gouvernement.

A cette occasion, le Premier Ministre Evans Paul s'est entretenu avec la fille et le beau-fils du défunt, les époux Rachel et Didier Dominique. D'un commun accord, il a été décidé d'organiser mercredi 16 septembre 2015 au Champ de Mars un « hommage national » à Port- au-Prince, à la mémoire de cet illustre disparu, membre initiateur de la Confédération nationale du vodou haïtien et de Religions pour la Paix.

« Aux parents et amis du défunt, aux membres de la communauté du vaudou, aux membres de Religions pour la Paix, le gouvernement de la République d'Haïti présente ses sincères condoléances »

Dans un communiqué, le Président Michel Martelly, indique qu’il a appris avec émoi la triste nouvelle du décès, de l'Ati national Max Beauvoir « Au nom du Gouvernement et du peuple haïtiens, le Chef de l'État présente ses sincères condoléances à la famille, aux proches et amis du défunt, ainsi qu'à l'ensemble des pratiquants de la religion vodou [...] » rappelant que François Max Gesner Beauvoir était « un homme d'une grande culture et un grand défenseur de nos pratiques ancestrales. Il a été élevé au rang d'Ati national, chef suprême du vodou haïtien, au cours d'une cérémonie à Mariani (Gressier) le 7 Mars 2008 à l'initiative de la Confédération nationale des vodouisants haïtiens (CNVH) ».

Lire aussi :
http://www.icihaiti.com/article-15126-icihaiti-social-mots-de-sympathie-du-gouvernement-jeunesse.html


---Décès de Max Beauvoir, chef du vodou---


Paru sur le site d'AlterPresse
Le 14 septembre 2015
P-au-P., 14 sept. 2015 [AlterPresse] --- Le chef du vodou haïtien, Max Gesner Beauvoir, est décédé le 12 septembre 2015 à Port-au-Prince, à l’âge de 79 ans (25 août 1936 - 12 septembre 2015), des suites d’un cancer, a appris AlterPresse auprès de sa famille.

Unanimement respecté au sein des vodouisants, Max Beauvoir est le premier a avoir été nommé Ati national du vaudou haïtien le 7 mars 2008, après la reconnaissance officielle du vodou en tant que religion.

Le décès de Max Beauvoir, en sa résidence à Mariani (banlieue sud), a provoqué un gros choc parmi les adeptes de la religion vodou.

Des jeunes houngan (prêtre vodou) n’ont pas cessé de témoigner à la famille leurs profonds regrets, suite à cette perte.

Ils ont rappelé le rôle central joué par Beauvoir dans la défense du vodou, face à une violente campagne déclenchée contre cette religion en 1986, et qui a fait de nombreux morts.

Les témoignages de sympathies affluent de tous les secteurs et de toutes les couches de la société, confie la famille à AlterPresse.

Beauvoir était un « homme d’une grande culture et (un) grand défenseur de nos pratiques ancestrales », a souligné le président Michel Martelly dans une note de condoléances où il a fait part de son « émoi ».

Chimiste de profession, Beauvoir était une référence incontournable en matière de médecine traditionnelle, grâce à sa profonde connaissance de la propriété des feuilles. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la pratique du vodou et la médecine traditionnelle.

Les funérailles de Max Beauvoir sont prévues pour le mardi 15 septembre 2015 dans la soirée. La cérémonie traditionnelle aura lieu à Mariani, où Beauvoir avait fondé son temple vodou (péristyle) en 1974.

Un hommage national devrait également lui être rendu le mercredi 16 septembre 2015.

AlterPresse adresse ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de l’Ati national Max Beauvoir.


---Max Beauvoir, the biochemist who became Haiti's chief voodoo priest, dead at 79---


Par Sarah Kaplan
Paru sur le site du Washington Post
Le 14 septembre 2015 
 

Max Beauvoir, the supreme leader of Haitian voodoo, poses during an interview at his home outside Port-Au-Prince, Haiti, Jan. 8. Beauvoir, died Sept. 12 at the age of 79, according to his family. (Anastasia Moloney/Reuters)


Max Beauvoir was a middle-aged businessman with little interest in the occult. The son of a doctor and a scientist himself, he boasted degrees from schools in New York and Paris and a burgeoning career as a biochemist in the U.S. He was not the kind of man who went about seeking spiritual encounters.

So no one was more shocked than he was when his nonagenarian grandfather, lying on his deathbed in Haiti surrounded by more than a dozen descendants, lifted a single, unsteady finger and pointed it at Beauvoir.

”Grandfather turned to me and said, ‘You will carry on the tradition,'” Beauvoir recalled in 1983, 10 years after the moment that changed his life. “It was not the sort of thing you could refuse.”

