samedi 21 novembre 2015

Le philosophe et le métapsychisme 5 : René Descartes

Après plusieurs mois de délaissement, la Jérusalem des Terres Froides revient avec sa chronique Le philosophe et le métapsychisme. Au menu aujourd'hui, le fondateur de la philosophie moderne, René Descartes. Ce qui suit est la transcription des pages 115 à 118 du 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005).


---Descartes---


Ceux qui rejettent les phénomènes de la voyance en invoquant l'esprit cartésien sont plus cartésiens que Descartes ; ils devraient se pencher sur les textes où le fondateur de la philosophie moderne cherche à rendre raison de certains phénomènes de métacommunication et d'influence à distance que l'on dit aujourd'hui paranormaux. Le philosophe était, semble-t-il, sensible aux prémonitions ; dans sa Vie de Monsieur Descartes, Baillet raconte par exemple qu'avant de partir pour la Suède, en août 1649, il mit en ordre toutes ses affaires car il avait le pressentiment de sa mort prochaine. D'autre part, on sait le rôle fondateur qu'eurent pour lui les trois songes de la nuit du 10 au 11 novembre 1619, où les arcanes de sa doctrine lui furent donnés dans une expérience d'allure divinatoire (Sophia Jama, Le Songe de Descartes, Aubier, 1998). Mais on sait moins qu'il semble s'être intéressé aussi à ce que l'on nomme aujourd'hui la clairvoyance. Si l'on en croit un récit rapporté par Swedenborg et publié dans la revue Light du 30 juillet 1929, l'auteur du Discours de la méthode aurait été appelé, dans des circonstances curieuses, à vérifier la réalité d'un fait de voyance alors qu'il se trouvait en Suède. Voici le texte publié par Light. « C'était en 1649, à Dijon. Un étudiant se lamentait de ne pouvoir parvenir à déchiffrer le sens d'un certain passage d'un auteur grec. S'étant endormi avec cette préoccupation d'esprit, il se vit, en rêve, transporté dans la bibliothèque de Stockholm où il put consulter un ouvrage dans lequel se trouvait l'explication tant désirée. Il y en avait dix lignes qu'il se remémora et put reproduire à son éveil. Avec l'esprit de suite du vrai observateur, il écrivit sur-le-champ à Chamot, ambassadeur à Stockholm, pour le prier de signaler le fait à Descartes (qui était à ce moment l'hôte de la reine Christine) et lui demander d'en contrôler l'exactitude. Descartes, vivement intéressé à cette requête, s'empressa de se rendre à la bibliothèque. Il y trouva le livre à la place repérée par le visionnaire et, sur la page indiquée, les dix lignes du commentateur helléniste que l'étudiant avait reproduites à son réveil. » À première vue, cette anecdote semble trop belle pour être vraie, et on aimerait soumettre le fait allégué à la critique historique, pour s'assurer qu'il a bien eu lieu, et, le cas échéant, connaître les réactions et les commentaires de Descartes. Mais, quoi qu'il en soit, on trouve bien dans Les Principes de la philosophie des remarques sur les « particules de la matière subtile » qui montrent que certains phénomènes de communication et d'influence à distance, communément acceptés à son époque, préoccupaient le philosophe et qu'il a cherché à les intégrer dans ses vues. Il existerait, conjecture-t-il, des particules très subtiles qui, s'éloignant rapidement du corps qui les a émises, peuvent produire sur certains corps « des effets rares et merveilleux ». Ces particules subtiles pourraient ainsi émouvoir à distance l'esprit d'un dormeur ou d'une personne éveillée, avertir à distance un proche des peines que l'on ressent, ou des « mauvais dessins d'un assassin », ou encore modifier le saignement d'une plaie, à l'approche du meurtrier. On trouve ici le germe de la théorie mécaniste des « effluves » qui sera invoquée par l'Académie des sciences pour expliquer les voyances du rhabdomancien Bonnet-Aymar au début du XVIIIe siècle, théorie qui se prolongera par le fluide de Mesmer, et aboutira, à la fin du XIXe siècle, au modèle de la radio mentale proposé par certains physiciens pour rendre compte des phénomènes télépathiques. De même, dans une lettre écrite en 1646 à la princesse Palatine, le philosophe fait cette remarque troublante que sa chance lui paraît augmenter quand il est de bonne humeur, « jusque dans les jeux de hasard, où il n'y a que la fortune seule qui règne ». Avec ses présupposés philosophiques, Descartes ne pouvait comprendre la transmission d'une information ou d'une influence sans un vecteur physique. Mais il n'a pas révoqué a priori les faits de sympathie et de métacommunication, il ne les a pas renvoyés aux errances de la superstition, il a cherché à les expliquer. Comme l'écrit le docteur Larcher, qui commente ce passage dans la réédition du Traité de métapsychique de Richet (Artha production, p.19), « le doute méthodique n'a pas empêché Descartes de s'intéresser à ces phénomènes extraordinaires d'information, de communication et d'action que nous nommons aujourd'hui clairvoyance, télépathie et psychocinèse ».


Bertrand Méheust

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