samedi 28 novembre 2015

Le philosophe et le métapsychisme 6 : Socrate

Nouvelle entrée au libellé Le philosophe et le métapsychisme. Toujours extrait du 100 mots pour comprendre la voyance de Bertrand Méheust (Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2005, p. 410-411), cette fois nous remontons loin dans le temps, jusqu'à celui qui a été surnommé le « père des philosophes », à savoir le Grec Socrate.


---Socrate---


« Il importait des divinités neuves? On nomme son démon, et l'on se trompe. […] Ce n'étaient pas des dieux nouveaux, mais une forme particulière de divination. » Essayons de creuser cette remarque de Festugière (Socrate, La Table ronde, p. 62). En quoi consiste cette « forme particulière de la divination » à laquelle la tradition a lié la figure de Socrate? Il est clair que l'on retrouve chez le père des philosophes un certain nombre de traits qui invitent à le considérer comme un personnage démoniaque, comme une sorte de « chamane atténué ». Le rôle de guérisseur des âmes qu'il s'est octroyé ; son indifférence au froid, à la faim, à la douleur ; sa capacité à rester debout, immobile, dans un état de stupeur catatonique ; son goût pour les énigmes provocantes et surtout son fameux démon susciteront des interprétations divergentes : il sera considéré comme un somnambule par les magnétistes du XIXe siècle, et, à la même époque, et pour les mêmes raisons, assimilé à un aliéné mental par les médecins positivistes. Concernant le démon, c'est Nietzsche qui nous met sur la voie, quand il nous explique que chez Socrate la faculté divinatoire fonctionne encore, mais résiduelle, inhibée et retournée. Le démon, comme on le sait, n'inspire pas Socrate pour lui révéler l'avenir, mais seulement pour lui dire ce qu'il ne doit pas faire. D'autre part, la révélation de l'oracle concernant la mission de Socrate peut être lue comme une métaphore de la naissance de la philosophie telle que la comprend Colli. C'est pour comprendre la parole de l'oracle que Socrate entreprend l'enquête qui va le conduire devant les juges, et qui va accoucher de la raison occidentale. La parole inspirée du dieu suscite par contrecoup l'enquête rationnelle ; la folie mantique déclenche un processus qui va se retourner contre elle. Le parallèle avec le fameux rêve de Descartes donne évidemment à penser.


Bertrand Méheust

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