“The tradition” was voodoo, Haitians’ vibrant amalgam of Christian traditions and the animist rituals of their West African ancestors. Beauvoir’s grandfather had been a houngan, or priest, and had selected Beauvoir to carry on the faith.

Beauvoir did so, with enthusiasm. Abandoning his scientific research and commercial work, he became the public face of voodoo and its most prominent advocate in a nation wracked by political upheaval, natural disaster and cultural change. In 2008, when Haiti’s struggling houngans came together to elect their first chief, Beauvoir was their pick.

“We Haitians want to move forward in life,” he told the New York Times at the time. “We need to find our identity again, and voodoo is our identity. It’s part of our collective personality.”

Beauvoir died in Port-au-Prince Saturday after an illness, according to the Associated Press.

In Haiti, where many people practice at least some elements of voodoo, often in conjunction with Catholicism, the 79-year-old Beauvior is mourned as a national celebrity.

“A great loss for the country,” tweeted President Michel Martelly.


 
A woman kisses the feet of Voodoo leader Max Beauvoir during ceremony in honor of the victims of the earthquake in Port-au-Prince, March 28, 2010. (Jorge Saenz/AP)


But that kind of reception is relatively new for Beauvoir, who spent much of his second life as a houngan battling Hollywood’s stereotypes, Christian missionaries’ antagonism and his own people’s mistrust. Until 2003, voodoo was not even recognized as a religion in Haiti.

The faith has its roots in Haiti’s history of slavery and is revered for its role in Haitian’s successful struggle for independence from French rule. Like Christianity, voodoo has one God, but in practice the religion bears much more resemblance to the traditions of the West African slaves who founded it: Spells are cast, animals are sacrificed, one of the religion’s 401 spirits are invited to possess followers at raucous, colorful ceremonies.

Beauvoir began his study of voodoo in 1973, at age 37. And because of his scientific training and American background, he swiftly became the resource of choice to people who wanted the religion of zombies and ritual sacrifice interpreted by a “Western” voice.

The ethnographer Wade Davis, author of the 1986 book “The Serpent and the Rainbow” on the voodoo process of making zombies, credited Beauvoir and his daughter Rachel with guiding his research.

“Max Beauvoir laid the country before me like a gift,” he told Reuters. Davis’s book was turned into horror film of the same name involving “zombie drugs” and an unflattering portrayal of “witch doctors.”

But Beauvoir wasn’t usually willing to indulge outsiders’ visions of voodoo as some sort of primitive paganism. In his thinking, voodoo was far less backward than that other powerful force in Haitian society — political corruption. From his Peristyle de Mariani, the grand residence on the outskirts of Port-au-Prince where he held ceremonies and operated a village clinic, Beauvoir lobbied for voodoo as a solution to Haiti’s problems.

For example, the country’s 6,000 houngans should be recognized by the government and trained in healing, he said, since they vastly outnumbered Haiti’s handful of doctors. And voodoo priests should have a formal role in government, since they were more representative of Haitian society than the government, which only reflected ”the values and taste of the elite and the foreigners who pay our bills,” he told the New York Times.

That interview was in 1983, when Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier was still in power. The second-generation president for life, who spent lavishly but ruled with a dictator’s iron hand, had a rocky relationship with Beauvoir and the houngans. On the one hand, his father, Francois (“Papa Doc”), had relied on voodoo to bolster support for his regime and recruited houngans for his dreaded Tontons Macoutes, the “bogeymen” secret police who suppressed his opposition. On the other hand, Beauvoir was critical of the younger Duvalier’s excesses, and the two clashed over what Beauvoir said were his “deeply nationalist views.” More than once, the outspoken priest found himself hauled before the Tontons Macoutes for questioning.

That fact didn’t protect Beauvoir after Duvalier’s ouster three years later. Enraged about the houngans’ role in keeping the Duvaliers in power — and perhaps egged on by Christian groups — mobs attacked and killed more than 100 voodoo priests in the days after Baby Doc’s departure from the country. According to a Newsweek article in 1986, Beauvoir’s home was besieged for two days by a crowd clamoring for his death.

Houngans cannot sleep quietly in their beds any more,” he told the Guardian.


Supreme chief of Haitian voodoo Max Beauvoir speaks on Feb. 24, 2010 during interview with AFP in Port au Prince. (Anthony Belizaire/AFP/Getty Images)


Eventually, the post-revolution violence quieted down, and Beauvoir returned to his religious practice. With a flair for showmanship that some critics found unseemly, Beauvoir turned his home into a temple for followers and fellow priests and a tourist destination for (paying) visitors looking for an exotic encounter with the supernatural.

In “The Rainy Season: Haiti-Then and Now,” the journalist Amy Wilentz wrote of Beauvoir as an opportunist with “the oily manner of a man whom you wouldn’t want to leave alone with your money or your child.”

Beauvoir waved off that, and most other criticism.

But he couldn’t keep himself out of politics. He was a severe critic of Jean-Bertrand Aristide, the former Catholic priest who became Haiti’s first democratically elected president. After receiving one too many death threats, he and his family fled to Washington in the 1990s, where Beauvoir founded the Temple of Yehwe and based his efforts to sell voodoo in the U.S.

For example, voodoo practitioners do not stick dolls with pins, he told the Atlanta Journal-Constitution at a “demystifying voodoo” conference in 1997, and the possessions were nothing to be alarmed at: “The mind of the man cannot comprehend the whole God. The spirit comes and talks to everyone and helps solves their problems. After the ceremony, everyone feels better.”

In 2008, frustrated with their lack of influence, Haiti’s houngans made the unprecedented decision to form a national federation. Beauvoir, the obvious choice for their public face, wasted no time returning to his home country.

At a special ceremony at the Peristyle de Mariani, accompanied by the beat of drums and blaring music, Beauvoir was named “Ati,” or the supreme chief of voodoo.

After Haiti’s devastating earthquake in 2010, Beauvoir held a memorial ceremony for the tens of thousands killed, and called on his fellow hougans to help with the recovery effort.

“One must understand that Haiti is voodoo,” he told the Boston Globe at the time. “Helping Haitians is nothing else but helping ourselves.


Sarah Kaplan


---Hommage national au chef suprême du vodou Max Beauvoir---


Paru sur le site de Radio télévision Caraïbes
Le 16 septembre 2015 

Un hommage national à François Max Gesner Beauvoir a lieu, ce mercredi 16 septembre 2015, au Kiosque Occide Jeanty, au Champ de Mars (principale place publique de la capitale, Port-au-Prince), après les funérailles, suivant les traditions du vodou, la veille - dans la nuit du 15 septembre - (dans son péristyle, établi depuis 1974 à Mariani, au sud de la capitale) de l’Ati nasyonal (chef suprême) du vodou, décédé, à 79 ans, dans l’après-midi du samedi 12 septembre 2015, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Sont présents, à cette cérémonie officielle, le président Joseph Michel Martelly, le premier ministre Evans Paul, des officiels du gouvernement, dont des ministres, des représentants du secteur vodou, dont des houngan, de Religion pour la paix (dont faisait partie le vodou) et des membres de l’Académie du Créole haïtien.

En la circonstance, à la place du corps du défunt, sont plutôt exposées des photos (en gros plan) de Max Beauvoir.

La famille de Max Beauvoir, dont sa fille Rachelle Beauvoir, est remarquée à la cérémonie officielle d’hommage national au chef du vodou haïtien.

Le gouvernement compte profiter de l’occasion pour décerner, à titre posthume, une décoration à l’anthropologue François Max Gesner Beauvoir, qui fut l’Ati National, membre fondateur de « Religions pour la paix » et membre de l’Académie du Créole haïtien (comme représentant de la Konfederasyon nasyonal voudouyizan ayisyen / Knva).

Max Beauvoir fut le premier à avoir été intronisé, le 7 mars 2008, Ati nasyonal (chef suprême) du vodou haïtien.

Depuis des siècles, notamment après la cérémonie du 14 août 1791 - qui ouvrit la voie au soulèvement général des esclaves contre les colons français -, le vodou est pratiqué comme une religion à part entière par une grande partie de la population haïtienne.

Mais, du XXe siècle - lors d’un processus d’extermination et de destruction des temples du vodou, encouragé par des prêtres catholiques romains - jusque dans les dernières années, le vodou est l’objet d’exclusion et d’actes de vandalisme. Ingénieur chimiste de profession et auteur de plusieurs ouvrages sur la pratique du vodou et la médecine traditionnelle, l’Ati nasyonal François Max Gesner Beauvoir (25 août 1936 - 12 septembre 2015) était une référence incontournable en matière de médecine traditionnelle, grâce à sa profonde connaissance de la propriété des feuilles du terroir.


---Décoré, salué par le tonnerre, sous une pluie fine, l'ati national Max Beauvoir a traversé---


Par Jean Daniel
Paru sur le site de Radio télévision Caraïbes
Le 17 septembre 2015

Les obsèques de Max Beauvoir, l’ati national, ont été célébrées, mercredi après-midi, à son péristyle à Mariani puis il a été mis en terre dans son temple. Quelques heures auparavant, une cérémonie d’hommage national avait été organisée en son honneur au kiosque Occide Jeanty. Celui qui avait mis le vaudou debout, cofondé la plateforme œcuménique Religions pour la paix était membre de l’Akademi Kreyòl a été décoré, à titre posthume, de l’ordre national honneur et mérite au grade d’Officier par le président de la République Michel Martelly. 

À Mariani, pour son dernier rendez-vous, Max Beauvoir a rencontré ses convives à la salle de conférence de son péristyle. Celle où il avait l’habitude de discuter avec des étudiants, des chercheurs, des étrangers et tout curieux fascinés par cette religion, le vaudou, dont il fut depuis 2008 l’ati national. 

Calme dans sa bière, le houngan des houngans paraissait se reposer tout près d’un « poto mitan », accompagné de sa dernière décoration de grand Officier. Entouré d’une série de photos qui résument son antan. L’assistance, plusieurs dizaines de personnes, dont ses plus proches parents et collaborateurs, ne cache ni sa douleur ni son émotion. Des plaintes, Des cris. Des larmes. Chacun salue à sa façon le départ de ce « mapou ».

Dehors, les arbres de la grande cour aussi sont en deuil. Des éclairs zèbrent le ciel et un tonnerre claque avant que soudain dame pluie ne se mêle de la partie. « Ayibobo ! », scande un homme à la tempe grisonnante, comme pour répondre à la nature. Ici, dans ce péristyle, l’empreinte du vaudou sur les participants n’est pas à démontrer. C’est dans cette cour que Max Beauvoir aura sa dernière demeure. Après un dernier cérémonial d’invocation des loas, son cercueil, recouvert d’un drapeau et porté à bout de bras par des initiés est transporté –sous une fine pluie – dans sa sépulture.

Malou, fille de Max Beauvoir, pleure. D’autres assistants de la mise en terre sanglotent. Il n’y a pas de discours. Le cercueil avance vers la dernière demeure avant de se heurter au passage  étroit. Petit moment de flottement. Certains y voient un signe. La décision est prise de casser le muret qui encombre l’entrée du tombeau pour faire passer le cercueil. Il est 5 heures 16 de l’après-midi ce mercredi 16 septembre 2015, Haïti vient d’enterrer celui qui a passé plus de quarante ans de sa vie à défendre le vaudou et qui fut le premier à rassembler ses différentes branches. François Max Gesner Beauvoir n’est plus sur terre.

Quelques heures avant, au Champ de Mars, une banderole marquée de « Zo ni maci ni maci ni maci »,  surplombant le kiosque Occide Jeanty, a accueilli ceux qui avaient fait le déplacement pour rendre un hommage officiel à François Max Gesner Beauvoir.

Dans l’assistance, autour de la famille et des amis du défunt, le président de la République Michel Martelly, le  Premier ministre Evans Paul, des ministres et des officiels ont pris place. Entre les chants et les conversations, de toutes les lèvres fusent les mots de « mapou », « baobab », « Legba » pour saluer la traversée de ce chimiste et vaudouisant qui fut cofondateur de la plateforme Religions pour la paix. Après une exécution haut de gamme de la fanfare de la PNH, une chorale met l’assistance en transe dans cette prière initiale. Des cloches, des tchachas, des roulements de tambour, le décor, les artilleries et le rite étaient là. Sauf Max Beauvoir. Son absence crée un vide presque tangible. La dernière fois qu’il officiait une cérémonie au Champ de Mars remonte à la mort de Lénor Fortuné, dit Azor. Cette fois, pour sa mort, il ne s’est pas présenté. Sa dépouille est restée à Mariani, chez lui, dans son houmfor.

Cela n’enlève rien à cette cérémonie d’hommage national qui n’est pas une simple activité d’enterrement, souligne Évans Paul,  chef du gouvernement. Car, argue-t-il, personne ne peut enterrer un message. « La vie du respectable ati national du vaudou est un message vivant qui vivra éternellement dans le sillage de l’esprit de la tolérance et du vivre-ensemble », dit le Premier ministre. 

C’est cet homme-message qui a été élevé –à titre posthume – à l’ordre national honneur et mérite au grade d’Officier, par Michel Martelly. Cette distinction récompense son engagement à la structuration et à l’épanouissement du vaudou haïtien, et sa contribution à la formation de Religions pour la paix. Évans Paul caractérise la consécration de Max Beauvoir à la cause du vaudou – malgré ses nombreux diplômes – comme un acte de leadership. « Un leader est un Legba. Selon la philosophie du vaudou, Legba ouvre des chemins là où il n’y en a pas », explique-t-il.

Pour la maîtresse de cérémonie, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, la mort de ce « destin national », éponyme, affecte toutes les forces vives du pays. 

Sur le podium et dans les gradins du kiosque Occide Jeanty le cabinet ministériel, le corps diplomatique, les membres de l’Akademi Kreyòl, des figures de la classe politique, de l’Université, des sociétés du vaudou, nombreux sont ceux qui ont répondu à cet ultime rendez-vous.

L’ombre de Max Beauvoir demeure dans un coin, marque chaque discours et témoignage.

Monseigneur Pierre André Dumas, pasteur Pauris Jean-Baptiste, chaque ancien collaborateur trouve un mot pour parler de ce digne fils du terroir. Un homme atypique. Celui qui a su coaliser science, culture, philosophie et religion a été l’un des pionniers de l’Akademi Kreyòl. 

Il est presque 6 heures sur la route qui conduit de Mariani à Port-au-Prince. La longue journée bien remplie d’un grand homme s’achève. Et c’est la chanson de Carole Demesmin qui flotte sur l’embouteillage :

«Lè yon branch wozo kase bò letan

ranmye pa menm espantan,

men lè s on mapou nan gran bwa ki tonbe,

tout zwezo blije mande kote n pral poze ? »

En attendant de trouver cette réponse, reposez en paix, Max Beauvoir.


Jean Daniel
Sénat Nouvelliste


---Haïti salue le départ de son Ati national, Max Beauvoir---


Paru sur le site d'Haïti Libre
Le 17 septembre 2015

Mercredi, un hommage national a été rendu au Champ de Mars à François Max Gesner Beauvoir, l’Ati national d’Haïti (Chef suprême du vaudou haïtien), lors de ses funérailles, célébrées au Kiosque Occide Jeanty.

Outre des membres de sa famille dont sa fille Rachelle Beauvoir et de la population, de nombreuses personnalités étaient présentes à cette imposante cérémonie, entre autres : le Président Michel Martelly et son épouse Sophia, le Premier Ministre Evans Paul, des officiels et ministres du gouvernement, des représentants du secteur vaudou, dont des houngans, de représentants de Religion pour la Paix et des membres de l’Académie du Créole haïtien, des membres du corps diplomatique et des représentants de la communauté internationale.

« La cérémonie d’hommage national de ce matin dépasse le simple cadre d’une activité funèbre, » a déclaré le Chef du Gouvernement, selon lui personne ne peut enterrer le message vivant que représentait le respectable Ati Max Beauvoir « La vie de l’Ati est un message vivant qui vivra éternellement sur le chemin de la tolérance et du vivre ensemble. »

Cet éminent intellectuel qui a révolutionné la perception de la religion vaudou en Haïti par toutes les classes sociales, mais qui a aussi été membre fondateur de « Religions pour la Paix » et membre fondateur de l’« Académie du Créole haïtien, » a été décoré à titre posthume, de l'Ordre honneur et mérite au grade grand officier. Il sera enterré à Mariani dans son péristyle établi depuis 1974.

Pour Mgr Pierre André Dumas, le défunt était « Un génie rare de notre race. Une bibliothèque humaine, un géant [...] »

Rotchild François Jr., Ministre de la Communication démissionnaire a déclaré « L’Ati Beauvoir était un exemple de tolérance, de Paix, de compréhension. Une bibliothèque vivante dont le savoir a largement bénéficié aux vodouisants, au pays et à tous les secteurs. Le Ministère la Communication se plie devant ce mapou pour saluer son départ dans l’au-delà où sans doute il continuera son travail révolutionnaire. Ayibobo ! »

Rappelons que Max Gesner Beauvoir, biochimiste diplômé de la Sorbonne, était revenu dans son pays pour y apporter ses connaissances, son charisme, sa vision et sa foi inébranlable dans la religion vaudou. Grâce à ses actions, les vaudouisants aujourd’hui sont parfaitement intégrés dans tous les secteurs de la vie nationale. Nommé Ati national en 2008, cet homme « mystique au plus haut degré » a su maintenir l’équilibre entre toutes les religions pratiquées sur le territoire d’Haïti.

Suite au décès de l’Ati National, Max Gesner Beauvoir, un registre de condoléances a été ouvert et est disponible du mercredi 16 au vendredi 18 septembre 2015 dans les jardins du Bureau National d’Ethnologie (BNE).

Lire aussi :
http://www.haitilibre.com/article-15154-haiti-avis-hommage-et-funerailles-de-l-ati-national-max-beauvoir.html

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